Laurent Nuñez menace CNews de sanctions pénales si Xenia Fedorova revient à l'antenne

French Interior Minister Laurent Nunez leaves the Elysee Palace following a Cabinet Meeting in Paris, France on October 22, 2025.

Laurent Nuñez durcit le ton contre CNews

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a adressé une lettre à l'Arcom, révélée jeudi 10 septembre par Le Monde et l'AFP, dans laquelle il menace la chaîne CNews de "sanctions pénales" si la chroniqueuse pro-Kremlin Xenia Fedorova réapparaît à l'antenne, même à distance. Pour le ministre, un tel retour constituerait un "contournement" des mesures d'expulsion prises à l'encontre de l'ancienne dirigeante de RT France, ainsi qu'une "facilitation des actions d'ingérence" reprochées à cette dernière.

Dans ce courrier, Laurent Nuñez précise qu'il lui "semblait opportun de porter à votre connaissance cette analyse, sans préjudice des poursuites pénales qui pourront être engagées". La missive s'adresse directement à Martin Adjari, président de l'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel français.

Un retour annoncé en direct

Cette mise en garde intervient une semaine après qu'un présentateur de CNews a évoqué, le 2 septembre, le possible retour de Xenia Fedorova. Selon lui, les services juridiques de Canal+ auraient estimé que la chroniqueuse "n'est pas empêchée d'intervenir à distance". Aucune date précise n'a toutefois été communiquée pour un éventuel retour à l'antenne.

De son côté, Xenia Fedorova a réagi sur X, affirmant que le ministère de l'Intérieur avait admis devant le tribunal administratif qu'elle "pouvait continuer à intervenir en duplex dans les médias français". Elle qualifie de "contradictoire" la récente déclaration de Laurent Nuñez. Son avocat, Me Emmanuel Piwnica, a demandé au ministre de préciser sa position : soit Mme Fedorova peut intervenir à distance depuis l'étranger, soit une telle intervention expose CNews à des poursuites pénales.

Un bras de fer juridique et politique

Depuis fin juillet, Xenia Fedorova est visée par un arrêté d'expulsion du territoire français et un gel de ses avoirs. Le ministère de l'Intérieur justifiait alors que "son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État" et que sa présence constitue "une menace particulièrement grave et actuelle pour l'ordre public". L'intéressée, qui se trouvait à l'étranger pour des vacances selon son avocat, est depuis introuvable.

Des zones d'ombre juridiques

Le différend porte sur l'interprétation des mesures administratives. Pour Laurent Nuñez, une apparition de Xenia Fedorova sur CNews, même en visioconférence depuis l'étranger, reviendrait à contourner l'esprit de l'arrêté d'expulsion. Il estime que cela pourrait faciliter les actions d'ingérence russes en France. La chaîne du groupe Bolloré, de son côté, s'appuie sur une lecture plus restrictive des textes, arguant qu'aucune disposition n'empêche une intervention à distance.

Cette affaire illustre la tension croissante entre les autorités françaises et certains médias appartenant à Vincent Bolloré, régulièrement accusés de complaisance envers des positions prorusses. Elle met aussi en lumière les limites du cadre juridique actuel face aux interventions à distance, qui échappent aux mesures d'expulsion physiques.

Quelles suites pour le dossier ?

L'Arcom, saisi par le ministre, devra se prononcer sur la conformité d'un éventuel retour de Xenia Fedorova sur CNews. Le régulateur pourrait être amené à préciser les règles applicables en matière de participation à distance de personnalités sous le coup de mesures administratives. Une décision qui pourrait faire jurisprudence.

En parallèle, la menace de poursuites pénales brandie par Laurent Nuñez pourrait refroidir les ardeurs de la chaîne. Mais le bras de fer juridique semble loin d'être terminé. L'avocat de Xenia Fedorova a déjà annoncé son intention de saisir à nouveau la justice si nécessaire.

Un enjeu de souveraineté

Au-delà du cas individuel, c'est la question de l'ingérence étrangère dans le débat public français qui est posée. Le gouvernement entend montrer sa fermeté face aux relais d'influence du Kremlin, alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que les élections européennes de 2029 approchent. La décision de l'Arcom sera scrutée de près, tant par les défenseurs de la liberté d'expression que par ceux qui réclament un contrôle accru des médias.

Cette actualité s'inscrit dans un contexte plus large de tensions entre l'exécutif et certains médias, où les questions de sécurité nationale et de liberté de la presse s'entrecroisent. Elle pourrait également avoir des répercussions sur d'autres dossiers similaires, notamment concernant d'autres figures prorusses installées à l'étranger.

En attendant, CNews n'a pas officiellement réagi à la lettre du ministre. La chaîne pourrait décider de passer outre et d'inviter Xenia Fedorova en duplex, s'exposant ainsi à des sanctions pénales. Une décision qui, quelle qu'elle soit, fera date dans les annales de la régulation audiovisuelle française.

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