Matthieu Pigasse lance « Populaire » en Seine-Saint-Denis
Le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, et l'homme d'affaires Matthieu Pigasse ont annoncé ce lundi 21 septembre 2026 le lancement de « Populaire, toutes nos histoires », une série de spectacles historiques gratuits prévus entre 2027 et 2028. Ce projet, présenté comme un contre-Puy du Fou, ambitionne de raconter l'histoire de France à travers des récits « mixtes, inclusifs, du monde entier et d'ici », selon le dossier de présentation. Les premières représentations débuteront en mai 2027.
Le projet s'appuie sur les historiens Patrick Boucheron et Guillaume Mazeau, et prévoit des « boîtes à histoires » pour recueillir les témoignages des habitants, des ambassadeurs du département, ainsi que des affiches et des cartes. L'objectif affiché est de mettre en lumière des récits « cachés » ou « pas encore entendus », en résonance avec la diversité du territoire. Pour ses promoteurs, « Populaire, c'est le contraire de populiste », une manière de proposer une histoire « généreuse, ouverte, racontée autrement ».
Cette initiative intervient dans un contexte où la gauche cherche à reconquérir les classes populaires et à proposer un récit alternatif face à des succès culturels comme le Puy du Fou. Le choix de la Seine-Saint-Denis, département symbolique des transformations démographiques et sociales, n'est pas anodin. Il s'agit de produire un contre-récit historique, loin des grandes figures et des batailles traditionnelles, pour installer un nouveau récit collectif.
Les finances de sa holding dévoilées
En parallèle, Matthieu Pigasse a été contraint de lever le voile sur sa fortune. Un lanceur d'alerte, Maxime Renahy, l'a poussé à publier les bilans de sa holding principale, Combat Media, qui regroupe Radio Nova, Les Inrocks, des participations dans Mediawan, la filiale française du HuffPost, et les festivals Rock en Seine, We Love Green et Golden Coast. Ces documents, révélés par L'Informé, dressent un tableau bien moins flamboyant que l'image du banquier rock.
À fin 2025, Combat Media supporte une dette brute de 45 millions d'euros, pour des actifs de 65 millions, essentiellement des participations (34 millions) et des avances consenties (15 millions). Ces actifs ont perdu la moitié de leur valeur depuis l'investissement initial. La structure n'a distribué aucun dividende depuis 2020. Les Inrocks ont cumulé 8,3 millions de pertes entre 2009 et 2012, et ReS Holding, qui détient Rock en Seine, a perdu 8 millions entre 2019 et 2021 à cause du Covid. Radio Nova, en revanche, a vu ses audiences exploser depuis deux ans grâce au recrutement d'humoristes choisis par son propriétaire.
L'article révèle également que Pigasse s'est retrouvé dans une situation financière périlleuse dans les années 2010, notamment pour son investissement dans Le Monde et L'Obs, qui lui a coûté près de 50 millions d'euros, empruntés pour moitié à la banque Palatine avec la caution de Xavier Niel. En 2016, Combat Media a souscrit des obligations convertibles auprès de WPP.
Polémique autour de Radio Nova
Ces révélations interviennent alors que Radio Nova, propriété de Pigasse, fait l'objet d'une vive polémique. Le 10 mai 2026, dans l'émission satirique « La Dernière » de Guillaume Meurice, l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré a tenu des propos violents. Il a notamment souhaité un cancer à Gabriel Attal et imaginé la mort de Sophia Aram dans un accident de la circulation. Ces propos ont suscité l'indignation, notamment du député Renaissance Sylvain Maillard, qui a dénoncé des propos « scandaleux ». Les défenseurs de Barré invoquent l'humour noir et la tradition satirique.
Cet épisode met en lumière les tensions autour de la liberté éditoriale des médias de Pigasse et pose la question de la responsabilité des propriétaires. Radio Nova, qui a misé sur des humoristes provocateurs, se retrouve au cœur d'une controverse sur les limites de l'humour et le rôle des médias dans le débat public.
Des implications multiples
Le lancement de « Populaire » et les révélations financières dessinent un Matthieu Pigasse à la croisée des chemins. D'un côté, il investit dans un projet culturel ambitieux en Seine-Saint-Denis, tentant de peser sur le récit national et de séduire un électorat de gauche. De l'autre, ses finances fragiles et les polémiques dans ses médias pourraient affecter sa crédibilité, alors qu'il est pressenti comme candidat potentiel à la présidentielle de 2027.
Ces événements s'inscrivent dans une tendance plus large : la lutte pour le contrôle des récits et des médias, et la difficulté pour les patrons de presse de concilier engagement politique et rentabilité économique. Ils rappellent que les entreprises médiatiques sont souvent déficitaires et que les propriétaires doivent parfois rendre des comptes, surtout lorsqu'ils aspirent à des fonctions politiques.
Alors que la campagne présidentielle de 2027 se profile, Matthieu Pigasse devra naviguer entre ses ambitions culturelles, ses intérêts économiques et les attentes du public. Son cas illustre les défis auxquels sont confrontés les hommes d'affaires qui souhaitent s'engager en politique, entre transparence financière et responsabilité éditoriale. La manière dont il gérera ces différentes casquettes sera scrutée de près.
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