Un volcan sous surveillance et une consultation sous tension
La montagne Pelée, volcan emblématique de la Martinique, est au cœur de l’actualité ce 17 juillet 2026, entre phénomènes géologiques inédits et projet énergétique controversé. Les scientifiques de l’Observatoire volcanologique et sismologique de Martinique (OVSM) viennent de confirmer un léger gonflement du sommet, détecté grâce à un réseau de capteurs GPS. Parallèlement, la consultation publique sur le permis de recherche de gîte géothermique, porté par la société Carigen, s’est achevée le 15 juillet, non sans susciter des critiques sur son manque de transparence.
Un gonflement détecté au sommet
Depuis plusieurs mois, les capteurs GPS installés sur la montagne Pelée enregistrent une déformation de son dôme. « La distance entre le 2e refuge et le sommet "Le Chinois" a augmenté de l’ordre de 3 à 4 centimètres sur les six derniers mois », explique Jérôme Vergne, directeur de l’OVSM. Ce phénomène, qualifié d’« inflation », traduit une mise en pression du système hydrothermal situé à 1 ou 2 kilomètres de profondeur, où l’eau est chauffée par les gaz magmatiques.
Les scientifiques restent toutefois prudents : aucun signe d’évolution des réservoirs de magma n’a été détecté. Le niveau de vigilance jaune – en vigueur depuis décembre 2020 – est maintenu. Cette alerte de niveau 2 sur 4 n’implique pas de menace immédiate pour les populations, mais appelle à une surveillance renforcée.
Une consultation jugée trop discrète
Dans le même temps, la consultation publique lancée le 15 juin sur le projet de forage géothermique s’est clôturée le 15 juillet. Les Martiniquais étaient invités à donner leur avis sur le permis exclusif de recherches demandé par Carigen SAS, une société basée à Ducos. Le permis couvre environ 132 km² sur sept communes du nord de l’île : L’Ajoupa-Bouillon, Basse-Pointe, Grand’Rivière, Macouba, Morne-Rouge, Le Prêcheur, Fonds-Saint-Denis, Le Carbet et Saint-Pierre.
L’Association pour la protection de l’environnement et du patrimoine de la Martinique (Assaupamar) dénonce un processus mené « en catimini ». Selon Fanywa Toussay, membre de l’association, « c’est une consultation simple, ordinaire, qui passe dans les réseaux en catimini ». L’organisation réclame une véritable enquête publique, avec la participation d’experts capables de répondre aux questions des habitants.
Les enjeux de la géothermie sur un volcan actif
Un potentiel énergétique stratégique
Le projet porté par Carigen vise à exploiter la chaleur emmagasinée dans le sous-sol de la montagne Pelée, notamment dans les nappes d’eau souterraines, pour produire de l’électricité. Sous le volcan, un réservoir hydrothermal a déjà été localisé entre 1 et 3 kilomètres de profondeur, avec des températures comprises entre 180 et 200 °C. Ce gisement pourrait offrir une source d’énergie locale, renouvelable et stable, dans une île fortement dépendante des énergies fossiles importées.
La Martinique, comme l’ensemble des Outre-mer, cherche à réduire sa facture énergétique et à diversifier son mix. La géothermie apparaît comme une piste prometteuse, mais elle soulève des questions spécifiques lorsqu’elle est envisagée sur un volcan en réactivation.
Des interrogations sur les risques
Les associations environnementales, dont le collectif « Nou la pour la préservation de l’environnement », demandent des garanties sur l’absence de conséquences pour l’équilibre du massif. Murielle Hombel, membre de ce collectif, insiste : « Il faut que les élus puissent informer leurs administrés par des séances de présentation du projet. »
Le contexte politique local ajoute à la complexité : sur les sept communes directement concernées, six ont élu de nouveaux maires. Leur niveau d’information sur le projet reste incertain. L’Assaupamar demande donc une prolongation de la consultation, afin de permettre aux nouveaux élus de s’approprier le dossier et de le présenter à leurs administrés.
Vigilance jaune : que signifie ce gonflement ?
Un phénomène lié au système hydrothermal
Le gonflement du sommet – 3 à 4 cm en six mois – est attribué à une pression accrue dans le système hydrothermal. L’eau souterraine, chauffée par les gaz magmatiques, se dilate et exerce une poussée sur les roches environnantes. Ce phénomène n’est pas rare sur les volcans actifs, mais il est suivi de près car il peut précéder une évolution plus significative.
« Nous n’avons pas d’évidence d’une évolution au niveau des réservoirs de magma », tempère Jérôme Vergne. Autrement dit, le réservoir magmatique proprement dit – la chambre où se trouve le magma – ne semble pas se remplir ni se déformer. Le danger immédiat reste donc limité.
Une réactivation depuis 2019
La montagne Pelée est entrée en phase de « réactivation » en 2019, après plusieurs décennies de calme. Cette réactivation s’est traduite par une hausse de l’activité sismique, avec un pic notable en 2025. Le passage au niveau de vigilance jaune en décembre 2020 a officialisé cette nouvelle donne.
Le plan ORSEC-Volcan, qui organise la réponse des autorités en cas d’éruption, a été activé à ce niveau. Il prévoit une surveillance renforcée, des informations régulières à la population et des restrictions d’accès à certaines zones. Jusqu’à présent, aucune évacuation n’a été nécessaire.
Vers une décision attendue
La fin de la consultation ouvre une phase de décision
Avec la clôture de la consultation publique, la balle est désormais dans le camp du préfet. Il doit examiner les avis recueillis – dont le nombre et la teneur ne sont pas encore connus – avant de se prononcer sur l’octroi du permis de recherche à Carigen. La société dispose de cinq ans, si le permis est accordé, pour mener ses forages et évaluer le potentiel géothermique du site.
Les associations ne désarment pas. L’Assaupamar a déjà alerté les autorités en octobre 2025 sur les risques d’un forage sur un volcan actif. La question de la transparence reste centrale : les habitants ont-ils eu suffisamment d’informations pour se forger une opinion éclairée ?
Un précédent dans les Caraïbes
La géothermie sur volcan actif n’est pas une première. La Guadeloupe exploite déjà la centrale de Bouillante, située sur un système volcanique. Mais le contexte de la montagne Pelée est particulier : le volcan, qui a détruit Saint-Pierre en 1902, est considéré comme l’un des plus dangereux des Antilles. Un forage mal conçu pourrait – selon les détracteurs du projet – perturber l’équilibre du système hydrothermal et, à terme, influencer l’activité volcanique.
Les scientifiques de l’OVSM rappellent que la géothermie et la sismicité peuvent interagir. L’injection ou le pompage d’eau chaude sous pression peut induire une microsismicité. Sur un volcan déjà en réactivation, le risque – bien que jugé faible – ne peut être écarté sans études approfondies.
Un avenir mêlé entre énergie et géologie
La Martinique à un carrefour
Ce double événement – gonflement du volcan et projet géothermique – place la Martinique à un carrefour. D’un côté, l’île cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles et à développer des sources renouvelables locales. La géothermie apparaît comme une solution crédible, capable de fournir une électricité stable et décarbonée. De l’autre, la montagne Pelée est un symbole fort de l’identité martiniquaise et un volcan actif, dont l’éruption de 1902 reste dans toutes les mémoires.
La concertation avec la population sera cruciale. L’Assaupamar et d’autres collectifs demandent que les habitants soient associés à chaque étape du projet, et non pas simplement consultés a posteriori. « Nous voulons avoir l’assurance que ces recherches ne provoquent pas de nuisance », résume un membre de l’association.
Une surveillance renforcée
L’OVSM continue de suivre l’évolution du volcan avec attention. Le réseau de capteurs GPS sera maintenu, et les données seront analysées en temps réel. Toute accélération du gonflement ou toute modification de l’activité sismique entraînera un réexamen du niveau de vigilance.
Pour les Martiniquais, ces observations rappellent que la montagne Pelée n’est pas un simple décor. Elle est vivante, et ses mouvements – même infimes – méritent une attention permanente. À l’heure où l’île explore de nouvelles voies énergétiques, cette double actualité pose une question fondamentale : comment concilier développement durable et respect d’un environnement volcanique unique ?
La réponse ne viendra pas seulement des laboratoires ou des bureaux d’études. Elle passera par un débat public éclairé, où chaque citoyen pourra peser les bénéfices d’une énergie locale face aux risques – même hypothétiques – d’un volcan en réveil.
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