La Turquie, entre médiation ukrainienne et records à l'export

Médiation d'Erdogan entre Kiev et Moscou: la Turquie revient dans le jeu diplomatique

Ankara renforce son rôle de médiateur et son économie exportatrice

La Turquie a accueilli le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Istanbul le 31 octobre 2026, où Recep Tayyip Erdoğan a réaffirmé la volonté d'Ankara de faciliter les négociations entre Kiev et Moscou. Selon l'agence SANA, le président turc a déclaré : « Je tiens à souligner que nous sommes prêts à déployer tous les efforts possibles pour ouvrir la voie à la paix », ajoutant qu'« il n'y a pas de perdants dans une paix juste ». Les discussions ont porté sur les initiatives diplomatiques récentes et la sécurité en mer Noire, où les attaques contre des navires civils menacent l'approvisionnement en céréales et en énergie.

Dans le même temps, la Turquie a enregistré un record historique pour un mois d'octobre en matière d'exportations de biens, atteignant 25,9 milliards de dollars, en hausse de 8,1 % sur un an, selon le ministre du Commerce Ömer Bolat. Les exportations annualisées de biens ont atteint 285,6 milliards de dollars, dépassant l'objectif gouvernemental de 282 milliards, et les exportations totales de biens et services ont franchi la barre des 413 milliards de dollars. Le déficit commercial s'est réduit de 11,4 % pour s'établir à 6,7 milliards de dollars en octobre.

Une coopération technologique en construction avec Kiev

En marge de la visite, Volodymyr Zelensky a évoqué avec CNN Türk des discussions sur une coopération en matière de technologies satellitaires, jugée cruciale pour la sécurité des deux pays. « Nous travaillerons également dans ce domaine. Cette question a été discutée et évaluée. Vous conviendrez qu'il ne s'agit pas d'une tâche facile », a-t-il déclaré. Il a insisté sur l'importance de développer des technologies propres, y compris dans le secteur spatial : « Sans nos propres efforts, sans disposer de nos propres technologies, il est difficile de progresser. »

Cette déclaration intervient alors que la Turquie a mis en service en avril 2025 son premier satellite de communications produit localement, Türksat 6A, lancé en juillet 2024 par une fusée Falcon 9 de SpaceX. Le pays rejoint ainsi le club restreint des onze nations capables de fabriquer leurs propres satellites de communications. Cette avancée technologique pourrait servir de base à une coopération avec l'Ukraine, dont les besoins en sécurité spatiale se sont accrus depuis le début du conflit.

Un contexte social contrasté

Malgré ces succès diplomatiques et économiques, la situation sociale reste préoccupante. Selon un rapport de la Fondation turque de recherche sur les politiques économiques (TEPAV) cité par Türkiye Today, 20,9 % de la population, soit 17,6 millions de personnes, souffraient de privations multiples en 2025. La Turquie se classe ainsi au premier rang européen pour la mesure combinée de pauvreté et de privation, avec 11,1 % de la population touchée, contre une moyenne de 6,1 % dans l'Union européenne.

Le rapport souligne que la part de la population sous le seuil de pauvreté relative a chuté de 21,3 % en 2019 à 4,2 % en 2025, mais que 35,1 % des habitants ne peuvent pas s'offrir un repas contenant de la viande, du poulet ou du poisson tous les deux jours, contre 33,6 % en 2019. Environ 5,5 millions de personnes en situation de privation multiple, soit 31,3 % de ce groupe, perçoivent des revenus supérieurs au seuil de pauvreté relative mais ne parviennent pas à couvrir leurs besoins essentiels. Cette réalité met en lumière les limites de la croissance économique turque, dont les fruits ne se diffusent pas uniformément dans la population.

Perspectives : entre ambition régionale et défis internes

La Turquie cherche à consolider son statut de puissance diplomatique et technologique à l'échelle régionale. La médiation dans le conflit russo-ukrainien, déjà éprouvée lors des négociations précédentes, pourrait se renforcer avec l'organisation de pourparlers trilatéraux incluant les États-Unis, l'Ukraine et la Russie début novembre. Le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a appelé les deux parties à faire des concessions, soulignant l'impact du conflit sur les économies européennes et mondiales.

Parallèlement, les records d'exportation témoignent de la résilience du secteur manufacturier turc, qui représente 93,3 % des ventes à l'étranger. L'Union européenne reste le premier marché, avec 10,4 milliards de dollars de biens exportés en octobre, suivie par les pays du Moyen-Orient et d'autres nations européennes. Cependant, les importations de produits intermédiaires (71,7 % du total) reflètent la dépendance de l'industrie turque aux chaînes d'approvisionnement étrangères, notamment chinoises.

Sur le plan technologique, la coopération avec l'Ukraine dans le spatial pourrait accélérer les ambitions turques, mais elle devra composer avec les contraintes budgétaires et les priorités sociales. La question de la redistribution des gains de croissance reste centrale, comme le montre le paradoxe d'un pays à la fois champion des exportations et confronté à une précarité persistante. Les prochains mois diront si Ankara parvient à transformer ses succès économiques et diplomatiques en amélioration tangible du niveau de vie pour l'ensemble de sa population.

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