Affrontements dans le détroit d'Ormuz : Washington frappe deux pétroliers iraniens
De nouveaux accrocs au cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran ont éclaté vendredi 8 mai 2026 dans le détroit d'Ormuz. L'armée américaine a annoncé avoir "neutralisé" deux pétroliers battant pavillon iranien qui tentaient de rejoindre un port dans le golfe d'Oman, en violation du blocus américain en cours. Selon le commandement central américain (Centcom), un avion F/A-18 a tiré des munitions de précision dans les cheminées des navires M/T Sea Star III et M/T Sevda, les empêchant d'entrer en Iran. Un troisième pétrolier, le M/T Hasna, avait déjà été neutralisé le 6 mai. De son côté, Téhéran a fait état d'"affrontements sporadiques" avec la marine américaine. Le président Donald Trump a néanmoins affirmé que le cessez-le-feu avec l'Iran était toujours en vigueur, tout en menaçant sur Truth Social de représailles "violentes" si Téhéran ne signait pas rapidement un accord.
L'Iran accuse les États-Unis de violation flagrante du droit international
L'Iran a immédiatement accusé Washington de "violation flagrante" du droit international et du cessez-le-feu. Un conseiller du Guide suprême iranien, Mohammad Mokhber, a estimé que le détroit d'Ormuz constituait "une opportunité aussi précieuse qu'une bombe atomique", affirmant que Téhéran ne perdrait "en aucun cas les acquis de cette guerre". Il a évoqué la possibilité de modifier le régime juridique du détroit en s'appuyant sur le droit international ou sur le droit national iranien.
Un cessez-le-feu déjà fragilisé par les frappes au Liban
Ces affrontements surviennent dans un contexte régional déjà très tendu. Des frappes israéliennes ont tué dix personnes vendredi dans quatre localités du sud du Liban, dont deux enfants et trois femmes, selon le ministère libanais de la Santé. En représailles, le Hezbollah a revendiqué deux attaques au moyen de drones contre une base aérienne dans le nord d'Israël, près de Nahariya. Le mouvement pro-iranien avait déjà mené une première attaque plus tôt dans la journée contre cette même base militaire. Les autorités israéliennes n'ont pas réagi dans l'immédiat. Ces développements fragilisent le cessez-le-feu intervenu fin février entre Israël et le Hezbollah, après des mois d'affrontements meurtriers.
Escalade aux multiples fronts
La situation au Moyen-Orient s'enlise sur plusieurs fronts. Les cours du pétrole ont terminé en légère hausse vendredi, le baril de Brent prenant 1,23 % à 101,29 dollars, les investisseurs restant partagés entre la peur d'une escalade et l'espoir d'un arrêt durable des hostilités. Pendant ce temps, le Qatar a plaidé à Washington pour des négociations avec l'Iran, jugeant "impératif de s'engager sur les efforts de médiation en cours". Le Premier ministre qatari s'est entretenu avec le vice-président américain JD Vance pour promouvoir une résolution pacifique.
Une crise qui rebat les cartes diplomatiques
Au-delà des affrontements militaires, l'onde de choc diplomatique s'étend jusqu'en Europe et en Amérique latine. En France, le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a affirmé que s'il était président, il aurait constitué "un front du refus" contre les États-Unis et Israël, rassemblant des pays comme l'Espagne, le Brésil, la Colombie ou le Mexique pour faire reculer ceux qui ont décidé seuls une intervention en Iran, en violation du droit international.
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ un tiers du pétrole mondial, est devenu le théâtre d'une confrontation directe entre les deux puissances. L'Iran y a mis en place une instance pour percevoir des droits de passage, quelques jours après que Washington a renoncé à y escorter les bateaux. La situation pourrait encore s'aggraver si les négociations en cours n'aboutissent pas rapidement. Les discussions entre Israël et le Liban, prévues les 14 et 15 mai à Washington, seront cruciales pour tenter de sauver le cessez-le-feu libanais, tandis que les regards restent braqués sur le détroit stratégique.
Comme dans d'autres crises mondiales récentes, la capacité des grandes puissances à trouver un terrain d'entente semble plus que jamais mise à l'épreuve, alors que les alliances se recomposent et que le droit international est régulièrement invoqué des deux côtés.
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