Une vague d'attaques coordonnées frappe les infrastructures critiques en Europe
Les autorités européennes sont en état d'alerte après une série d'attaques informatiques d'une ampleur inédite. En l'espace de quelques jours, des pirates ont pris le contrôle de systèmes de réfrigération dans des supermarchés de plusieurs pays, ciblé les banques du sang françaises et lancé des campagnes d'espionnage sophistiquées contre des appareils mobiles. Ces incidents, bien que distincts, dessinent un paysage de menaces de plus en plus complexe et interconnecté.
Les frigos des supermarchés pris pour cible
Selon la BBC, une cyberattaque a touché les réfrigérateurs et congélateurs de dizaines de supermarchés dans sept pays européens. En Belgique et au Luxembourg, environ 40 magasins Delhaize ont été affectés, tandis que des établissements en Suède, Irlande, Pays-Bas, Estonie et Finlande ont également signalé des dysfonctionnements. La société belge Sabcobel, qui fabrique certains des réfrigérateurs concernés, a confirmé que les évaporateurs avaient été basculés en mode dégivrage, faisant grimper les températures jusqu'à 50°C. Des millions d'euros de nourriture ont dû être jetés.
Stephan Moelans, PDG de Sabcobel, a indiqué que l'entreprise travaillait depuis l'attaque française d'octobre pour protéger ses clients, mais que des modifications physiques étaient nécessaires, et pas seulement des mises à jour logicielles. « La solution la plus simple est de gérer les frigos via une connexion internet sécurisée. La plupart de nos clients ont opté pour cela après l'attaque en France », a-t-il précisé.
Le secteur du sang touché à son tour
Quelques jours plus tard, c'est le service national du sang français (EFS) qui a révélé avoir été victime d'une intrusion. Comme le rapporte The Guardian, les hackers ont accédé aux systèmes de contrôle et augmenté les températures et les seuils de dégivrage de trois chambres froides stockant des produits sanguins vitaux. Les systèmes d'alarme ont permis aux techniciens d'intervenir avant que les produits ne soient compromis. L'EFS, qui collecte et distribue le sang à plus de 1 900 hôpitaux et soutient plus d'un million de patients par an, a précisé que l'attaque avait eu lieu dans la nuit de lundi.
Cette attaque intervient après une vague sans précédent en France le mois dernier, où les pirates avaient pris le contrôle des unités de refroidissement de jusqu'à 700 supermarchés. Des enseignes en Italie, Allemagne, Roumanie et au Royaume-Uni ont également été ciblées par la suite. Face à l'escalade, le gouvernement italien a convoqué une réunion d'urgence avec les services de renseignement, et l'Union européenne a annoncé des discussions urgentes avec les autorités nationales pour formuler une réponse collective. « Ce ne sont pas des incidents isolés et nous devons être collectivement résilients et préparés à de tels incidents cyber », a déclaré Thomas Regnier, porte-parole de l'UE.
Aucune revendication ni motif n'a été rendu public. Les États-Unis enquêtent également sur une série de dysfonctionnements mystérieux survenus dans des réfrigérateurs de bases militaires en août dernier.
L'espionnage cyber se déplace vers les mobiles
En parallèle de ces attaques sur les infrastructures physiques, des groupes étatiques poursuivent leurs campagnes d'espionnage. Selon SC Media, le groupe APT29, lié au renseignement extérieur russe (SVR), a lancé une campagne sophistiquée contre des utilisateurs de smartphones. Les chercheurs de Sekoia ont identifié l'activité en octobre 2026. Les attaquants ont utilisé trois méthodes principales : l'injection de scripts sur des sites légitimes, des domaines imitateurs et la compromission pendant une semaine de la plateforme d'analyse ukrainienne Plerdy. Cette campagne a exposé les visiteurs de sites liés aux intérêts militaires ukrainiens, à une association américaine de l'industrie chimique et à des organisations internationales.
Les pirates ont exploité des vulnérabilités déjà corrigées mais non appliquées (n-day) sur iOS et Android, permettant le vol silencieux de cookies, de données d'appareil et de mots de passe Wi-Fi sans interaction de l'utilisateur. Fait notable : la campagne n'appliquait aucun filtre spécifique, ratissant large pour capter les données de tout visiteur. Les experts soulignent que les utilisateurs maintenant leurs systèmes à jour sont protégés. Les chercheurs estiment que les attaquants ont probablement acquis ces capacités techniques auprès d'un fournisseur commercial de surveillance.
Un groupe sud-asiatique modernise son arsenal
Toujours selon SC Media, le groupe BITTER (aussi connu sous le nom TA397), actif depuis 2013 et lié à l'Asie du Sud, a récemment étendu ses campagnes d'espionnage. Les chercheurs de FortiGuard Labs ont attribué à ce groupe l'utilisation d'un cheval de Troie d'accès distant personnalisé appelé PapRAT, récemment réécrit en Rust. Cette transition a porté ses capacités à 11 commandes, dont l'exécution de PowerShell et la manipulation de fichiers. Le groupe emploie trois chaînes d'infection distinctes abusant d'utilitaires Windows légitimes, tels que ftp.exe et les installateurs MSI, pour échapper à la détection. Ces tactiques hybrides obligent les organisations à dépasser la simple protection des points terminaux et à mettre en œuvre des limites de privilèges strictes, une surveillance des chaînes d'exécution suspectes et une vigilance accrue face aux fichiers LNK ou images disque non sollicités. PapRAT peut déployer des implants secondaires comme WmRAT, ce qui impose des enquêtes approfondies lors de la réponse aux incidents pour éliminer tous les mécanismes de persistance.
Contexte : une menace protéiforme et des vulnérabilités systémiques
Ces événements, bien que distincts dans leurs méthodes et leurs cibles, illustrent une tendance de fond : la convergence entre cybercriminalité, espionnage étatique et attaques sur les infrastructures critiques. Les systèmes de réfrigération connectés, comme les objets connectés en général, présentent des vulnérabilités exploitables à grande échelle. L'attaque contre les frigos de supermarchés n'est pas qu'une farce : elle cause des pertes économiques majeures et perturbe la chaîne du froid, un enjeu de sécurité alimentaire. L'attaque contre l'EFS, bien que maîtrisée, montre que des cibles hautement sensibles, touchant à la santé publique, sont désormais dans le collimateur. Les campagnes d'espionnage mobile et les malwares évolués rappellent que les groupes étatiques perfectionnent continuellement leurs techniques pour voler des données sensibles, y compris sur des appareils personnels. La frontière entre attaques opportunistes et opérations ciblées s'estompe.
Perspective : vers une réponse collective et une résilience accrue
L'Union européenne, par la voix de ses porte-parole, appelle à une réponse collective. Les attaques récentes pourraient accélérer la mise en place de réglementations plus strictes sur la sécurité des objets connectés et des infrastructures critiques. La question de la responsabilité des fabricants est posée : les équipements doivent être sécurisés dès la conception, et les mises à jour logicielles ne suffisent pas toujours, comme l'a montré Sabcobel. Par ailleurs, la coopération internationale en matière de cybersécurité devient impérative face à des menaces transfrontalières. Les entreprises et les institutions sont invitées à renforcer leurs défenses, à segmenter leurs réseaux et à former leur personnel. La vigilance reste de mise : nul ne sait si ces attaques marquent le début d'une nouvelle campagne coordonnée ou si elles resteront des incidents isolés. Une chose est sûre : la cybersécurité n'est plus un enjeu purement technique, mais un pilier de la sécurité nationale et de la stabilité économique.
Article rédigé le 5 novembre 2026. Sources : BBC, SC Media, The Guardian.
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