Un parcours autorisé de Bastille à Nation
La préfecture de police de Paris a validé jeudi 22 octobre le parcours de la manifestation syndicale prévue samedi 24 octobre, rapporte RMC. Le cortège s'élancera à 14 heures de la place de la Bastille pour rejoindre la place de la Nation, en empruntant la rue de Lyon, l'avenue Daumesnil, la place Félix Éboué, le boulevard de Reuilly, le boulevard de Picpus et l'avenue du Trône. Un itinéraire qui traverse le sud du 12e arrondissement, une zone relativement épargnée par les pillages et les violences du 17 octobre.
Cette autorisation concerne le parcours porté par la CGT et les organisations de jeunesse. En revanche, la préfecture a fait savoir qu'un autre cortège, voulu par le collectif étudiant Interfac et plusieurs organisations se revendiquant des Gilets jaunes, ferait l'objet d'un arrêté d'interdiction. Leur proposition de trajet, de Bastille à Opéra, a été rejetée.
Le préfet de police Patrice Faure justifie ces décisions par « les exactions constatées le week-end dernier, comme à la fin des dernières manifestations, en particulier le 13 octobre », qui « incitent à la plus grande prudence dans le choix des itinéraires afin de faire respecter l'ordre public ». Il assure que « tous ceux qui souhaitent exprimer leurs revendications pourront donc le faire dans ce cadre ».
Un dispositif sécuritaire renforcé
Pour cette journée de mobilisation, le niveau d'engagement des forces de l'ordre sera « 20 % supérieur » à celui de la semaine précédente, a annoncé le ministre délégué auprès du ministère de l'Intérieur, Jean-Didier Berger, sur BFMTV. Un renfort qui traduit la tension autour de ce rendez-vous, présenté comme « l'acte II » par la coordination des Gilets jaunes.
À Paris, la mairie a appelé les habitants et les commerçants à la prudence, leur conseillant de mettre à l'abri poubelles, vélos, terrasses et mobilier extérieur. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a rencontré quelque 400 habitants pour apaiser les inquiétudes après les dégradations du week-end dernier, reconnaissant que des commerçants et riverains s'étaient sentis « abandonnés » par les forces de l'ordre. Il a annoncé vouloir interpeller la commission d'enquête parlementaire sur les violences du 17 octobre, notamment sur la « nasse absurde » mise en place place de la République avant la manifestation.
Des interdictions dans plusieurs villes
En dehors de Paris, plusieurs préfectures ont pris des arrêtés restrictifs. La préfecture du Rhône a interdit « toute manifestation » samedi à Lyon, après les violences et pillages survenus dans l'hyper-centre le 17 octobre. Dans les Bouches-du-Rhône, le préfet a interdit temporairement toutes les manifestations pour la journée de samedi, qu'elles soient déclarées ou non. D'autres villes ont ciblé certains quartiers : Rouen, Montpellier, Brest, Quimper, Lille, Le Havre, Toulon et Grenoble.
Le gouvernement assume une doctrine stricte. Emmanuel Macron a déclaré jeudi, à l'issue d'une réunion à l'Élysée avec les services de renseignement, que « partout où il y a une volonté de manifester, de se regrouper », les demandes émanant de personnes « qui n'ont aucune légitimité pour cela » seraient interdites par les préfets. Le chef de l'État évoque des « groupes organisés d'ultra-gauche » visant à « faire tomber la République », avec « une extrême dangerosité, une très grande violence et une planification », et justifie ces interdictions par le souci de protéger « nos centres-villes, et en particulier nos commerces et nos bâtiments publics ».
Une contestation sociale sous haute tension
Cette journée du 24 octobre intervient une semaine après les manifestations du 17 octobre, qui ont rassemblé 800 000 personnes selon les organisateurs. Elle s'inscrit dans un climat de défiance entre l'exécutif et une partie du monde syndical et associatif. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a dénoncé sur France Info des consignes inédites : « C'est inédit », a-t-elle regretté, considérant que le chef de l'État prend des décisions qui « abîment la démocratie et les libertés publiques ». Elle qualifie de légitime une contestation sociale pacifique, tout en s'indignant des interdictions visant des mobilisations organisées par des associations, des collectifs de citoyens ou des partis politiques.
L'Association de défense des libertés constitutionnelles et le Syndicat de la magistrature ont déposé jeudi soir un recours en référé-liberté devant le Conseil d'État, ont appris franceinfo et BFMTV, qualifiant la décision gouvernementale d'« atteinte démesurée à la liberté ». Une procédure qui pourrait contraindre la plus haute juridiction administrative à se prononcer dans l'urgence sur l'équilibre entre maintien de l'ordre et liberté de manifester.
Le contexte est d'autant plus sensible que les violences du 17 octobre ont laissé des traces. Le maintien de l'ordre est au cœur des critiques, l'exécutif étant accusé d'avoir mal anticipé les débordements. Des responsables politiques de tous bords ont réagi, à l'image de Manuel Valls critiquant la « faillite » de Macron après ces événements. La journée de samedi sera scrutée comme un test de la capacité des autorités à encadrer la contestation sans l'étouffer.
Quelles suites pour le mouvement ?
Au-delà du 24 octobre, la question est de savoir si la stratégie d'interdiction massive va calmer ou au contraire alimenter la contestation. Les organisations syndicales et de jeunesse entendent bien défiler dans le cadre autorisé, mais des collectifs privés de cortège pourraient chercher à se rassembler malgré tout, au risque d'affrontements. La coordination des Gilets jaunes, qui revendique un « acte II », promet de son côté de maintenir la pression.
Sur le plan juridique, la décision du Conseil d'État, attendue dans les heures à venir, pourrait faire jurisprudence sur les conditions dans lesquelles un préfet peut interdire une manifestation non syndicale. Les recours en référé-liberté sont relativement rares dans ce domaine, et leur issue dépendra de l'appréciation des juges sur la proportionnalité des mesures au regard des troubles constatés.
Enfin, la journée du 24 octobre pourrait peser sur la suite du dialogue social. Alors que le gouvernement dit vouloir protéger les commerces et les bâtiments publics, les syndicats dénoncent une remise en cause du droit de manifester. Entre les deux, la mobilisation de samedi et son déroulement — incidents ou cortège pacifique — devraient déterminer l'atmosphère des prochaines semaines.
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