Clémence Guetté : l'amitié comme arme politique à un an de la présidentielle

La députée « insoumise » du Val-de-Marne Clémence Guetté, à Paris, le 11 décembre 2024.

Clémence Guetté fait de l'amitié un combat politique

À un an de l'élection présidentielle, Clémence Guetté, députée LFI du Val-de-Marne et deuxième vice-présidente de l'Assemblée nationale, occupe le terrain médiatique avec un sujet inattendu : l'amitié. Le 27 août 2026, elle publie son premier essai, Pour une politique de l'amitié (La Découverte, 160 pages), dans lequel elle défend l'idée que ce sentiment, souvent relégué à la sphère privée, doit devenir une force politique capable de fédérer contre le capitalisme et l'extrême droite.

En parallèle, l'élue insoumise annonce travailler sur une proposition de loi (PDL) visant à accorder aux amis des droits similaires à ceux dont bénéficient la famille et le couple. Objectif : lutter contre les inégalités et les souffrances générées par une hiérarchie des liens que Clémence Guetté juge arbitraire. Dans un entretien à TIME France, elle évoque des situations concrètes comme celles de femmes seules non accompagnées après un accouchement, ou l'interdiction de rendre visite à un proche hospitalisé faute de reconnaissance officielle du lien amical.

Cette initiative a rapidement suscité des réactions, notamment sur les réseaux sociaux. Certains détracteurs ont ironisé sur une prétendue « nationalisation des amis », reprenant des déclarations sorties de leur contexte. Clémence Guetté a réagi en précisant que sa démarche vise à « reconnaître juridiquement » un lien essentiel, et non à l'étatiser, balayant les caricatures comme les fake news.

Une stratégie politique assumée

Ce double projet — essai et proposition de loi — n'a rien d'anodin. Il s'inscrit dans une stratégie plus large de La France insoumise à l'approche de la présidentielle de 2027. Clémence Guetté, qui pilote le programme économique du mouvement, est également à la tête des « Phrygiens », un réseau d'environ quatre-vingts hauts fonctionnaires qui produisent des notes et des études pour nourrir le projet présidentiel de Jean-Luc Mélenchon. Officiellement lancé en mai 2026, ce groupe, présent dans des ministères clés comme Bercy ou à la Banque de France, illustre la volonté de LFI de crédibiliser son offre politique.

En choisissant l'amitié comme marqueur, Clémence Guetté cherche à toucher un électorat plus large que les cercles militants. « Dans les moments les plus difficiles de l'existence, un ami est essentiel », a-t-elle rappelé, reliant cette thématique à des enjeux de société comme le patriarcat, les normes sociales ou la crise du lien social. Une manière de renouveler le discours insoumis, alors que Jean-Luc Mélenchon tente de fédérer au-delà de son socle électoral.

Cette stratégie ne fait pas l'unanimité, y compris à gauche. Certains y voient une dérive idéologique, d'autres une provocation inutile. Mais elle a le mérite de placer Clémence Guetté au cœur de l'actualité politique de cette fin d'été, au moment où les partis peaufinent leurs programmes.

L'amitié, nouveau champ de bataille politique ?

Au-delà du cas LFI, cette initiative interroge le rôle de l'État dans la reconnaissance des liens affectifs. Dans une société où les structures familiales se diversifient (familles monoparentales, couples homoparentaux, etc.), la question de la prise en compte des réseaux de solidarité devient centrale. Clémence Guetté propose des solutions concrètes : permettre aux amis d'accompagner un proche en cas d'hospitalisation, de bénéficier de jours de congé en cas de deuil, ou encore de soutenir une personne en post-partum.

Ce débat résonne avec d'autres sujets de société, comme la crise agricole ou les transformations des solidarités locales, déjà abordés dans Sécheresse 2026 : la PAC au cœur des urgences agricoles européennes. Il illustre une tendance de fond : la recherche de nouveaux modèles de protection sociale, moins centrés sur la famille traditionnelle et plus ouverts aux formes plurielles d'entraide.

Reste à savoir si cette proposition de loi aboutira. Le calendrier parlementaire est serré, et la majorité pourrait ne pas donner suite. Mais l'essai de Clémence Guetté a déjà réussi à lancer un débat qui dépasse les clivages partisans. Et si l'amitié devenait, en 2027, un thème de campagne comme un autre ?

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