Cancers pédiatriques : l'Assemblée vote une taxe historique sur les labos, le RN s'y oppose

Flash sur les travaux de l'Equipe du Dr Jacqueline CLAVEL sur les cancers pédiatriques, menés avec le soutien de la Ligue contre le cancer.

L'Assemblée nationale adopte une taxe inédite pour financer la recherche contre le cancer pédiatrique

Paris, 20 mai 2026 – L'Assemblée nationale a voté le 13 mai dernier, en première lecture, une proposition de loi historique visant à créer un fonds dédié aux cancers et maladies rares de l'enfant. Alimenté par une contribution de 0,10 % du chiffre d'affaires hors taxes réalisé en France sur les médicaments remboursés par l'Assurance maladie, ce mécanisme doit rapporter entre 40 et 50 millions d'euros par an. Le texte, porté par la députée socialiste Marie Récalde, a été adopté par tous les groupes politiques... sauf le Rassemblement national.

"C'est un grand moment d'émotion", a déclaré Marie Récalde dans l'hémicycle, saluant "une avancée attendue depuis 15 ans" par les familles et les professionnels de santé. Le fonds, géré par Bpifrance, servira à financer des start-up biotechs, des essais cliniques et des innovations thérapeutiques spécifiquement dédiées aux enfants. Une première en Europe.

Un "angle mort" de l'industrie pharmaceutique enfin pris en compte

Des besoins criants et des vies en jeu

Chaque année en France, 2 500 enfants sont touchés par un cancer, et près de 500 en meurent – ce qui en fait la première cause de mortalité par maladie chez les moins de 18 ans. Pourtant, la recherche pédiatrique reste largement sous-financée, car peu rentable pour les grands laboratoires.

"Les cancers, maladies rares et maladies orphelines de l’enfant restent largement négligés par les grands acteurs de l’industrie pharmaceutique", expliquent les associations Eva pour la Vie et Grandir Sans Cancer. Conséquence directe : les enfants reçoivent souvent des traitements initialement développés pour les adultes, avec des toxicités importantes. Deux enfants guéris sur trois souffriront de séquelles lourdes : atteintes cardiaques, infertilité, troubles neurologiques, voire un second cancer.

Le fonds vise à combler cet "angle mort" en soutenant des projets innovants, trop risqués ou trop peu rentables pour les grands groupes. Une partie de l'argent sera également utilisée pour accélérer les essais cliniques pédiatriques.

Le RN isolé dans son opposition

Si la quasi-totalité des forces politiques – de La France insoumise à LR, en passant par le camp présidentiel – ont voté pour, le groupe Rassemblement national a voté contre. Les députés RN justifient leur refus par une opposition de principe à une taxe sur l'industrie pharmaceutique, qu'ils jugent contre-productive.

Cette position a suscité un tollé. Le président (LR) des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a dénoncé "une honte politique et morale", accusant les députés RN de s'être "opposés à l'espoir". Au PS, le député Romain Eskenazi a estimé que le parti de Marine Le Pen "a du sang sur les mains". Même au sein de la majorité, l'isolement du RN a été vivement critiqué. Les associations de patients, elles, parlent d'"une aberration" et rappellent que le texte ne crée pas de nouvelle charge pour les familles.

Un cap pour l'innovation thérapeutique pédiatrique en France et en Europe

Un modèle qui pourrait faire école

Ce vote marque un tournant. La France devient le premier pays européen à instaurer un mécanisme de financement obligatoire et fléché pour la recherche pédiatrique. Le secteur pharmaceutique, qui a généré plus de 73 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2023, devra contribuer à hauteur de 0,10 % sur les médicaments remboursés. Soit un effort minime pour les labos – environ 40 à 50 millions d'euros par an – mais vital pour les enfants malades.

Les associations espèrent que ce modèle inspirera d'autres États membres de l'Union européenne. "C'est un mécanisme inédit en Europe", insiste Grandir Sans Cancer, qui voit dans ce fonds une réponse concrète à un problème systémique.

Un signal fort pour la recherche et les start-up

Au-delà de l'aspect financier, ce vote envoie un signal politique fort : la santé des enfants n'est pas une variable d'ajustement. Les start-up et biotechs françaises, souvent pionnières dans les thérapies géniques et les traitements personnalisés, disposeront désormais d'un levier pour développer des médicaments spécifiquement pédiatriques.

Le fonds devra être géré avec transparence et efficacité. Les parents, les chercheurs et les médecins attendent désormais des résultats concrets : des traitements mieux adaptés, moins toxiques, et surtout un espoir pour les formes les plus sévères de cancers de l'enfant.

Alors que l'actualité est marquée par d'autres sujets brûlants – comme le débat sur le dôme de chaleur en France ou les polémiques politiques –, cette avancée législative rappelle que des décisions concrètes peuvent changer durablement des vies.

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