Meloni brise le silence : « Les propos de Trump sont inacceptables »
Elle avait longtemps choisi la retenue. Lundi 14 avril 2026, la présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni a franchi un cap en critiquant publiquement et directement son allié Donald Trump. Dans un communiqué officiel, elle a qualifié d'« inacceptables » les attaques du président américain contre le pape Léon XIV, qui s'était prononcé avec fermeté contre la guerre en Iran, la qualifiant de « senseless » et appelant à la paix.
« Le pape est le chef de l'Église catholique, et il est juste et normal qu'il appelle à la paix et condamne toute forme de guerre », a déclaré Meloni. Une prise de position qui, bien que tardive selon ses opposants, marque une rupture symbolique forte dans la relation entre la dirigeante italienne et le locataire de la Maison-Blanche.
Trump riposte immédiatement
La réponse de Trump n'a pas tardé. Le président américain, 79 ans, s'en est pris directement à Meloni dans un échange avec un journaliste du Corriere della Sera, sans même attendre que celui-ci pose sa question. « Je suis choqué par elle. Je la croyais courageuse, mais je me trompais », a-t-il lancé, ajoutant que l'Italie « ne serait plus jamais le même pays » à cause de l'immigration. Il a également reproché à Rome de ne pas aider Washington à accéder au pétrole — une allusion directe aux perturbations du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz depuis le déclenchement du conflit iranien, comme l'illustre la crise pétrolière qui secoue la région.
Une coalition italienne sous pression, entre foi catholique et loyauté trumpiste
La séquence a mis en lumière les tensions internes au gouvernement de coalition italien. Le vice-Premier ministre Matteo Salvini, leader de la Ligue et lui aussi grand admirateur de Trump, n'a pas hésité à prendre ses distances sur ce dossier précis. « Attaquer le pape, symbole de paix et guide spirituel de milliards de catholiques, ne me semble ni utile ni intelligent », a-t-il déclaré sur la chaîne Telelombardia.
L'opposition italienne, elle, a saisi l'occasion pour mettre Meloni en difficulté. Giuseppe Conte, président du Mouvement 5 Étoiles, a raillé la cheffe du gouvernement pour son silence initial, jugé incompatible avec son identité catholique revendiquée. Carlo Calenda, leader du parti centriste Azione, a quant à lui fustigé une Meloni « embarrassante » et « inféodée à Trump », estimant que cette relation n'avait apporté aucun bénéfice concret à l'Italie.
La suspension de l'accord de défense avec Israël, autre signal fort
Parallèlement à la crise avec Washington, Rome a annoncé la suspension du renouvellement de son accord de défense avec Israël, habituellement reconduit tous les cinq ans. Meloni a justifié cette décision par « la situation actuelle », sans davantage de précisions. Cette annonce intervient après qu'Israël a tiré des coups de semonce sur un convoi de Casques bleus italiens au Liban, endommageant un véhicule, et après les propos de la diplomatie italienne condamnant les attaques israéliennes « inacceptables » contre des civils libanais. L'Italie est le troisième exportateur mondial d'armements vers Israël, bien que cette part ne représente qu'environ 1,3 % des importations militaires israéliennes.
Contexte : une alliance fragilisée par la guerre en Iran et le conflit papal
Jusqu'à récemment, Giorgia Meloni faisait figure d'exception en Europe : seule dirigeante du continent à avoir été conviée à l'inauguration du second mandat de Trump en janvier 2025, elle avait cultivé un rôle de médiatrice entre Bruxelles et Washington, notamment sur le dossier du Groenland. Mais la décision américaine de frapper l'Iran a modifié profondément les paramètres géopolitiques. L'Italie, fortement dépendante du pétrole transitant par le détroit d'Ormuz, subit de plein fouet les conséquences économiques du conflit.
Le pape Léon XIV, de son côté, s'est imposé comme une voix morale majeure contre cette guerre, allant jusqu'à qualifier de « inacceptable » la menace américaine de détruire la civilisation iranienne. Après les attaques de Trump sur Truth Social — où le président américain l'avait taxé d'être « faible sur le crime et terrible pour la politique étrangère » —, le pontife a répondu qu'il n'avait « aucune peur » de l'administration Trump et continuerait à se battre pour la paix. Trump a refusé de s'excuser, qualifiant le pape de « très faible ».
Perspective : la droite nationaliste européenne à la croisée des chemins
L'épisode Meloni-Trump-Léon XIV révèle une fracture de fond au sein de la droite nationaliste et conservatrice européenne. Pendant des années, Trump a joué le rôle de boussole idéologique pour ces mouvements, leur offrant un modèle de gouvernance populiste exportable. Mais la guerre en Iran, l'hostilité au pape et des provocations répétées contre des alliés ont progressivement érodé ce capital symbolique.
Comme le souligne Carlo Calenda, « la droite pro-russe et pro-Trump est en train de devenir toxique ». La défaite de Viktor Orbán en Hongrie — pourtant soutenu par le vice-président JD Vance en personne — est venue confirmer cette tendance. Pour Meloni, les élections de 2027 approchent, et concilier atlantisme trumpiste, attachement catholique et intérêts économiques nationaux semble de plus en plus acrobatique. La dirigeante italienne se retrouve à une bifurcation : continuer à jouer la carte de la proximité avec Washington au risque de s'aliéner une base électorale profondément catholique, ou s'en émanciper au prix d'une rupture spectaculaire avec l'homme qui l'avait portée sur le devant de la scène internationale.
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