Un limogeage express qui réveille les fantômes du passé
Le RC Lens a créé la surprise en se séparant de Dino Toppmöller après seulement six matches officiels, dont quatre en Ligue 1. Une décision brutale qui rappelle inévitablement un autre épisode douloureux de l'histoire du club : celui de Guy Roux, parti à la fin août 2007 après sept rencontres seulement. Vingt ans plus tard, l'ombre de l'emblématique entraîneur auxerrois plane de nouveau sur Bollaert.
Un bilan comptable insuffisant
Arrivé cet été avec l'ambition de redonner de l'allant aux Sang et Or, l'entraîneur allemand n'aura donc pas résisté à un début de saison poussif. Son bilan ? Trois victoires, un nul et deux défaites, pour un total de six matches toutes compétitions confondues. Un départ qui intervient après seulement 28 jours entre son premier match officiel (le Trophée des Champions, le 16 août) et son dernier en date. Selon Opta, il s'agit de l'intervalle le plus court pour un entraîneur lensois depuis l'après-guerre.
Ce limogeage express fait écho à celui de Guy Roux en 2007. À l'époque, le technicien français avait été remercié après sept rencontres (4 en Ligue 1, 3 en Coupe d'Europe), avec un bilan de quatre nuls, une victoire et deux défaites. Un départ encore plus précoce dans le calendrier, puisqu'il était effectif dès la fin août, contre mi-septembre pour Toppmöller.
Guy Roux, une fin de carrière en trompe-l'œil
De l'AJA à Lens, un choix contesté
Pour comprendre la portée symbolique de cet épisode, il faut se replonger dans l'été 2007. Après 44 années passées à l'AJ Auxerre, qu'il avait menée de la CFA à la Division 1 avec un titre de champion de France, quatre Coupes de France et plusieurs épopées européennes, Guy Roux avait décidé de quitter son club de toujours au lendemain de la victoire en Coupe de France 2005. « Plutôt avant le déclin qu'après », expliquait-il alors.
Mais l'homme au bonnet ne tarde pas à revenir sur le devant de la scène. Courtisé par Bordeaux et Monaco, il se laisse convaincre par Gervais Martel, alors président du RC Lens. Un choix qui fait débat, notamment en raison de la réglementation de la LFP interdisant à un entraîneur d'exercer au-delà de 65 ans. Guy Roux obtient une dérogation et débarque dans le Pas-de-Calais avec l'ambition de faire oublier son âge.
Un échec sportif et une descente aux enfers
Malgré un accueil chaleureux des supporters lensois, l'aventure tourne court. Après sept matches, le club décide de mettre un terme à sa collaboration. « Je ne regrette pas (le choix de Lens), je regrette de ne pas les avoir rendus heureux, confiera plus tard Guy Roux. À part les Auxerrois que je chéris toujours, ce sont les gens les plus gentils que j'aie connus. Ils m'ont tiré des larmes. »
La suite sera encore plus douloureuse pour le RC Lens. Jean-Pierre Papin, appelé à la rescousse, ne peut éviter la descente en Ligue 2 à l'issue de la saison 2007-2008. Un souvenir cuisant qui hante encore les mémoires artésiennes.
Un précédent qui interpelle
Le RC Lens, spécialiste des mandats éclair
Avec ce nouveau limogeage, le RC Lens confirme une tendance lourde : celle des entraîneurs partis après un très faible nombre de matches de Ligue 1. Dino Toppmöller et Guy Roux détiennent désormais les deux mandats les plus courts du XXIe siècle pour un coach lensois, avec respectivement 4 et 4 rencontres de championnat. Derrière eux, on trouve Marcelino, limogé de l'OM après 5 matches en 2023.
Plus largement, le club artésien n'avait plus limogé un entraîneur en pleine saison depuis février 2020 et le départ de Philippe Montanier, remplacé par Franck Haise. Une stabilité rare qui s'était maintenue avec les départs volontaires de Franck Haise, Will Still et Pierre Sage. La décision de se séparer de Toppmöller aussi rapidement marque donc une rupture.
Quelles conséquences pour la suite ?
Si l'éviction de Guy Roux en 2007 avait conduit à une descente en Ligue 2, le contexte actuel est différent. Le RC Lens dispose d'un effectif plus solide et d'une structure consolidée. Néanmoins, les prochains matches s'annoncent périlleux, avec des déplacements à Monaco et la réception de Lyon. La trêve internationale offrira un peu de répit pour installer un nouvel entraîneur et relancer la machine.
Un écho à d'autres actualités
Cette actualité rappelle que le football français reste marqué par des décisions parfois brutales. Récemment, le FC Nantes a lui aussi fait parler de lui avec la possible vente du club par Waldemar Kita, preuve que l'instabilité touche de nombreux clubs de l'élite. À Lens, l'heure est à la reconstruction, avec l'espoir de ne pas revivre le scénario catastrophe de 2007-2008.
En attendant, les supporters lensois scrutent avec inquiétude les prochaines échéances. Car si Guy Roux avait quitté le club avec le sentiment d'avoir échoué, son passage reste aujourd'hui encore une référence lorsqu'un entraîneur part trop vite. Une ombre qui plane décidément sur Bollaert.
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