Meeting de Mélenchon à Saint-Denis : Bouamrane dans l’ombre de Bagayoko
Le 7 juin 2026, Jean-Luc Mélenchon a lancé sa campagne présidentielle depuis Saint-Denis, place forte de La France insoumise. Mais l’attention s’est rapidement portée sur Bally Bagayoko, le nouveau maire insoumis de la ville, qui a su s’imposer comme une figure montante. Derrière cette mise en scène, un nom revient avec insistance : Karim Bouamrane, le maire socialiste de Saint-Ouen, décrit comme l'ennemi juré de Mélenchon.
Bagayoko, ancien cadre de la RATP, a battu le socialiste Mathieu Hanotin dès le premier tour, avant de prendre la tête de Plaine Commune. Un camouflet pour Bouamrane, qui ambitionnait de peser dans l’intercommunalité. Aujourd’hui, le meeting de Mélenchon cristallise les tensions : Bouamrane est accusé par LFI d’incarner un socialisme « mou », trop proche du macronisme.
Les coups d’éclat de Bagayoko qui agacent Bouamrane
Depuis son élection, Bagayoko multiplie les gestes forts. Le plus emblématique : le décrochage du portrait d’Emmanuel Macron dans son bureau, justifié par l’absence d’obligation légale. Le préfet de Seine-Saint-Denis a réagi, mais le maire n’a pas cédé. Une attitude que Bouamrane a critiquée, y voyant une « provocation inutile ».
Pour Bagayoko, ces actions visent à affirmer une ligne dure face au pouvoir central. Un positionnement qui séduit une partie de l’électorat, mais que Bouamrane juge contre-productif. « On ne gouverne pas avec des symboles », a-t-il récemment déclaré en privé, selon des sources locales.
Karim Bouamrane : le socialiste qui résiste à la vague insoumise
Un parcours d’opposant local
Karim Bouamrane, 52 ans, est maire de Saint-Ouen depuis 2014. Réélu en 2020, il s’est imposé comme un leader socialiste en Seine-Saint-Denis. Mais son positionnement l’a mis en conflit frontal avec LFI. Proche de l’aile modérée du PS, il plaide pour une gauche de gouvernement, loin des outrances mélenchonistes.
Sa gestion de la ville est saluée par certains, critiquée par d’autres. Sous son mandat, Saint-Ouen a vu fleurir des projets d’aménagement, mais aussi une hausse des loyers qui a suscité des tensions. Le NPA, présent aux municipales de 2026, l’a qualifié de « social-libéral ».
L’affaire des bonbons : Bouamrane au cœur d’une polémique nationale
Le 28 mai 2026, Bouamrane publie une vidéo dénonçant les conditions de détention à la prison d’Osny-Pontoise, où les températures atteignent 50°C. Un geste qui aurait pu passer inaperçu, mais qui le propulse malgré lui dans une affaire plus vaste. Quelques jours plus tôt, des députés LFI et écologistes avaient rendu visite à Ali O., un réfugié palestinien incarcéré depuis deux ans.
La sénatrice Laurence Rossignol (PS) relaie la vidéo de Bouamrane. Mais l’affaire prend une autre tournure lorsque l’avocat d’Ali O. dénonce une instrumentalisation : « Bouamrane parle des conditions de détention, mais ne dit rien de l’arbitraire judiciaire dont est victime mon client », explique Me Raphaël Kempf. L’épisode illustre les fractures de la gauche sur les droits humains.
Les municipales de 2026 : un test pour la gauche francilienne
Le NPA et la bataille de Saint-Ouen
Aux municipales de 2026, le NPA a présenté une candidate à Saint-Ouen, Lysa Bonin. Objectif : « tenir la ligne révolutionnaire » face à Bouamrane. L’échec de la liste LFI, qui a échoué à trente voix d’obtenir un élu, montre les limites de la stratégie insoumise dans cette ville. Bouamrane reste donc en place, mais affaibli.
Pour le NPA, l’enjeu dépasse le local. Bonin explique dans un entretien que « les municipales ne sont pas une simple élection locale, mais un champ de bataille idéologique ». Un discours qui trouve un écho chez les militants anticapitalistes, lassés par les compromissions supposées de Bouamrane.
Bouamrane, le « bouc émissaire » de LFI ?
Dans son meeting du 7 juin, Mélenchon n’a pas cité Bouamrane directement. Mais ses attaques contre « les socialistes qui collaborent avec le système » visaient clairement le maire de Saint-Ouen. Bagayoko, lui, s’est contenté d’un sourire entendu.
Cette stratégie de diabolisation pourrait se retourner contre LFI. Selon un sondage local, Bouamrane conserve une popularité relative à Saint-Ouen, notamment auprès des classes moyennes. « Les gens veulent du concret, pas des postures », confie un conseiller municipal PS.
Perspectives : vers une recomposition de la gauche en Seine-Saint-Denis ?
La rivalité Bouamrane-Bagayoko dépasse les simples ego. Elle cristallise les deux lignes qui traversent la gauche française : d’un côté, une social-démocratie rénovée, de l’autre, un populisme de gauche radicale. La Seine-Saint-Denis devient ainsi un laboratoire politique.
À l’approche des législatives de 2027, Bouamrane pourrait tenter de fédérer les socialistes hostiles à LFI. Son récent rapprochement avec Laurence Rossignol en est un signe. Mélenchon, lui, mise sur Bagayoko pour incarner le renouvellement.
Reste que le terrain local est imprévisible. La gestion de Plaine Commune, l’évolution du climat social et les futures polémiques détermineront qui, de Bouamrane ou Bagayoko, sortira renforcé de cette bataille. Pour l’heure, le socialiste tient bon, mais l’ombre insoumise s’allonge sur Saint-Ouen.
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