Fico à Moscou : le Premier ministre slovaque défie l'UE pour le 9 mai

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Une visite controversée au cœur du Kremlin

Le Premier ministre slovaque Robert Fico était l'invité de Vladimir Poutine ce samedi 9 mai 2026 à Moscou, devenant ainsi le unique dirigeant de l'Union européenne à participer aux célébrations du 81e anniversaire de la victoire soviétique sur l'Allemagne nazie. Accueilli personnellement par le président russe dans la salle Sainte-Catherine du Grand Palais du Kremlin, Fico a effectué une visite hautement symbolique qui suscite de vives critiques sur la scène européenne.

Bien qu'il ait choisi de ne pas assister au défilé militaire sur la place Rouge — lequel s'est déroulé sans matériel lourd, déployé en Ukraine selon les autorités russes — le chef du gouvernement slovaque a déposé une gerbe au Tombeau du Soldat inconnu, le principal mémorial russe dédié aux victimes de la Seconde Guerre mondiale. Cette absence au défilé tranche avec les attentes initiales des médias russes, qui le présentaient comme un participant.

L'Allemagne n'a pas tardé à réagir. Le chancelier Friedrich Merz a exprimé ses "profonds regrets" et promis d'avoir une discussion avec Fico à son retour : "Nous parlerons avec lui de cette journée à Moscou."

Un possible canal de communication entre Kiev et Moscou

L'un des aspects les plus intrigants de cette visite réside dans les révélations du secrétaire d'État du ministère slovaque des Affaires étrangères, Rastislav Chovanec. Selon lui, Fico pourrait avoir servi de messager entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine. Devant le Parlement slovaque, Chovanec a déclaré que Fico avait été en contact avec Zelensky à deux reprises la semaine précédant son voyage et qu'il pourrait transmettre un message du leader ukrainien au Kremlin.

Le contenu de ce message présumé n'a pas été divulgué, et Kiev n'a pas confirmé l'information. Cette possible médiation intervient dans un contexte de relations bilatérales tendues entre la Slovaquie et l'Ukraine, notamment après l'arrêt du transit du gaz russe via le territoire ukrainien en janvier 2025 et l'interruption des flux pétroliers via l'oléoduc Droujba au début de l'année.

"Fico peut également obtenir des informations précieuses de la part du président russe sur sa vision des efforts pour mettre fin à la guerre", a ajouté Chovanec, soulignant la dimension diplomatique potentielle de cette rencontre.

L'énergie comme pilier des relations bilatérales

Au-delà des commémorations, la rencontre entre les deux hommes a été l'occasion de réaffirmer les liens énergétiques qui unissent Moscou et Bratislava. La Slovaquie reste l'un des rares pays européens à dépendre encore lourdement du pétrole et du gaz russes. Vladimir Poutine s'est engagé à "faire tout ce qui est possible pour satisfaire les besoins de la Slovaquie en ressources énergétiques".

La Slovaquie continue d'importer du pétrole russe via l'oléoduc Droujba et du gaz naturel via le gazoduc TurkStream. En février dernier, Bratislava avait même déclaré l'"état d'urgence pétrolier" après la suspension temporaire des livraisons via l'Ukraine, démontrant sa vulnérabilité énergétique.

Sur le vol de retour, Fico a publié une vidéo sur Facebook où il défend sa position : "Je rejette un nouveau rideau de fer entre l'UE et la Russie." Il a qualifié d'"idéologique" et de "nuisible à la compétitivité européenne" la volonté de l'UE de se passer totalement des approvisionnements énergétiques russes. "Remplacer une dépendance énergétique par une autre par haine de la Russie, cette fois américaine et bien plus coûteuse, est une erreur", a-t-il ajouté.

Une fracture au sein de l'Union européenne

Cette visite illustre les divisions persistantes au sein de l'UE quant à l'attitude à adopter face à la Russie, plus de quatre ans après le début de l'invasion de l'Ukraine. Alors que Bruxelles maintient une ligne ferme de sanctions et de soutien militaire à Kiev, Fico incarne une frilosité grandissante parmi certains États membres, notamment en Europe centrale.

Le Premier ministre slovaque, qui s'était déjà rendu à Moscou en mai 2024, s'est toujours montré sceptique quant à l'aide européenne à l'Ukraine et prône un retour à des relations "normales, amicales et mutuellement bénéfiques" avec la Russie. Une position qui l'isole diplomatiquement mais qui résonne auprès d'une partie de l'opinion slovaque, traditionnellement favorable à des liens étroits avec Moscou.

Ce déplacement intervient dans un climat international déjà lourd, marqué par les tensions entre les États-Unis et l'Iran, et les conséquences économiques de la guerre en Ukraine. Le choix de Fico de se rendre à Moscou, malgré les pressions de ses partenaires européens, pourrait encourager d'autres dirigeants à suivre sa voie, fragilisant encore un peu plus l'unité européenne face à la Russie. À l'heure où des personnalités aussi variées que le roi de Malaisie ou les dirigeants des provinces séparatistes géorgiennes étaient également présents à Moscou, le signal envoyé par Bratislava est clair : la Realpolitik énergétique prime sur la solidarité communautaire.

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