Mathilde Panot relance la « chasse aux riches » et défend la confiscation des gros héritages
Invitée sur BFMTV ce mardi 25 août, la présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale a remis sur le devant de la scène une proposition choc du programme L’Avenir en commun : plafonner l’héritage à 12 millions d’euros. « À partir de 12 millions d’euros, nous prendrons tout », a-t-elle lancé, précisant que seule la fraction dépassant ce seuil serait imposée à 100 % par l’État. Une déclaration qui survient dans un contexte politique déjà tendu, à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, et qui a immédiatement suscité de vives réactions.
Un plafonnement hérité du programme insoumis
Cette proposition n’est pas nouvelle. Elle figurait déjà dans le programme présidentiel de Jean-Luc Mélenchon en 2022, sous le nom de « héritage maximal ». L’objectif affiché : empêcher la constitution de « dynasties économiques » et réduire les inégalités de patrimoine. Mathilde Panot a justifié cette mesure par une dénonciation des plus fortunés : « Nous sommes dans un pays où les riches ont décidé de faire sécession », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « Il n’est pas moral que 11 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté quand 13 000 millionnaires ne paient pas d’impôt sur le revenu. »
La députée du Val-de-Marne a également avancé des chiffres pour appuyer son propos : « En 1996, les 500 plus grandes fortunes de notre pays détenaient 6 % du PIB. Aujourd’hui, elles accaparent 42 % du PIB », a-t-elle affirmé. Ces données, déjà utilisées par d’autres responsables insoumis comme Manon Aubry, ont toutefois été nuancées par plusieurs économistes : comparer le patrimoine cumulé des grandes fortunes au PIB annuel revient à comparer un stock à un flux, ce qui peut conduire à une surestimation de la concentration des richesses. Une précision que la présidente du groupe LFI n’a pas jugé utile d’apporter.
Un contexte politique chargé : entre soutien à Bally Bagayoko et offensive contre le gouvernement
L’intervention de Mathilde Panot intervient au lendemain des universités d’été de La France insoumise, où Jean-Luc Mélenchon a promis la censure du gouvernement et de son budget, tout en s’engageant à « remettre de l’ordre dans les comptes publics ». La cheffe de file des députés LFI a également profité de son passage médiatique pour apporter son soutien au maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, visé par une enquête du parquet national financier (PNF) pour « détournement de fonds publics, recel et concussion ». Dénonçant un « acharnement politique » et une « campagne raciste » depuis son élection, elle a affirmé : « Bally Bagayoko va être blanchi, ça suffit de le traîner dans la boue à tout va. »
La gauche en plein repositionnement
Ces prises de position interviennent alors que la gauche tente de se structurer en vue de la présidentielle. Raphaël Glucksmann a officiellement annoncé sa candidature le 23 août, une décision saluée par une partie du PS, tandis que les écologistes se disent « prêts à discuter » avec les principaux candidats de gauche. Pour Mathilde Panot, l’heure est à la radicalité, mais aussi à la mise en garde : « Nous allons avoir beaucoup de mensonges dans cette campagne, nous allons avoir des ingérences étrangères », a-t-elle prévenu, appelant ses soutiens à ne pas croire aux « calomnies » qui, selon elle, émailleront la campagne.
Mais la surenchère rhétorique contre les riches n’est pas propre à la seule Mathilde Panot. Lors des Amfis, l’eurodéputée Manon Aubry a posé la question « Faut-il interdire les milliardaires ? », estimant que la taxation ne suffisait plus. Cette radicalisation économique, portée par les figures montantes de LFI, semble répondre à une stratégie de distinction dans un paysage politique où la gauche modérée tente de se rassembler autour de Raphaël Glucksmann.
Une proposition qui relance le débat sur la fiscalité et les inégalités
Au-delà des polémiques, la proposition de Mathilde Panot a le mérite de remettre sur la table la question de la fiscalité successorale et de la concentration des patrimoines. En France, les 10 % les plus aisés détiennent près de la moitié du patrimoine total, et les successions jouent un rôle clé dans la reproduction des inégalités. Un plafonnement de l’héritage à 12 millions d’euros, s’il était appliqué, générerait des recettes importantes pour l’État, mais soulèverait des questions constitutionnelles et pratiques : comment évaluer les actifs ? Quelles conséquences pour les entreprises familiales ? Les insoumis balayent ces objections d’un revers de main, estimant que la mesure est « morale » et nécessaire dans un pays où « les riches ont décidé de faire sécession ».
Reste que cette proposition s’inscrit dans une tendance plus large de durcissement du discours économique de La France insoumise. À un an de la présidentielle, d’autres formations politiques, de droite comme de gauche, pourraient être tentées de surenchérir, attisant encore davantage les clivages. L’opinion publique, elle, semble partagée : si une majorité de Français se dit favorable à une augmentation des impôts sur les plus riches, la confiscation pure et simple d’un héritage dépasse peut-être ce que l’électorat est prêt à accepter. La bataille des idées est lancée, et Mathilde Panot compte bien la mener jusqu’au bout, quitte à braquer les modérés.
L’union de la gauche, un horizon encore lointain
Pendant ce temps, les appels à l’union de la gauche se multiplient, sans parvenir à créer une dynamique commune. Anne Souyris, sénatrice écologiste, a répété que son groupe était « prêt à discuter » avec Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, tandis que Nicolas Mayer-Rossignol, maire PS de Rouen, a salué la candidature de Glucksmann comme « un espoir ». Mais la ligne défendue par Mathilde Panot, radicalement opposée à toute modération sur le plan économique, risque de rendre cette union difficile. Le « nous prendrons tout » de la députée insoumise sonne comme un avertissement aux partenaires potentiels : la gauche ne se fera pas au prix d’un renoncement à ses mesures les plus structurantes. Dans cette campagne qui s’annonce sous haute tension, la question sociale et fiscale s’impose d’ores et déjà comme l’un des principaux terrains d’affrontement.
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