Paprika, riz, thé : des pesticides interdits dans notre assiette
Ce mardi 19 mai 2026, l'ONG Foodwatch a publié une enquête choc qui secoue le monde de l'agroalimentaire. Sur 60 produits testés dans quatre pays européens (France, Allemagne, Autriche et Pays-Bas), douze des quinze échantillons prélevés en France présentent des résidus de pesticides pourtant interdits dans l'Union européenne. Thés, épices et riz de grandes marques comme Ducros, Lipton, ou Twinings sont pointés du doigt. Certains dépassent même les limites maximales de résidus autorisées.
80 % des aliments testés contaminés
L'association a analysé des produits du quotidien : thé vert, thé à la menthe, riz basmati, riz thaï, paprika, curry, cumin. Résultat : toutes les épices (Albert Ménès, Ducros, Intermarché) et tous les thés (Carrefour, Leader Price, Lipton, Monoprix, Twinings) sont concernés. Le paprika doux moulu Ducros cumule 18 résidus différents, dont six interdits. De son côté, la marque Bouton d'Or en compte 14, dont cinq interdits.
Deux produits dépassent les limites légales : le riz Le Thaï Taureau Ailé et le Paprika doux moulu Ducros. Foodwatch demande leur retrait-rappel immédiat.
Un constat alarmant pour la santé
« Nous consommons des pesticides interdits au quotidien, faute de contrôles adéquats », déplore Léa Redon, chargée de campagne chez Foodwatch France. L'association rappelle que ces substances ne sont pas anodines : elles sont conçues pour tuer des organismes vivants. Une étude publiée en avril 2026, menée avec l'Institut Pasteur, a établi un lien solide entre l'exposition aux pesticides agricoles et le risque de cancers. Les chercheurs insistent sur l'importance de prendre en compte les cocktails de pesticides et les expositions environnementales réelles.
Le scandale de l'exportation de pesticides
Comment des pesticides interdits en Europe se retrouvent-ils dans nos assiettes ? Le mécanisme est pervers : l'Union européenne interdit la production, l'utilisation et l'exportation de ces substances sur son sol, mais elle continue d'autoriser leur exportation vers des pays tiers. Ces pesticides sont ensuite utilisés sur des cultures importées par l'UE, créant un « effet boomerang » toxique. « Notre alimentation est contaminée par un cocktail de résidus de pesticides, même ceux interdits ces dernières années à cause de leur dangerosité », alerte Foodwatch.
Des contrôles aux frontières insuffisants
Selon l'ONG, les contrôles aux frontières de l'UE sont trop laxistes. Le projet législatif européen « Food and Feed Safety Omnibus », en cours d'adoption, pourrait aggraver la situation en affaiblissant les règles sur les limites de résidus et les évaluations de sécurité. Foodwatch exige la mise en place d'une limite maximale de résidus à zéro pour tous les pesticides non autorisés dans l'Union.
Des marques connues dans le viseur
L'enquête cible des marques grand public : Ducros, Lipton, Twinings, Carrefour, Leader Price, Monoprix, Intermarché. Tous les thés testés sont contaminés, quel que soit le distributeur. Les épices ne sont pas en reste : curry vert thaï, cumin entier et moulu présentent aussi des résidus. Les riz basmati et thaï complètent ce tableau peu rassurant.
Des précédents inquiétants
Ce n'est pas la première fois que Foodwatch tire la sonnette d'alarme sur les pesticides. En 2024, l'ONG avait déjà dénoncé la présence de glyphosate dans des céréales. En 2023, c'était le tour des fruits et légumes importés. Mais l'ampleur de cette nouvelle enquête – 80 % de produits contaminés – marque un seuil critique. Les consommateurs sont exposés quotidiennement sans en être informés.
Les demandes de Foodwatch
Face à cette situation, Foodwatch formule deux urgences :
- Le retrait et le rappel des deux produits qui dépassent les limites légales (riz Le Thaï Taureau Ailé et Paprika doux moulu Ducros)
- L'adoption d'une limite maximale de résidus à zéro pour les pesticides non autorisés dans l'UE
L'ONG interpelle directement la Commission européenne et demande un renforcement des contrôles aux frontières. « Il est inacceptable que des substances dangereuses interdites ici puissent revenir dans nos assiettes via des importations », insiste Léa Redon.
Un enjeu de santé publique
Au-delà du scandale sanitaire, cette affaire soulève des questions plus larges. L'étude de l'Institut Pasteur montre que les mélanges de pesticides, même à faible dose, peuvent fragiliser les cellules et favoriser l'apparition de tumeurs. Les chercheurs appellent à une révision des seuils de tolérance, aujourd'hui calculés substance par substance sans prendre en compte les effets cocktails.
Que peuvent faire les consommateurs ?
En attendant des mesures réglementaires, les consommateurs peuvent privilégier les produits bio ou issus du commerce équitable, et vérifier l'origine des épices et du riz. Mais Foodwatch rappelle que la responsabilité incombe d'abord aux pouvoirs publics et aux industriels. « Nous ne pouvons pas laisser les citoyens gérer seuls ce risque sanitaire », conclut l'association.
Vers une prise de conscience européenne ?
L'enquête de Foodwatch pourrait relancer le débat sur la cohérence des politiques agricoles et commerciales de l'UE. Comment justifier l'interdiction de pesticides dangereux sur le territoire européen tout en autorisant leur exportation ? La question divise les États membres. Certains, comme la France, plaident pour une révision du règlement européen sur les résidus de pesticides. D'autres, plus réticents, craignent des tensions commerciales avec les pays exportateurs.
En attendant, des milliers de consommateurs ingèrent chaque jour des résidus de substances interdites. L'alerte de Foodwatch est claire : il est temps de fermer cette porte dérobée par laquelle les pesticides interdits reviennent dans nos assiettes.
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