David Lisnard en Corse : autonomie, communes et fin de l'État-providence
Le 8 août 2026, David Lisnard, maire de Cannes, président de l'Association des maires de France (AMF) et candidat déclaré à la présidentielle de 2027, était à Olmeto, en Corse, à l'invitation du maire José-Pierre Mozziconacci pour l'inauguration de la foire artisanale de Baracci. L'occasion pour le fondateur de Nouvelle Énergie de détailler sa vision institutionnelle et de livrer un message sans fard aux insulaires : "Je ne suis pas là pour flatter quiconque."
Interrogé sur le projet de loi constitutionnel relatif à l'autonomie de la Corse, David Lisnard a refusé de trancher au nom de l'AMF, mais s'est dit personnellement sensible à la reconnaissance de la singularité corse. Il concède avoir "du mal à être contre un texte qui fait avancer la liberté locale tant qu'elle ne se fait pas au détriment d'autres collectivités, comme les communes". Une position nuancée qui masque mal ses réserves : le candidat y voit un risque de "créer une illusion institutionnelle" et pointe le danger d'une lecture "faiblesse" qui mènerait à "toujours plus de distorsions nationales".
Une vision pour les collectivités : le pouvoir réglementaire local
Pour David Lisnard, la question corse est un révélateur de ce qu'il considère comme l'échec du centralisme français. "L'État centralisateur ne fonctionne plus", a-t-il martelé. Dans son viseur : le poids des normes, la bureaucratie et un système de financement des collectivités jugé inadapté. Le candidat propose une réforme d'ampleur : donner aux collectivités (communes, départements, régions, mais aussi collectivités à statut particulier comme la Corse) un pouvoir réglementaire d'application des lois, sous le contrôle de l'État. Une mesure qu'il inscrit dans son programme présidentiel, aux côtés de la "lutte contre la bureaucratie" et d'une refonte complète du système social, qu'il estime "complètement infinançable".
Cette proposition, il l'affirme, vaut pour tous les territoires : "Ce qui vaut pour la Corse est vrai aussi en Auvergne, en Bretagne, au Pays basque ou sur la côte d'Azur." Loin de toute logique d'exception, David Lisnard veut une décentralisation généralisée, sans distinction de "corsitude". Il s'agit, selon lui, de redonner aux élus locaux les moyens d'agir concrètement, plutôt que de multiplier des statuts dérogatoires qui nourrissent les frustrations.
Le contexte : une campagne présidentielle qui s'installe
Cette visite corse intervient dans un contexte politique particulier. David Lisnard, officiellement candidat depuis plusieurs semaines, multiplie les déplacements en province pour présenter son projet. Son discours sur la Corse s'inscrit dans une ligne plus large : rupture avec "le modèle hérité des Trente Glorieuses", qu'il juge mort. "Le modèle de l'État-providence est mort !", a-t-il répété dans un entretien au JDD, dénonçant un système devenu "un aspirateur à pauvreté, donc à immigration".
Le maire de Cannes s'appuie sur des chiffres pour étayer son diagnostic : "La croissance démographique s'est effondrée, les naissances ont baissé de 25 % en quinze ans. L'immigration de travail a été remplacée par une immigration de peuplement : seuls 13 % des nouveaux titres de séjour sont délivrés pour travailler." Une situation qui, selon lui, rend le maintien de l'État-providence irresponsable. "Continuer à financer le même État-providence par les impôts et la dette revient à reporter le coût de nos choix sur les générations futures."
Perspective : vers une recomposition du débat politique ?
Les déclarations de David Lisnard en Corse s'inscrivent dans une tendance plus large : celle d'une droitisation du discours sur les institutions et la protection sociale. En appelant à "ne pas flatter la corsitude", il cherche à incarner un républicanisme décentralisateur, opposé à la fois au jacobinisme et aux nationalismes périphériques. Une position qui pourrait séduire au-delà de son camp, dans un paysage politique où la question de l'organisation territoriale reste un marqueur fort.
Alors que la campagne présidentielle n'entre dans sa phase active que dans quelques mois, David Lisnard tente de se positionner comme le candidat de la rupture et de l'efficacité. Son passage en Corse, au-delà des symboles, a permis de clarifier un projet qui se veut concret : moins d'État, plus de libertés locales, et une refonte profonde du modèle social. Reste à convaincre les électeurs, et à répondre aux critiques qui pointent déjà les risques d'une telle décentralisation, notamment en matière d'égalité entre les territoires. Le débat ne fait que commencer.
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