Une visite de deux jours pour renouer le dialogue
Le ministre algérien de l'Intérieur et des Transports, Saïd Sayoud, a conclu mardi 2 juin une visite de deux jours en France, la première d'un haut responsable algérien depuis près de deux ans. Accueilli lundi à l'aéroport du Bourget par son homologue Laurent Nuñez, il a multiplié les réunions de travail au ministère de l'Intérieur et a été reçu à l'Élysée par le président Emmanuel Macron.
Ce déplacement marque une étape significative dans le processus de réchauffement des relations entre Paris et Alger, après plusieurs mois de tensions diplomatiques. Selon le communiqué du ministère français de l'Intérieur, les échanges ont permis d'acter « la reprise des discussions » et de « renforcer la coopération franco-algérienne sur des bases pragmatiques, graduelles et orientées vers des résultats concrets pour les deux parties ».
Quatre axes de travail prioritaires
Au cours des quatre réunions de travail et des entretiens en tête-à-tête, les deux ministres ont abordé plusieurs dossiers clés :
- Sécurité intérieure et lutte contre la criminalité organisée : les deux parties ont décidé de réactiver des mécanismes institutionnels entre les polices et gendarmeries des deux pays.
- Immigration : Laurent Nuñez a confirmé que l'Algérie avait délivré environ 140 laissez-passer consulaires et promis que les reconduites d'Algériens en situation irrégulière allaient « monter en puissance ».
- Renseignement : la coopération en matière de renseignement a été renforcée.
- Accord de 1968 : la question de l'accord franco-algérien sur la circulation et le séjour des ressortissants algériens « a été abordée » dans l'optique de « le faire évoluer ».
Le cas Christophe Gleizes au cœur des préoccupations
La situation du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis juin 2025 pour « apologie du terrorisme », a été l'un des sujets sensibles de cette visite. Laurent Nuñez avait promis d'évoquer ce dossier « évidemment » avec son homologue, tout en rappelant que ces discussions se menaient « dans la plus grande discrétion, dans l'intérêt du processus enclenché ».
Le ministère français de l'Intérieur assure que la détention du journaliste a suscité « une attention particulière et renouvelée ». Ce cas rappelle celui de l'écrivain Boualem Sansal, gracié par le président algérien fin 2025 après un an de prison. Aucune annonce concrète n'a toutefois filtré sur l'évolution de la situation de Christophe Gleizes.
Un contexte de normalisation progressive
Cette visite s'inscrit dans une série de déplacements croisés visant à apaiser les relations bilatérales. Laurent Nuñez s'était rendu à Alger les 16 et 17 février derniers. En mai, le ministre français de la Justice Gérald Darmanin avait également effectué un déplacement important dans la capitale algérienne. Les deux hommes avaient été reçus par le président Abdelmadjid Tebboune.
« Le travail peut désormais reprendre, d'un côté ou de l'autre », s'est réjouie Sabrina Sebaihi, vice-présidente du groupe d'amitié France-Algérie à l'Assemblée nationale. D'autres « visites programmées dans les deux sens » sont attendues dans les prochaines semaines.
Perspectives : vers une relance durable de la coopération ?
Au-delà des annonces immédiates, cette visite de Saïd Sayoud pourrait marquer un tournant dans les relations franco-algériennes, longtemps marquées par des contentieux mémoriels et des divergences diplomatiques. La reprise des discussions sur des sujets aussi sensibles que l'immigration ou la coopération sécuritaire témoigne d'une volonté commune de dépasser les tensions.
Pour Paris, l'enjeu est double : obtenir des résultats concrets sur le terrain migratoire tout en maintenant la pression sur le dossier des droits de l'homme, illustré par le cas Gleizes. Pour Alger, il s'agit de rééquilibrer une relation souvent perçue comme trop asymétrique, tout en bénéficiant de la coopération technique et sécuritaire française.
Dans un contexte régional marqué par l'instabilité au Sahel et les flux migratoires en Méditerranée, la normalisation entre les deux capitales apparaît comme un impératif stratégique. Les prochains mois diront si cette visite, saluée des deux côtés, se traduit par des avancées tangibles ou reste un simple geste symbolique.
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