Laura Loomer en Ukraine : le mea culpa d'une influenceuse pro-Trump

FILE - Right-wing activist Laura Loomer, April 15, 2024, in New York. (AP Photo/Ted Shaffrey, File)

Laura Loomer à Kyiv : une volte-face spectaculaire sur la guerre en Ukraine

L'influenceuse américaine d'extrême droite et alliée de Donald Trump, Laura Loomer, a effectué un voyage inattendu en Ukraine cette semaine, marquant un tournant radical dans son discours sur le conflit. Connue pour ses positions pro-Kremlin et ses attaques virulentes contre le président Volodymyr Zelensky, elle a rencontré ce dernier au palais Mariinsky à Kyiv, le 24 juillet 2026, pour un entretien filmé.

Dans une série de messages publiés sur X (anciennement Twitter), Loomer a reconnu avoir été "propagandisée par les médias russes" et a présenté ses excuses pour avoir minimisé les souffrances des Ukrainiens. "J'étais dans une chambre d'écho médiatique et j'ai été conditionnée par la propagande russe sur les réseaux sociaux à croire ces choses", a-t-elle écrit, ajoutant qu'elle était venue "voir le pays par elle-même".

L'expérience d'une alerte aérienne à Kyiv a été un déclic. "En entendant les sirènes et en réalisant que c'est le quotidien de chaque Ukrainien, je me sens comme une idiote d'avoir minimisé leur lutte pendant cinq ans", a-t-elle confié, provoquant une onde de choc dans la sphère trumpiste.

De la propagande russe à la réalité du terrain

Laura Loomer n'est pas une inconnue pour ceux qui suivent la politique américaine. Proche conseillère informelle de Donald Trump, elle a longtemps été l'une des voix les plus radicales contre l'aide américaine à l'Ukraine. En septembre 2025, elle qualifiait encore Zelensky de "Jihadi apologist" après sa rencontre avec le nouveau dirigeant syrien. Elle accusait également l'Ukraine d'être "un pays rempli d'apologistes nazis" – un argument clé de la propagande russe pour justifier l'invasion.

Ce revirement soudain a stupéfié ses partisans comme ses détracteurs. Dans son message de mea culpa, elle a refusé de supprimer ses anciennes publications, assumant son erreur : "J'ai réalisé que j'avais tort. Je ne vais pas les effacer parce que je veux montrer que l'on peut changer."

Zelensky a salué cette démarche sur X, écrivant : "Il est vraiment important que Laura Loomer soit en Ukraine et voie les choses de ses propres yeux. Il n'y a pas de meilleur moyen d'obtenir une opinion éclairée que par l'expérience personnelle, qui permet de lutter contre la propagande russe."

Une influenceuse sous le feu des critiques

Laura Loomer n'en est pas à son premier dérapage. Connue pour ses théories conspirationnistes – notamment sur le 11 septembre qu'elle a qualifié de "complot interne" – elle a également affirmé que Kamala Harris n'était pas noire ou que des militants ukrainiens s'étaient mêlés aux émeutiers du 6 janvier 2021. Son voyage en Ukraine intervient après qu'elle a elle-même évoqué sur son podcast, en juin dernier, la possibilité d'avoir été victime de désinformation russe.

La réaction de la Maison-Blanche, sollicitée par HuffPost, n'a pas été immédiate. Mais dans les couloirs du pouvoir à Washington, ce mea culpa est perçu comme une brèche dans le mur de la propagande pro-russe qui a influencé une partie de la droite américaine.

Les implications pour la politique américaine et européenne

Ce changement de ton, bien que personnel, pourrait avoir des répercussions plus larges. Laura Loomer est écoutée par une frange non négligeable de l'électorat trumpiste, très hostile à l'aide militaire à l'Ukraine. Si elle parvient à faire évoluer les perceptions, cela pourrait affaiblir un argument central des adversaires de Zelensky aux États-Unis.

Parallèlement, la visite de Loomer coïncide avec l'annonce que Donald Trump recevra Volodymyr Zelensky à Washington pour discuter de l'aide sécuritaire et économique. Un signe que, malgré les tensions, la diplomatie américaine reste engagée.

En Europe, cet épisode illustre la porosité des frontières entre influence numérique et politique étrangère. Comme le soulignent les observateurs, la propagande russe ne cible pas seulement les gouvernements mais aussi les leaders d'opinion capables de modeler les perceptions de millions de personnes. La volte-face de Loomer montre que même les plus endoctrinés peuvent être ébranlés par la réalité – à condition qu'ils acceptent de la voir.

Une leçon pour l'avenir

Laura Loomer a conclu son voyage en mettant en garde ses compatriotes : "Les sirènes d'alerte pourraient très bien être l'avenir de l'Amérique si nous n'exigeons pas de nos législateurs qu'ils luttent contre le communisme et la multipolarité. Nous n'aurons pas Trump éternellement et l'axe du mal avance vite." Un avertissement qui, venant d'elle, sonne comme une autocritique tardive mais salutaire.

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