CPI sous pression : Trump appelle au retrait, l'Europe s'indigne

L'offensive américaine contre la CPI s'intensifie

Donald Trump a franchi une nouvelle étape dans sa campagne contre la Cour pénale internationale (CPI). Lors de son discours à la tribune des Nations Unies, le président américain a explicitement appelé tous les pays membres à se retirer de l'institution, qu'il juge « hors de contrôle ». Cette déclaration intervient alors que l'administration américaine a déjà promis de démanteler la Cour « brique par brique ».

Les États-Unis, qui n'ont jamais adhéré au Statut de Rome, ont multiplié les mesures de rétorsion depuis que la CPI a émis des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. Neuf des dix-huit juges de la Cour ont déjà été sanctionnés, ainsi que trois membres du bureau du procureur et un membre du personnel. Ces sanctions placent les intéressés sur la même liste que des membres d'al-Qaïda, de l'organisation État islamique ou de groupes mafieux.

Une juge béninoise témoigne

Reine Alapini-Gansou, juge béninoise à la CPI, a témoigné cette semaine à Paris des conséquences concrètes de ces sanctions. « On ne peut plus utiliser de carte de crédit, voyager... nous sommes repartis à l'ère de la préhistoire », a-t-elle déclaré lors d'un colloque à l'Assemblée nationale française. « Voir son nom inscrit sur une liste de hors-la-loi, quand on a consacré sa vie au droit, devrait tout de même choquer. » La magistrate, qui dit craindre pour sa sécurité et celle de sa famille, a également été condamnée par contumace à 15 ans de prison en Russie, en représailles au mandat d'arrêt visant Vladimir Poutine.

L'Europe appelée à réagir

Face à cette offensive, des eurodéputés ont appelé la Commission européenne à une réaction ferme. La France, qui abrite le siège de la Cour à La Haye via son territoire européen, se trouve en première ligne. Emmanuel Macron a défendu la CPI lors de son discours onusien, dénonçant la situation humanitaire à Gaza et les violations des droits humains en Cisjordanie.

L'hypocrisie française pointée du doigt

Mais le président français a été immédiatement accusé d'hypocrisie. Le même jour où il prononçait son plaidoyer pour la justice internationale, l'avion de Benjamin Netanyahu a survolé l'espace aérien français pour se rendre aux États-Unis, sans être inquiété, comme l'a révélé franceinfo. Or, en vertu du Statut de Rome, la France est tenue de coopérer avec la CPI et d'arrêter toute personne visée par un mandat d'arrêt se trouvant sur son territoire, y compris aérien.

« On atteint des sommets d'hypocrisie », a déploré le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, tandis que le député Thomas Portes qualifiait le chef de l'État de « tartuffe ». Le socialiste Olivier Faure a reconnu qu'Emmanuel Macron avait raison de « souligner l'enjeu de la crédibilité internationale », tout en relevant la contradiction avec le survol autorisé.

Un avenir incertain pour la justice internationale

La CPI se prépare désormais à de nouvelles sanctions américaines dans les prochains jours. Treize membres de l'institution sont déjà sous le coup de mesures punitives, et Washington n'a pas caché son intention d'aller plus loin. Cette offensive sans précédent contre une juridiction internationale pose une question fondamentale : l'ordre juridique mondial peut-il survivre à la pression des grandes puissances ?

La situation est d'autant plus complexe que d'autres acteurs, comme la Russie, ont également adopté des mesures de rétorsion contre la CPI. Moscou a ainsi condamné par contumace plusieurs juges ayant émis le mandat d'arrêt contre Vladimir Poutine en 2023. La Cour se retrouve ainsi prise en étau entre plusieurs grandes puissances qui contestent sa légitimité et son autorité.

Un précédent dangereux

Pour les observateurs, l'attitude américaine constitue un précédent dangereux. En sapant l'autorité de la CPI, Washington envoie un signal clair : les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité pourraient bénéficier d'une impunité de facto s'ils sont soutenus par une grande puissance. Cette dynamique risque d'affaiblir durablement non seulement la CPI, mais aussi l'ensemble de l'architecture juridique internationale mise en place depuis la Seconde Guerre mondiale.

L'Union européenne, qui se veut le champion de l'ordre juridique multilatéral, se trouve face à un choix cornélien : céder aux pressions américaines ou défendre une institution dont l'autorité est contestée par ses propres alliés. La réponse européenne dans les prochains jours sera scrutée de près par tous les partisans de la justice internationale.

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