Emplois fictifs à la RATP : le système dénoncé par une plainte, la régie dément

La RATP visée par une plainte pour emplois fictifs d'élus franciliens

Emplois fictifs à la RATP : une plainte contre X dénonce un « système organisé » au profit d'élus

L'association AC!! Anti-Corruption a annoncé mercredi 12 août 2026 avoir déposé une plainte contre X auprès du Parquet national financier (PNF) pour « détournement de fonds publics », « favoritisme » et « faux et usage de faux ». Elle soupçonne l'existence d'un « système organisé et structuré d'emplois fictifs » destiné à des « élus parisiens et franciliens à la RATP, de tous bords politiques ». Cette plainte fait suite à celle, déposée vendredi 7 août, visant spécifiquement Bally Bagayoko, le maire LFI de Saint-Denis, après les révélations du Canard enchaîné.

L'hebdomadaire satirique a publié deux articles retentissants. Le premier, intitulé « Le ticket gagnant de Bally Bagayoko », décrit le cumul présumé d'un poste de cadre à la RATP avec des mandats électifs. Le second, « 200 agents de la RATP sur la bonne voie », évoque environ deux cents élus, « de droite comme de gauche », qui auraient bénéficié d'un emploi à plein temps « mais pas très prenant » au sein de la régie. Des informations que la RATP conteste fermement, démentant « tout système d'emplois fictifs ou de complaisance » dans un message publié sur son compte X.

Une plainte qui s'appuie sur des « horaires élastiques » et des « généreuses indemnités »

Selon le Canard enchaîné, Bally Bagayoko aurait été recruté à la RATP en 2000 « sans concours » ni entretien, avec des « horaires élastiques » et de « généreuses indemnités ». L'hebdomadaire indique que l'élu, avant de conquérir la mairie de Saint-Denis en mars 2026, cumulait un emploi de cadre à temps plein avec ses fonctions d'adjoint au maire, puis de vice-président du conseil départemental. À la perte de ce dernier mandat en 2015, le conseil municipal de la ville, dirigée par le PCF, lui aurait accordé une « hausse de 102% de ses indemnités d'adjoint », pour compléter un salaire de cadre dépassant les 6 000 euros par mois, 13e mois et primes compris. Un montant confirmé par l'intéressé au journal.

Face à ces révélations, l'association AC!! Anti-Corruption, fondée en 2021, demande au PNF de vérifier plusieurs points : l'autorisation de cumul délivrée par la RATP ou la préfecture, la présence effective de Bally Bagayoko dans l'entreprise, et la légalité des rémunérations perçues. « Si les rémunérations sont perçues pour un emploi en réalité non exercé à plein temps à la RATP, il s'agirait d'une utilisation indue des fonds publics », souligne l'association.

La RATP sort du silence et dément toute complaisance

Dans sa réponse, la RATP a rappelé que « les règles de droit commun, dont la loi du 22 décembre 2025, permettent et facilitent la conciliation de l'exercice d'un mandat d'élu local avec la vie professionnelle et personnelle des salariés ». La régie précise que les élus locaux peuvent bénéficier « d'autorisations d'absences et de crédits d'heures » pour exercer leur mandat, mais que « ces absences ne sont pas rémunérées par la RATP ».

Concernant le cas de Bally Bagayoko, la régie affirme qu'il « a été recruté en 2001 après avoir passé les entretiens d'embauche puis ceux préalables à la titularisation comme c'est le cas pour tous les agents RATP au statut ». Elle ajoute qu'« il n'y a pas de concours pour intégrer la RATP comme c'est le cas dans la fonction publique, car les agents RATP ne sont pas fonctionnaires ». La régie indique enfin qu'elle « réserve et réservera à la justice toutes les pièces et documents qui lui seraient demandés ».

Bally Bagayoko dénonce une « volonté de discréditer »

Le maire de Saint-Denis a réagi dès le 7 août sur X, dénonçant une « succession de séquences médiatiques » visant à « le discréditer ». Dans son communiqué, il affirme que sa situation est légale et qu'il a toujours respecté les règles. Il n'a pas commenté les nouveaux éléments révélés par la plainte contre X, qui élargit le spectre à d'autres élus.

Un précédent qui inquiète : la question des cumuls d'emplois publics

Cette affaire relance le débat sur le cumul d'emplois publics, un sujet sensible en France. La loi de 2025 a assoupli les conditions pour les élus locaux, mais le cumul d'un emploi à temps plein avec une fonction élective reste strictement encadré. Toutefois, les soupçons d'emplois fictifs à la RATP rappellent d'autres scandales récents, comme celui de l'Assemblée nationale où des collaborateurs d'élus étaient rémunérés pour des tâches inexistantes.

L'association AC!! Anti-Corruption, qui se définit comme apolitique, a déjà fait parler d'elle par le passé. Son fondateur, Marcel Claude, affirme vouloir « défendre l'éthique en politique ». La plainte contre X visant un « système » à la RATP est inédite par son ampleur : elle ne cible plus un élu isolé mais un dispositif présumé généralisé.

Des réactions politiques contrastées

Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre. Parmi les voix les plus critiques, l'avocat Charles Consigny a taclé la gestion de la RATP, estimant que « cette boîte est gérée avec les pieds » et qu'elle ne doit pas « servir de planque à des apparatchiks ». De son côté, Emmanuel De Villiers, entrepreneur et chroniqueur, a pointé le « très bon communicant » qu'est Bally Bagayoko, mais a regretté ses « positions extravagantes » qui l'exposent « à une critique factuelle ».

À gauche, des voix s'élèvent pour dénoncer une « instrumentalisation » de la justice. Un proche du maire de Saint-Denis, sous couvert d'anonymat, confie que « cette plainte intervient à un moment où Bally est très populaire et où sa politique de logement et de sécurité dérange ». La droite, elle, appelle à « toute la lumière » sur ces pratiques.

Le PNF devra trancher : quel avenir pour cette affaire ?

Le Parquet national financier devra désormais décider s'il ouvre une enquête préliminaire ou s'il classe l'affaire. Les éléments du Canard enchaîné, les plaintes de l'association et les réponses de la RATP seront examinés. En parallèle, la direction de la RATP a promis de coopérer avec la justice.

Cette affaire intervient dans un contexte tendu pour la régie, déjà critiquée pour la vétusté de ses infrastructures et les retards à répétition. Elle pourrait aussi avoir des répercussions politiques, car le *Canard évoque des élus de tous bords, ce qui pourrait éclabousser d'autres figures politiques franciliennes.

Une enquête qui pourrait élargir le spectre

Si l'enquête aboutit, elle pourrait révéler d'autres cas d'emplois fictifs. Le Canard enchaîné évoque en effet « 200 élus » qui auraient bénéficié de ce système. La RATP, de son côté, rappelle que le statut de ses agents est particulier et que les autorisations d'absence pour mandat électif sont légales. Les juges devront déterminer si les intéressés exerçaient réellement leurs fonctions.

En attendant, l'affaire nourrit la défiance des citoyens envers les élus, déjà forte après des scandales récurrents. Selon un sondage paru en juillet, 78% des Français estiment que les hommes politiques sont « plutôt corrompus ». Ce type d'affaires risque d'aggraver ce sentiment, alors que la confiance dans la classe politique est au plus bas.

Vers une réforme du statut des élus locaux ?

Cette actualité relance également le débat sur le statut des élus locaux, souvent cumulards malgré les lois sur le non-cumul. De nombreux maires, notamment dans les petites communes, exercent une activité professionnelle à côté de leur mandat, avec des aménagements d'horaires. Mais lorsque ces aménagements deviennent la règle et que des postes sont créés sur mesure pour des élus, la frontière avec l'emploi fictif est franchie.

Des propositions de loi ont déjà été déposées pour encadrer plus strictement les cumuls, mais aucune n'a abouti. L'affaire de la RATP pourrait servir de déclencheur : plusieurs députés, de la majorité comme de l'opposition, ont annoncé vouloir « légiférer pour moraliser la vie publique ».

Dans ce contexte, l'avenir de Bally Bagayoko, élu il y a quelques mois seulement, est incertain. S'il est mis en examen, il pourrait être contraint de démissionner. En attendant, ce dernier continue d'assurer ses fonctions et dénonce une « chasse aux sorcières ».

L'enquête ne fait que commencer, et ses développements seront scrutés de près, tant par l'opinion publique que par le monde politique. Une chose est sûre : ce n'est pas la première fois que la RATP est éclaboussée par un scandale, mais c'est la première fois qu'un système d'ampleur est dénoncé. Un signal fort qui pourrait bien ébranler la régie et ses habitudes.

La rédaction suit cette affaire et publiera un point complet dès que les premiers éléments d'enquête seront connus.

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