L'intersyndicale échoue à faire annuler l'interdiction du parcours initial
Le tribunal administratif de Paris a rejeté, mercredi 4 novembre en soirée, le recours en référé déposé par l'intersyndicale (CGT, CFDT, FO, FSU, Solidaires, UNEF) contre l'arrêté de la préfecture de police interdisant le parcours initialement déclaré pour la manifestation du jeudi 5 novembre. Les organisations syndicales souhaitaient défiler entre la place de la Bastille et la place de la Concorde, un tracé passant à proximité de l'Assemblée nationale, de l'Élysée et de Matignon. La préfecture a finalement autorisé un itinéraire alternatif entre la place de la République et la place de la Nation, en empruntant le boulevard Voltaire, de 14 heures à 19 heures.
Cette décision intervient après une procédure en référé engagée dès le mardi 3 novembre par les avocats des syndicats. Ces derniers reprochaient à la préfecture de police de ne pas avoir formalisé par écrit son refus du tracé Bastille-Concorde, déclaré dès le 21 octobre. « Face au refus de la préfecture de police de prendre acte du tracé Bastille-Concorde pour la manif intersyndicale du 5 novembre, mes consœurs et confrères avocat-es de la CFDT, de la FSU, Solidaires, FO, CGT et de l'UNEF saisissent le tribunal administratif », avait expliqué Me Chirinne Ardakani, avocate de l'UNEF, sur le réseau social X. Les syndicats demandaient que la préfecture publie tout arrêté d'interdiction avant le mercredi 14 heures, afin de garantir un droit effectif au recours, et que le tribunal suspende cet arrêté. Ils estimaient que la décision d'interdiction « existait déjà », s'appuyant sur des « échanges informels » avec les services préfectoraux. Le tribunal administratif n'a pas suivi cette argumentation et a validé l'arrêté préfectoral, tout en reconnaissant le droit de manifester sur le parcours alternatif proposé.
Un automne social sous haute tension
Cette décision judiciaire clôt un feuilleton de plusieurs jours entre l'intersyndicale et les autorités, sur fond de mobilisation sociale d'ampleur. La journée du 5 novembre s'annonce comme un test majeur pour l'exécutif, confronté à une colère sociale profonde. Selon les services de renseignement, entre 500 000 et un million de personnes pourraient descendre dans la rue dans les plus grandes villes du pays, tandis que de nombreux secteurs devraient être affectés, de l'enseignement public et privé aux transports, en passant par la RATP et la SNCF. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a qualifié la journée de « sensible » pour le maintien de l'ordre, justifiant un dispositif de sécurité massif pour éviter les scènes de chaos qui avaient marqué la mobilisation du 17 octobre dernier, lorsque des éléments extérieurs aux manifestations avaient pillé et vandalisé des commerces.
Les revendications des syndicats sont multiples : revalorisation des salaires, sauvegarde des services publics, justice fiscale et lutte contre la vie chère. Cette mobilisation intervient après des semaines de contestation de la jeunesse et de manifestations spontanées contre la vie chère, que le gouvernement n'avait pas su anticiper ni juguler. Pour la première fois depuis plus d'un an, l'ensemble des centrales syndicales battent le pavé ensemble, un signe de la profondeur de la crise sociale. Le soutien de la population à ce mouvement reste élevé, ce qui place l'exécutif sous pression à l'approche de l'élection présidentielle. Le gouvernement, qui avait déjà dû faire face à un budget contesté de Sébastien Lecornu, pourrait être contraint à des concessions pour tenter d'apaiser la rue.
Quelles suites pour le mouvement social ?
L'échec du recours de l'intersyndicale ne devrait pas entamer la détermination des organisations syndicales, qui ont d'ores et déjà appelé à se retrouver nombreuses sur le parcours alternatif. La question de la légalité de l'arrêté préfectoral pourrait toutefois être portée sur le terrain du fond, au-delà du référé. Mais l'enjeu principal réside ailleurs : dans la capacité du gouvernement à répondre aux attentes d'un mouvement social qui pourrait bien marquer un tournant de l'automne. Alors que la convergence des luttes s'intensifie, avec les mobilisations lycéennes et étudiantes, et que l'échéance présidentielle se rapproche, l'exécutif doit trouver des marges de manœuvre budgétaires et politiques pour éviter un enlisement. La journée du 5 novembre constituera un premier indicateur de la force de frappe de l'intersyndicale et de la capacité du gouvernement à tenir le cap. Une chose est sûre : le parcours Bastille-Concorde, symbole d'une volonté de défiler au plus près des institutions, restera comme le premier acte d'un bras de fer qui ne fait que commencer.
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