La Coordination rurale 47 lourdement condamnée en appel
La cour d'appel d'Agen a rendu son verdict, mardi 8 septembre 2026 : la Coordination rurale du Lot-et-Garonne (CR47) est condamnée à près de 170 000 euros d'amendes et de dommages et intérêts. En première instance, le syndicat avait pourtant été relaxé. Cette décision marque un tournant judiciaire pour l'organisation, qui avait mené une série d'actions coups de poing lors des grandes mobilisations agricoles de 2024.
Parmi les faits retenus figurent le dépôt illégal de déchets devant les locaux de l'Office français de la biodiversité (OFB) à Clairac, des dégradations sur des bâtiments publics (Direction départementale des territoires, DDETSPP, Urssaf, mairie de Monflanquin) et de grandes surfaces à Marmande, Castelculier et Agen, ainsi que le recel de panneaux publics à Montauriol. Le président de la CR47, José Pérez, a écopé de six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pour menaces et outrages envers des agents de l'OFB. Plusieurs agriculteurs poursuivis individuellement ont également été condamnés solidairement.
L'avocate générale avait dénoncé des « méthodes délinquantes ». La défense, elle, estime que cette condamnation pourrait menacer financièrement l'avenir du syndicat. « Sa condamnation peut la conduire à sa perte », a plaidé Me Christophe Dejean, conseil de la CR47.
Un pourvoi en cassation annoncé
Bertrand Venteau, président national de la Coordination rurale, a vivement réagi : « Faire condamner financièrement un syndicat simplement parce qu'il a mené des actions syndicales, ça peut créer une jurisprudence et faire tomber toutes les CR de France. » Le syndicat a annoncé un pourvoi en cassation, arguant que cette décision pourrait fragiliser l'ensemble de ses antennes locales.
Un procès sous tension pour Bertrand Venteau
Quelques jours plus tôt, le 3 septembre 2026, le procès de Bertrand Venteau lui-même s'était tenu à Auch (Gers), dans un climat particulièrement tendu. Le président national du syndicat, classé à l'extrême droite, était poursuivi pour avoir appelé en novembre dernier à « faire peau » aux écologistes. Le procureur a requis jeudi 30 000 euros d'amende avec sursis à son encontre.
Selon le reportage de Mediapart, l'audience a été marquée par des scènes d'intimidation : jets d'œufs pourris, insultes et menaces proférées par une foule hostile envers des militants écologistes venus assister au procès, sous la protection lacunaire des CRS. « Enculé ! », « Saloperie ! », « On va te crever ! » auraient notamment été lancés aux militants. Une atmosphère qui illustre la radicalisation d'une frange du syndicat et les tensions croissantes entre le monde agricole et les organisations environnementales.
Une stratégie de confrontation assumée
Cette surenchère dans l'intimidation ne semble pas isolée. Elle intervient dans un contexte où la Coordination rurale multiplie les actions médiatiques et les positions clivantes, cherchant à se poser en défenseur intransigeant des agriculteurs face aux normes environnementales et aux contrôles administratifs. José Pérez, président de la CR47, résume ce sentiment : « On essayait juste de défendre notre métier et notre revenu. »
Un syndicat au cœur des tensions agricoles
Cette double actualité judiciaire pose une question de fond : jusqu'où peut aller l'action syndicale ? Si le droit de manifester et de défendre ses intérêts professionnels est garanti, les dégradations de biens publics et privés, les menaces envers des agents de l'État ou des militants associatifs franchissent la limite de la légalité. Pour l'État, partie civile dans le dossier de la CR47, il s'agit de rappeler que nul n'est au-dessus des lois.
Mais au-delà du volet pénal, c'est l'avenir financier du syndicat qui est en jeu. Avec une amende potentielle de 170 000 euros, la CR47 pourrait se retrouver exsangue. Bertrand Venteau craint un « précédent » qui pourrait s'appliquer à toutes les antennes départementales. Cette décision pourrait avoir un effet dissuasif sur les actions futures, ou au contraire radicaliser encore une base qui se sent attaquée.
Un contexte agricole sous haute pression
La Coordination rurale s'inscrit dans un paysage agricole en crise : revenus en berne, normes jugées étouffantes, concurrence internationale. Ces difficultés alimentent un mal-être profond, exploité par des syndicats plus radicaux. Les élections professionnelles de 2025 avaient déjà rebattu les cartes, la CR gagnant du terrain face à la FNSEA et à la Confédération paysanne. Les récentes condamnations pourraient toutefois freiner cette dynamique, en exposant les méthodes du syndicat à la critique.
Quelles implications pour l'avenir ?
Au-delà du cas spécifique de la Coordination rurale, ces décisions de justice pourraient redessiner les rapports de force dans le monde agricole. Elles envoient un signal clair : les actions illégales, même au nom d'une cause professionnelle, seront sanctionnées. Pour les syndicats modérés, c'est l'occasion de réaffirmer une voie réformiste et négociée.
Reste à savoir si cette judiciarisation apaisera les tensions ou les exacerbera. Dans un contexte de défiance croissante envers les institutions, certains pourraient y voir une criminalisation de la contestation sociale. Le pourvoi en cassation annoncé par la CR47 prolongera en tout cas le débat. Une chose est sûre : la Coordination rurale n'a pas fini de faire parler d'elle, et son avenir dépendra autant de ses succès judiciaires que de sa capacité à se réinventer dans le respect de la loi.
Commentaires