Le Guyana garde le contrôle sur l'accord migratoire avec Washington
Le président Irfaan Ali a tenu à rassurer ses concitoyens : le Guyana conserve pleinement le droit de refuser les migrants proposés par les États-Unis dans le cadre du nouvel accord de coopération migratoire. Dans un entretien accordé à Al Jazeera, il a affirmé que les autorités guyaniennes mènent leur propre enquête et ont le dernier mot sur les personnes admises sur le territoire. « Nous pouvons refuser. Nous pouvons dire que nous n'acceptons pas. Cela n'a pas été retiré », a-t-il déclaré.
Ce cadre d'un an, finalisé récemment, a vu l'arrivée d'un premier groupe le 4 septembre via le programme de retour volontaire assisté de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Selon le président, tous les membres de ce groupe ont été contrôlés et jugés sans casier judiciaire. « Ce n'est pas une situation où les États-Unis débarquent un avion et déversent des gens sur nos côtes », a-t-il insisté. Washington prend en charge l'intégralité des coûts de relocalisation, tandis que l'OIM gère et finance l'accueil, le logement et l'accès aux soins. Georgetown souligne qu'il ne s'agit pas d'un programme de réinstallation permanente : les personnes acceptées doivent rester le temps que leur statut migratoire soit déterminé, avant un éventuel retour ou une relocalisation ailleurs.
Un pétrole qui change la donne économique
En parallèle, le Guyana poursuit son ascension parmi les producteurs pétroliers mondiaux. ExxonMobil a annoncé avoir entièrement récupéré les 55 milliards de dollars investis dans le développement offshore, ainsi que les coûts opérationnels, avec environ deux ans d'avance sur le plan initial. La production dépasse les prévisions d'environ 100 000 barils par jour, et un cinquième navire, l'Errea Wittu, doit entrer en service avant fin 2026. Ce seuil marque un tournant : une part croissante des revenus pétroliers alimentera désormais le flux de trésorerie disponible plutôt que de rembourser les investissements.
Cette manne financière place le pays dans une position rare pour la région. ExxonMobil a généré plus de 17 milliards de dollars de free cash flow au deuxième trimestre 2026 et a restitué plus de 9 milliards à ses actionnaires. Pour le Guyana, l'enjeu est de transformer cette rente en développement durable. Le président Ali a d'ailleurs souligné que le pays devait « faire le gros du travail » pour répondre à des besoins criants en infrastructures.
Un système électrique sous pression
La croissance économique fulgurante du Guyana met à rude épreuve son réseau électrique. Le président Ali a admis que la production et la distribution d'électricité restent des défis majeurs, nécessitant des investissements massifs. Selon un rapport d'InterEnergy, la demande de pointe du système Demerara-Berbice est passée de 205 mégawatts en 2024 à 242,6 mégawatts en août 2026, soit une hausse de 18 %. Le réseau, qui sert environ 230 000 clients, ne dispose d'aucune réserve de puissance pour permettre la maintenance des générateurs.
InterEnergy prévoit une augmentation de la demande d'environ 138 % d'ici 2029, avec 62 000 clients supplémentaires à raccorder. « Aucun pays de la région n'est confronté à ce type de défi », a déclaré le président, appelant à un investissement massif pour moderniser le système. Le Qatar s'est dit prêt à aider le Guyana à financer un réseau électrique fiable et prévisible. Une task force indépendante sur la fiabilité du réseau a également été proposée.
Un potentiel touristique en pleine expansion
Sur le front touristique, le Guyana tire son épingle du jeu. Selon les données de l'ONU Tourisme, les arrivées internationales ont bondi de 24 % en 2025 (données arrêtées à novembre), bien au-dessus de la moyenne sud-américaine de 7 % et de la croissance globale des Amériques de 1 %. Cette performance place le Guyana parmi les destinations les plus dynamiques de la région, portée par un intérêt croissant pour les marchés de nature et d'aventure. Le Brésil voisin affiche une progression encore plus spectaculaire de 37 %, confirmant la vitalité du sous-continent.
Perspectives : un équilibre à trouver
Le Guyana se trouve à un carrefour stratégique. L'accord migratoire avec les États-Unis, présenté comme respectueux de la souveraineté, pourrait toutefois susciter des débats internes. La gestion de la rente pétrolière, désormais entrée dans une phase de maturité, offre des marges de manœuvre budgétaires considérables. Mais sans investissements rapides dans l'énergie, la croissance pourrait être freinée. Le doublement de la capacité électrique d'ici 2029 est un chantier titanesque qui conditionnera la compétitivité du pays. Enfin, le dynamisme touristique, s'il est entretenu, pourrait diversifier une économie encore très dépendante des hydrocarbures. Le monde observe ce petit pays de 800 000 habitants qui pourrait devenir un modèle de développement accéléré – à condition de ne pas trébucher sur ses propres infrastructures.
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