Michel-Édouard Leclerc monte au créneau contre TotalEnergies et les spéculateurs
Invité ce dimanche 17 mai 2026 sur LCI dans l'émission "En Toute Franchise", Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, a lancé une offensive en règle contre le géant pétrolier TotalEnergies. Alors que le conflit au Moyen-Orient fait flamber les prix du carburant depuis plusieurs semaines, le patron de la grande distribution a estimé que la multinationale se trouve dans "une forme d'illégalité". Selon lui, TotalEnergies profite de sa position de raffineur pour s'approvisionner à des conditions préférentielles et les refuser à ses concurrents.
"Tous les distributeurs français qui ont Total comme concurrent et comme distributeur pourraient lui faire un procès en discrimination", a-t-il déclaré, comparant la situation aux pratiques d'Apple, qui facture plus cher certains utilisateurs. Une accusation grave qui intervient alors que l'essence est plafonnée à 1,99 €/litre et le gazole à 2,25 €/litre dans les stations TotalEnergies, une mesure bien accueillie par les consommateurs mais vivement critiquée par la concurrence.
"Il peut en refiler un peu aux consommateurs"
Michel-Édouard Leclerc ne s'est pas arrêté là. Il a rappelé que TotalEnergies a "tellement cagnotté depuis deux, trois ans" en pratiquant des prix 10 à 12 centimes plus élevés que ceux de Leclerc, Intermarché ou Super U. "Maintenant, il peut en refiler un peu aux consommateurs", a-t-il lancé, appelant le groupe à répercuter ses marges. Selon lui, ce contentieux existe depuis la guerre en Ukraine, où un décalage de prix similaire avait déjà été observé. "Il est raffineur, il peut revendre. Moi, je ne suis pas raffineur, je ne sais pas faire ça", a-t-il précisé, tout en reconnaissant que Leclerc a aussi fait souffrir TotalEnergies par sa concurrence agressive.
Contexte : guerre au Moyen-Orient et flambée des prix du carburant
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, il y a près de trois mois, les prix des carburants ont grimpé en flèche. Les perturbations dans le détroit d'Ormuz menacent l'approvisionnement mondial, et les consommateurs français subissent de plein fouet cette hausse. TotalEnergies a tenté de répondre avec un plafonnement des prix, mais cette décision a ravivé les tensions avec ses concurrents.
Michel-Édouard Leclerc estime que cette stratégie déstabilise le marché. En s'approvisionnant à des conditions privilégiées grâce à son statut de raffineur, TotalEnergies crée une distorsion de concurrence que les autres distributeurs ne peuvent pas compenser. "C'est un peu comme Apple quand il se sert lui-même et qu'il fait payer plus cher des utilisateurs", a-t-il répété. "Mais c'est un procès qui durerait 4 ans, 5 ans." Une menace à peine voilée, même si le dirigeant se dit "homme d'action, pas homme de prétoire".
Un appel à la responsabilité des industriels
Au-delà du carburant, Michel-Édouard Leclerc a élargi son propos à l'inflation globale. Il a appelé l'industrie agroalimentaire à mieux négocier avec ses propres fournisseurs, notamment ceux d'emballages et de plastiques, pour contenir la hausse des prix. "C'est important que les acteurs économiques se retournent derrière eux et aillent négocier. Et pas simplement contre la grande distribution", a-t-il déclaré.
"Pour le moment, il y a beaucoup de gens qui font du fric, et pas simplement Total dans les compagnies pétrolières, (mais aussi) dans la pétrochimie, dans le secteur des emballages, de la plasturgie", a-t-il ajouté. Une mise en cause directe des "faiseurs d'inflation", ces intermédiaires qui profitent de la crise pour augmenter leurs marges. Le patron de Leclerc souhaite que "tous les industriels qui achètent des engrais, du plastique, des emballages, se retournent derrière eux et négocient durement avec cette pétrochimie, avec ces spéculateurs".
Négociations commerciales : le refus catégorique de Leclerc
Dans le même entretien, Michel-Édouard Leclerc a réitéré son opposition à une réouverture des négociations commerciales entre distributeurs et industriels, réclamée par certains secteurs en raison de la hausse des prix liée au conflit. "Le cycle qui est prévu par la loi française, c'est à partir de décembre de l'année prochaine", a-t-il rappelé. "Si je vois les pouvoirs publics qui nous disent 'on va rouvrir la négociation, vous allez repasser à la caisse', alors là ça va crier dur."
Un avertissement clair aux autorités, qui pourraient être tentées d'intervenir pour atténuer l'inflation. Le président du comité stratégique des centres E.Leclerc refuse de céder aux pressions de l'industrie agroalimentaire, qu'il accuse de répercuter ses propres hausses de coûts sans négocier avec ses fournisseurs. Une position qui pourrait raviver les tensions entre la grande distribution et les producteurs.
Les consommateurs au cœur de la bataille
Malgré la concurrence sur le carburant, Michel-Édouard Leclerc se veut rassurant pour les consommateurs. Il assure que les centres E.Leclerc "cartonnent aujourd'hui car on est bas" sur les prix des produits de grande consommation. Une manière de redorer son image alors que les Français subissent une inflation galopante. Cette guerre des prix devrait donc se poursuivre, avec d'un côté TotalEnergies qui mise sur le plafonnement pour attirer les clients, et de l'autre Leclerc qui joue la carte des marges réduites.
Perspective : une économie sous tension et des menaces juridiques
Cette nouvelle passe d'armes entre Michel-Édouard Leclerc et TotalEnergies illustre les tensions qui traversent l'économie française. Alors que le conflit au Moyen-Orient continue de peser sur les approvisionnements, les acteurs économiques cherchent à protéger leurs marges tout en répondant aux attentes des consommateurs. La menace d'un procès en discrimination plane désormais sur TotalEnergies, même si Michel-Édouard Leclerc admet qu'une telle action serait longue et coûteuse.
Au-delà du cas particulier du carburant, c'est toute la chaîne de valeur qui est questionnée. La dénonciation des "faiseurs d'inflation" par le patron de Leclerc montre que les spéculateurs sur les matières premières et les intermédiaires sont dans le viseur. Une tendance qui pourrait s'accentuer si les prix continuent de grimper, poussant les distributeurs et les industriels à se renvoyer la balle.
Un contexte politique et économique tendu
En pleine campagne présidentielle aux États-Unis et avec un conflit au Moyen-Orient qui s'enlise, les prix du carburant sont devenus un enjeu politique majeur en France. Le gouvernement a déjà annoncé de nouvelles aides ciblées pour le mois de juin, mais ces mesures risquent de ne pas suffire face à une inflation persistante. Michel-Édouard Leclerc, en attaquant frontalement TotalEnergies, cherche probablement à capter une partie de ce mécontentement populaire, tout en défendant ses propres intérêts commerciaux.
Reste à savoir si ses accusations seront suivies d'effets. Un procès en discrimination serait inédit dans le secteur, mais il pourrait redéfinir les règles du jeu pour les années à venir. En attendant, les consommateurs continuent de faire les frais de cette guerre des prix, entre plafonnements et marges réduites. Une situation qui rappelle à quel point l'économie et la géopolitique sont désormais étroitement liées.
Par ailleurs, alors que le monde du sport vit aussi ses propres tensions, on peut s'interroger sur les parallèles avec d'autres secteurs : au Havre, le football a connu son lot de surprises. Mais dans les allées des supermarchés, la bataille des prix est tout aussi rude.
Appel à une régulation plus stricte
Les déclarations de Michel-Édouard Leclerc pourraient relancer le débat sur la régulation des marchés de l'énergie et des matières premières. Alors que les marges des raffineurs sont sous le feu des critiques, certains experts appellent à un encadrement plus strict des pratiques de TotalEnergies. La comparaison avec Apple, régulièrement attaqué pour abus de position dominante, n'est pas anodine : elle suggère que les pratiques de la multinationale pourraient être sanctionnées par le droit de la concurrence.
Dans ce contexte, la question des négociations commerciales et de l'inflation reste cruciale pour les mois à venir. Michel-Édouard Leclerc, en refusant toute réouverture, veut éviter que les industriels ne répercutent leurs hausses de coûts sur les consommateurs. Une position qui pourrait être soutenue par les associations de consommateurs, mais qui risque de durcir les relations avec les fournisseurs. La guerre au Moyen-Orient n'est pas près de s'achever, et ses conséquences économiques continueront de peser sur les Français.
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