Bouchara : le tribunal rend sa décision ce lundi, 358 salariés menacés
Les 542 salariés de l'enseigne de linge de maison et de décoration Bouchara retiennent leur souffle. Ce lundi 11 mai 2026, le tribunal des activités économiques de Paris doit statuer sur l'unique offre de reprise déposée, celle de la société hongkongaise AA Investments. Alors que plus d'une dizaine de dossiers avaient été évoqués initialement, un seul a été retenu lors de la phase d'amélioration des offres.
Cette proposition prévoit la reprise de 25 magasins sur 52 et le maintien de seulement 184 emplois sur les 542 que compte l'enseigne. En clair, 358 salariés – soit les deux tiers des effectifs – seraient laissés de côté, avec pour seule perspective un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qualifié de «ras des pâquerettes» par l'intersyndicale.
Un choc terrible pour les équipes
Dans les magasins déjà condamnés par cette offre partielle, l'heure est à la tristesse et à la colère. À Toulon, Magali Lallemand-Waltz, déléguée syndicale FO, a vu son magasin fermer ses portes samedi 2 mai après 25 ans d'ancienneté. "Un choc terrible", confie-t-elle, décrivant des "collègues en larmes depuis 15 jours, trois semaines".
À Bourges, les vendeuses ont reçu des bouquets de fleurs de clientes émues lors de la dernière journée, samedi 9 mai. À Albi, le magasin implanté place du Vigan depuis 2003 (sous l'enseigne Eurodif puis Bouchara à partir de 2017) fermera définitivement ce lundi à midi. "C'est tellement triste", répètent les clients, venus faire leurs adieux et profiter des dernières promotions sur des articles de déco bradés à un euro.
Un redressement judiciaire annoncé depuis janvier
Placée en redressement judiciaire en janvier 2026, l'enseigne Bouchara n'a pas survécu à un contexte économique difficile. La direction évoque "un environnement de marché durablement contraint", une baisse des dépenses des ménages et une concurrence de plus en plus féroce, notamment de la part des "acteurs à bas prix et du e-commerce", sans citer nommément les géants asiatiques Shein et Temu.
Avec 52 boutiques à travers la France et 542 salariés, Bouchara était pourtant une enseigne emblématique du centre-ville, bien connue des familles pour la qualité de son linge de maison. Mais la pyramide des âges est élevée : de nombreux employés ont entre 40 et 50 ans, voire plus de 20 ou 30 ans d'ancienneté. Magali Lallemand-Waltz le souligne : "Pour retrouver du travail après, ça va être extrêmement compliqué."
Les syndicats (CGT, CFDT, FO et CFE-CGC) dénoncent une offre insuffisante et un PSE minimal. Des rassemblements ont eu lieu devant plusieurs magasins ces derniers jours, mais la mobilisation n'a pas suffi à faire évoluer le dossier.
Vers une restructuration douloureuse du commerce de centre-ville
Au-delà du cas Bouchara, cette affaire illustre les difficultés persistantes du commerce physique en France. Les enseignes historiques, fragilisées par la crise du pouvoir d'achat et l'essor du e-commerce, peinent à se réinventer. Bouchara rejoint ainsi une longue liste de marques contraintes de réduire la voilure.
Pour les 27 magasins non repris, c'est une page qui se tourne dans de nombreux centres-villes, d'Albi à Bourges en passant par Toulon et Castres. Les clients, fidèles, expriment leur nostalgie : "Leur linge de maison est de qualité, ça dure dans le temps", témoigne Annie, cliente régulière à Albi.
La décision du tribunal, attendue dans la journée, sera scrutée par les 542 salariés mais aussi par les élus locaux, inquiets de voir disparaître un commerce de proximité. En attendant, les magasins concernés par la fermeture baissent définitivement le rideau, laissant des salariés de plus de 40 ans face à un marché de l'emploi incertain.
Pendant ce temps, ailleurs dans l'actualité, on s'intéresse à d'autres sujets marquants de cette journée du 11 mai 2026 : l'horoscope tendu, le match décisif et l'actualité marocaine. Pour les salariés de Bouchara, l'horizon est lui aussi bien sombre.
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