La Coordination rurale passe à l'action
Le 23 août 2026, la Coordination rurale (CR) a une nouvelle fois fait parler d'elle en obstruant un radar automatique à Cerizay, dans les Deux-Sèvres. Une action symbolique qui en dit long sur la colère qui gronde au sein du syndicat agricole. Sur l'installation, un message clair : « On passera à l'action », signé « CR 79 ». Une façon pour le syndicat de dénoncer son exclusion des discussions avec les services de l'État, alors que les élections à la Chambre d'agriculture de 2025 l'ont placé en deuxième position.
Cette action intervient dans un contexte de tensions croissantes. Le syndicat, qui se dit « plus jeune et turbulente » que ses concurrents historiques, n'hésite plus à recourir à des actions coup de poing pour se faire entendre. Après les blocages de 2024, cette obstruction de radar pourrait marquer le début d'une nouvelle série de mobilisations.
La question des fermages au cœur des revendications
Parallèlement à ces actions de terrain, la Coordination rurale s'engage sur le front économique. Le 19 août, elle a réclamé le gel de l'indice des fermages pour 2026. Selon l'arrêté publié au Journal officiel le 13 août, cet indice est fixé à 127,04, soit une augmentation de 3,23 % par rapport à 2025, applicable au 1er octobre. Une hausse jugée inacceptable par le syndicat, alors que les trésoreries des agriculteurs sont déjà fragilisées.
Cette augmentation est le résultat d'un calcul basé sur deux facteurs : l'évolution du PIB (40 %) et l'évolution du revenu brut d'entreprise agricole (RBEA) national à l'hectare sur cinq ans (60 %). Cette année, l'indice du RBEA progresse de 4,72 %, un chiffre qui ne reflète pas la réalité du terrain selon la CR. Les agriculteurs doivent en effet faire face à une flambée des cours des engrais, due aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, et à des températures extrêmes qui pèsent sur les récoltes.
La Coordination rurale, un syndicat à contre-courant
Ce positionnement offensif n'est pas nouveau pour la Coordination rurale. Fondée en 1991, elle s'est toujours distinguée de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA) par son fonctionnement interne plus conflictuel et sa culture du consensus moins développée. Alors que la FNSEA et les JA privilégient les transitions en douceur et l'élection de candidats uniques, la CR fonctionne de manière plus turbulente, avec des débats internes souvent houleux et des prises de position tranchées.
Une exclusion vécue comme une injustice
La principale source de mécontentement de la Coordination rurale est son exclusion des discussions avec les services de l'État. Le syndicat estime que sa représentativité, confirmée par les élections à la Chambre d'agriculture de 2025, n'est pas prise en compte. En obstruant le radar de Cerizay, la CR a voulu montrer qu'elle n'entend pas rester silencieuse. Cette action est un « premier avertissement » selon les termes employés sur place, et le message laissé sur l'installation suggère que d'autres actions pourraient suivre.
Cette situation rappelle les tensions de 2024, lorsque la Coordination rurale avait participé aux blocages des routes et aux manifestations contre les normes environnementales. Le syndicat, qui se veut le porte-voix des agriculteurs en difficulté, semble prêt à radicaliser son action pour obtenir des avancées concrètes.
Une année 2026 sous haute tension pour l'agriculture française
L'année 2026 s'annonce particulièrement difficile pour le monde agricole. Les conditions climatiques extrêmes, avec des températures records et une sécheresse marquée dans plusieurs régions, ont entraîné des récoltes en baisse et une hausse des coûts de production. La flambée des prix des engrais, conséquence directe des tensions géopolitiques, pèse lourdement sur les exploitations. Dans ce contexte, la hausse des fermages apparaît comme une charge supplémentaire difficile à supporter pour de nombreux agriculteurs.
La Coordination rurale, en réclamant le gel de l'indice des fermages, souhaite apporter une réponse concrète à ces difficultés. Le syndicat estime que cette mesure est indispensable pour préserver les trésoreries des exploitations et éviter une vague de cessations d'activité. Cette demande, bien que jugée irréaliste par certains, trouve un écho auprès d'une base militante de plus en plus inquiète pour l'avenir de la profession.
Des actions qui interrogent sur l'avenir du dialogue social
L'obstruction du radar et les menaces d'actions futures posent la question du dialogue social dans le secteur agricole. Alors que la FNSEA et les JA privilégient le compromis et la négociation, la Coordination rurale semble privilégier le rapport de force. Cette stratégie, si elle permet au syndicat de se démarquer et de gagner en visibilité, pourrait également fragiliser les relations entre les organisations agricoles et l'État.
Les prochaines semaines seront cruciales pour observer si le gouvernement répondra aux demandes de la CR, notamment sur la question des fermages. En attendant, le syndicat entend bien maintenir la pression, comme en témoigne le message laissé sur le radar de Cerizay. Une chose est sûre : l'agriculture française traverse une période charnière, et les choix politiques qui seront faits dans les mois à venir auront des conséquences majeures pour l'ensemble de la filière.
Un mouvement qui s'inscrit dans une tendance plus large
La Coordination rurale n'est pas seule à contester les politiques agricoles actuelles. Dans plusieurs pays européens, des mouvements de contestation similaires émergent, portés par des agriculteurs qui se sentent abandonnés par les pouvoirs publics. En France, la colère s'exprime aussi à travers des actions plus radicales, comme le montrent les récentes dégradations de bâtiments publics ou les blocages de routes.
Cette radicalisation est le reflet d'une crise profonde du modèle agricole français. Les agriculteurs, pris en étau entre des exigences environnementales croissantes, des coûts de production en hausse et des revenus stagnants, cherchent des solutions pour survivre. Les syndicats, tous courants confondus, tentent d'apporter des réponses, mais les divergences de méthodes sont de plus en plus marquées.
La Coordination rurale, en adoptant un discours plus offensif et en multipliant les actions coup de poing, pourrait bien capter une partie de cette colère. Reste à savoir si cette stratégie lui permettra d'obtenir des concessions de la part des pouvoirs publics, ou si elle contribuera à durcir encore un peu plus le climat social dans le monde agricole.
Vers une nouvelle ère syndicale agricole ?
Alors que la FNSEA et les JA célèbrent leurs transitions harmonieuses et leur culture du consensus, la Coordination rurale impose progressivement son style plus direct. Les élections à la Chambre d'agriculture de 2025 l'ont placée en deuxième position, une progression qui reflète une base militante en quête de représentativité plus authentique. Le président de la CR, Bertrand Venteau, incarne cette ligne dure, n'hésitant pas à hausser le ton face aux pouvoirs publics.
Cette évolution pourrait redessiner le paysage syndical agricole français. Si la Coordination rurale continue de gagner du terrain, il n'est pas exclu qu'elle devienne un interlocuteur incontournable, capable de peser sur les décisions politiques. Dans un contexte où la colère du monde agricole ne retombe pas, les syndicats historiques devront peut-être s'adapter à cette nouvelle donne.
Pour l'heure, la Coordination rurale maintient la pression sur deux fronts : la dénonciation de son exclusion des discussions et la demande de gel des fermages. Deux combats qui trouvent un écho auprès d'une profession en pleine mutation, confrontée à des défis économiques et climatiques sans précédent. Si les actions symboliques comme celle de Cerizay peuvent sembler anecdotiques, elles témoignent d'une détermination qui ne faiblit pas.
L'avenir dira si ces actions porteront leurs fruits, mais une chose est certaine : la Coordination rurale n'a pas fini de faire parler d'elle. Pour suivre l'actualité politique et économique, vous pouvez également consulter notre article sur Missiles intercepteurs : Macron annonce un nouvel envoi après les frappes meurtrières sur Kryvyï Rih.
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