Hantavirus sur le MV Hondius : les Américains rapatriés, l'OMS tempère les craintes

Hantavirus : les passagers du "MV Hondius" ont débarqué à Tenerife. (-)

L'évacuation des passagers américains du MV Hondius a débuté ce dimanche

Dimanche 10 mai 2026, les 17 Américains – ainsi qu'un Britannique résidant aux États-Unis – présents à bord du MV Hondius, le navire de croisière frappé par une épidémie de hantavirus, ont quitté l'Espagne à bord d'un vol affrété à destination des États-Unis. Selon les informations d'ABC News et de NBC News, l'avion a décollé de l'aéroport de Tenerife-Sud en début de soirée, marquant la première étape d'un rapatriement sanitaire inédit.

Les passagers, qui n'ont présenté aucun symptôme ni test positif au virus, ne seront pas soumis à une quarantaine obligatoire à leur arrivée. Ils seront toutefois placés sous surveillance médicale au sein de la National Quarantine Unit, une unité spécialisée située sur le campus du centre médical de l'Université du Nebraska, à Omaha. Cette installation, conçue pour les maladies hautement contagieuses, permettra un suivi rapproché pendant une période qui pourrait aller jusqu'à 42 jours, selon les protocoles canadiens similaires cités par NBC News.

L'opération de débarquement, qui s'est déroulée dans le port industriel de Granadilla, au sud de Tenerife (îles Canaries), a été qualifiée de « sans précédent » par la ministre espagnole de la Santé, Mónica García. Les passagers, vêtus de combinaisons de protection intégrales et de masques, ont été transportés à terre par petites embarcations, strictement isolés du public. Un périmètre de sécurité d'un mille nautique a été imposé autour du navire, toujours ancré au large, pour éviter tout risque de contamination.

Un scénario maîtrisé mais sous haute surveillance

L'évacuation des 114 passagers et 61 membres d'équipage – ressortissants de 22 pays – se poursuit ce lundi. Les premiers à avoir quitté le navire sont les 14 Espagnols, acheminés vers l'hôpital Gómez Ulla de Madrid. Suivront les Français (cinq personnes, dont une symptomatique), les Canadiens (quatre, placés en auto-isolement au British Columbia) et les autres nationalités. Selon la BBC, les autorités sanitaires mondiales, via l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ont indiqué que l'épidémie « est sur la fin de sa course », tout en appelant à la vigilance en raison de la période d'incubation du virus, qui peut atteindre six semaines.

Contexte : une épidémie foudroyante sur un navire de luxe

Le drame a débuté fin avril 2026, lorsqu'un passager est décédé à bord du MV Hondius, un navire de la compagnie Oceanwide Expeditions. Le navire, parti d'Ushuaia (Argentine) le 1er avril pour une expédition en Antarctique, a fait escale à Sainte-Hélène le 24 avril, où 32 passagers ont débarqué avant que l'épidémie ne soit détectée. Aujourd'hui, le bilan officiel fait état de huit cas confirmés ou probables de hantavirus (souche andine), dont trois morts – deux confirmés et un suspect.

Le hantavirus est une famille de virus transmise principalement par les rongeurs, via l'inhalation de particules virales présentes dans leurs excréments, urine ou salive. La transmission interhumaine est rare et a été documentée uniquement pour la souche andine, celle-là même qui a frappé le MV Hondius. C'est la première fois qu'une telle épidémie se déclare à bord d'un navire, ce qui a provoqué une onde de choc dans l'industrie du tourisme.

La course internationale pour retrouver les passagers débarqués

Parallèlement à l'évacuation, une vaste opération de traçage est en cours. Les autorités sanitaires des 22 pays concernés tentent de localiser les 32 passagers descendus à Sainte-Hélène ainsi que toute personne ayant été en contact étroit avec eux. Le risque, bien que faible selon l'OMS, est réel en raison de la longue incubation du virus. La compagnie Oceanwide Expeditions a publié une liste détaillée des escales et des débarquements pour faciliter ce travail.

Perspective : une alerte mondiale sans panique, mais des leçons à tirer

L'affaire du MV Hondius n'est pas le premier signal d'alarme lié aux épidémies en milieu confiné, mais elle rappelle avec acuité la vulnérabilité des grands navires de croisière, déjà mises en lumière lors de la pandémie de Covid-19. Si l'OMS a tenu à rassurer en affirmant que cette souche ne deviendrait pas une pandémie – la transmission interhumaine restant limitée à des contacts « intimes et prolongés » –, la gestion de cette crise a mobilisé des moyens considérables.

Un test pour les protocoles sanitaires internationaux

L'évacuation du MV Hondius a nécessité une coordination sans précédent entre 23 pays, des autorités portuaires espagnoles, les CDC américains et l'OMS. La décision de ne pas imposer de quarantaine obligatoire aux passagers américains, tout en les plaçant dans une unité de haute sécurité, illustre une approche nuancée, fondée sur une évaluation des risques – ici jugés très faibles – plutôt que sur une stigmatisation des voyageurs.

Dans un contexte où les voyages en Antarctique et les expéditions polaires gagnent en popularité, cette affaire soulève des questions sur la biosécurité à bord. Les navires d'expédition, comme le MV Hondius, naviguent souvent dans des zones isolées, avec un accès médical limité. Les autorités sanitaires pourraient être amenées à renforcer les contrôles vétérinaires à l'embarquement – notamment vis-à-vis des rongeurs – et à exiger des protocoles de désinfection plus stricts.

Une comparaison inévitable avec le Covid-19

Bien que l'OMS ait fermement écarté le spectre d'une nouvelle pandémie, le parallèle avec les débuts du Covid-19 en 2020 est inévitable. La gestion du navire – isolé, puis évacué sous strictes conditions – rappelle les épisodes du Diamond Princess ou du Grand Princess. Toutefois, la nature du hantavirus (faible transmission interhumaine, incubation longue) justifie des mesures moins drastiques.

Du côté des passagers, le traumatisme est réel. Ceux encore à bord, bloqués depuis plusieurs jours, ont décrit des conditions de vie anxiogènes, rythmées par les annonces de décès et les contrôles médicaux. La compagnie Oceanwide Expeditions a présenté ses excuses et annoncé qu'elle rembourserait intégralement les croisiéristes.

Enjeux pour les voyages polaires

Le MV Hondius est un navire emblématique des croisières d'expédition en Antarctique, un secteur en pleine croissance. Cette affaire pourrait avoir un impact durable sur la confiance des voyageurs. Les opérateurs devront probablement revoir leurs protocoles sanitaires, notamment en matière de prévention des zoonoses dans des environnements où la faune (notamment les rongeurs) peut entrer en contact avec les provisions.

Par ailleurs, certains pays pourraient exiger des certifications sanitaires plus rigoureuses pour les navires effectuant des escales dans des zones sensibles. À ce jour, aucune mesure internationale n'a été annoncée, mais la question sera sans doute abordée lors des prochaines réunions de l'Organisation maritime internationale (OMI).

En attendant, l'attention reste concentrée sur l'état de santé des passagers et de l'équipage, ainsi que sur la recherche des personnes débarquées à Sainte-Hélène. Si aucun nouveau cas ne se déclare dans les semaines à venir, l'alerte pourra être levée. Mais l'incertitude demeure, comme le rappellent les médecins de Tenerife, qui qualifient l'opération de « défi logistique et humain ».

L'article a été rédigé à partir des sources suivantes : ABC News, NBC News, BBC News et BBC Mundo.

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