Attal entre en campagne : le livre, l'interview et la déclaration d'intentions
C'est une séquence politique soigneusement orchestrée. En l'espace de quelques jours, Gabriel Attal a multiplié les signaux d'une candidature désormais officielle à l'élection présidentielle de 2027. Une couverture du Point avec cette citation sans équivoque — « Je pense savoir comment il faut présider la France » —, suivie de la publication imminente d'un livre intitulé En homme libre, attendu en librairie le 23 avril 2026 : l'ex-Premier ministre de 37 ans coche méthodiquement les cases de l'entrée en campagne.
Dans cet entretien au Point, Attal assume pleinement ses ambitions. « J'ai eu l'expérience de gouverner le pays, je pense aujourd'hui savoir comment il faut le présider », déclare-t-il, avant de développer les « enseignements » tirés de son passage à Matignon : contraintes budgétaires, blocages parlementaires, nécessité selon lui de « changer radicalement notre façon d'exercer le pouvoir ». Le président de Renaissance prévoit également une tournée de dédicaces à travers la France — Rodez, Bordeaux, Annecy —, confirmant une stratégie de terrain assumée.
Un livre très personnel pour humaniser le candidat
Au-delà du projet politique, En homme libre s'annonce comme un ouvrage de confessions. Gabriel Attal y évoque notamment la figure de son père, Yves, décédé à 66 ans des suites d'une maladie. Il décrit un homme de grande personnalité — journaliste, avocat, passionné de cinéma — mais aussi rongé par des addictions au jeu et à la drogue. L'ancien Premier ministre raconte avoir vu, vers l'âge de 12 ou 13 ans, des hommes de main se présenter à leur domicile pour le compte d'usuriers à qui son père devait de l'argent. Un récit d'enfance marqué, dont il dit qu'il a forgé une partie de sa personnalité.
Sur sa vie privée, Attal lève également une partie du voile. Après sa séparation d'avec Stéphane Séjourné, il confirme être de nouveau en couple, sans toutefois révéler l'identité de son compagnon. « Je ne suis ni dans la mise en scène de mon couple, ni dans le fait de cacher qui je suis », explique-t-il, revendiquant une transparence maîtrisée. Une photo publiée sur son compte Instagram fin mars, montrant deux ombres s'embrassant, avait déjà alimenté les spéculations.
Les premières frictions au sein du bloc central
L'entrée en scène d'Attal ne se fait pas sans frictions. Ce mercredi 16 avril, des représentants des principaux partis du « bloc central » — Horizons, Renaissance, MoDem, UDI — se retrouvaient pour tenter d'établir un pacte de non-agression entre les candidats potentiels de cet espace politique. Un « comité de liaison » devait théoriquement contenir les ambitions rivales et éviter un affrontement fratricide nuisible à tous.
Mais Gabriel Attal semble peu disposé à se laisser museler. Dans son interview, il s'en prend frontalement à la position d'Édouard Philippe sur les retraites, qui défend un report de l'âge légal à 67 ans. « La réponse ne peut pas passer par des réformes uniquement paramétriques. C'est pour ça que je suis opposé à la retraite à 67 ans », tranche Attal, estimant qu'une telle mesure génère de la « désespérance ».
Les femmes de Renaissance mécontentes, les patrons inquiets
En interne, son lancement de campagne suscite déjà des remous. Des élues de Renaissance ont mal vécu le fait que Gabriel Attal ne se soit entouré, pour son interview de lancement, que de visages masculins, une absence remarquée qui a « fait hurler les femmes de son parti », selon des sources proches du dossier. Par ailleurs, des voix s'élèvent pour réclamer une primaire, estimant qu'Attal ne pourra pas automatiquement compter sur l'union de tous derrière lui : « Il va ensuite se retourner et apercevoir Philippe, Darmanin, Borne, Bergé qui vont lui dire : on ne te suit pas », résume un pilier de Renaissance.
Du côté des milieux économiques, l'inquiétude grandit face à un possible second tour opposant le Rassemblement national à La France insoumise. Des chefs d'entreprise réfléchissent déjà à des initiatives pour inciter les candidats de droite et du centre à converger : « Ne nous laissez pas entre Mélenchon et Le Pen », résume l'un d'eux.
Ce que la séquence Attal dit de la présidentielle à venir
L'offensive d'Attal s'inscrit dans une séquence d'entrées en campagne qui s'accélère. François Hollande, de son côté, a choisi Marianne pour signaler ses ambitions dans le même laps de temps, tandis qu'Édouard Philippe, Sébastien Lecornu ou encore Jean Castex pourraient bientôt formaliser leurs intentions. Le bloc central, fragmenté et sans leadership clairement établi depuis la fin du second mandat Macron, affronte une équation complexe : comment éviter de se disperser tout en laissant s'exprimer des ambitions légitimes et des lignes politiques divergentes ?
Gabriel Attal, le plus jeune de ces prétendants, joue la carte de la modernité et de l'authenticité — livre intime, gestion de sa vie privée, présence sur les réseaux sociaux — pour se distinguer dans un espace encombré. Mais sa jeunesse, si elle est un atout en termes d'image, ne le met pas à l'abri des critiques internes et des coalitions qui pourraient se former contre lui. À un an de l'échéance, la bataille pour incarner le centre est déjà lancée, et elle s'annonce âpre.
Commentaires