Cisjordanie : le projet de colonisation E1 relance les tensions

Cisjordanie : un Palestinien blessé par balle lors d'une marche de colons

Cisjordanie : le projet de colonisation E1 attise la colère internationale

La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie ont haussé le ton, jeudi 20 août 2026, contre la relance du projet de colonisation E1 en Cisjordanie occupée. Dans une déclaration commune, les quatre pays européens ont appelé Israël à « mettre fin à l'expansion des colonies » et à « retirer immédiatement » les appels d'offres lancés pour la construction de plus de 1 200 logements dans le cadre de ce vaste programme immobilier. Une décision jugée « d'autant plus préoccupante » que la Cisjordanie traverse une période d'« instabilité grave », marquée par des violences inédites de la part des colons et de sérieuses restrictions économiques pour les Palestiniens.

Cette pression diplomatique intervient dans un contexte déjà très tendu. Dimanche 23 août, un adolescent palestinien a été tué par des tirs de l'armée israélienne dans le nord de la Cisjordanie occupée, selon le ministère palestinien de la Santé. Le même jour, deux frappes aériennes israéliennes à Gaza ont fait deux morts, dont un enfant de 4 ans. La Cisjordanie, théâtre d'une colonisation croissante et de violences récurrentes, est redevenue un point chaud du conflit israélo-palestinien.

Le projet E1, un coup fatal pour la solution à deux États

Le projet E1 prévoit la construction d'environ 3 400 logements sur une zone de 12 kilomètres carrés, située entre Jérusalem-Est et la colonie de Maale Adoumim (40 000 habitants). Pour les quatre puissances européennes, ce projet est particulièrement dangereux car il « crée une division à travers la Cisjordanie » et « porte atteinte à la continuité territoriale des Territoires palestiniens ». En coupant la Cisjordanie en deux, E1 empêcherait toute liaison territoriale entre Ramallah, Jérusalem-Est et Bethléem, rendant impossible la création d'un État palestinien viable.

Cette initiative israélienne, longtemps gelée en raison de l'opposition de la communauté internationale – y compris des États-Unis –, a été relancée en août 2025 par le gouvernement de Benyamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien avait alors affirmé qu'« il n'y aura pas d'État palestinien ». La relance du projet E1, huit jours avant les élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre, apparaît comme une manœuvre politique destinée à satisfaire l'aile droite de la coalition gouvernementale.

La diplomatie européenne à l'épreuve

La mise en garde de Paris, Berlin, Londres et Rome peut-elle réellement dissuader des entreprises de répondre aux appels d'offres ? Rien n'est moins sûr. Comme le souligne Lyna Ouandjeli, chercheuse à l'Institut européen d'études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, la pression diplomatique européenne a ses limites. Les colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie, illégales au regard du droit international, n'ont jamais été stoppées par des condamnations verbales. Les colons, eux, continuent d'agir avec le soutien implicite des autorités israéliennes. Le membre du gouvernement israélien Gideon Sa'ar a d'ailleurs répondu que « Israël est libre de construire là où bon lui semble sur la terre d'Israël », considérant la Cisjordanie comme partie intégrante du territoire israélien.

En attendant, la situation sur le terrain se dégrade chaque jour. À Qusra, par exemple, des Palestiniens sont assiégés dans leur maison par des colons israéliens depuis dix jours. Les violences perpétrées par des colons contre des civils palestiniens ont atteint des niveaux « sans précédent », selon les quatre pays européens. Ces actions, combinées à l'expansion continue des colonies, alimentent une spirale de violence qui semble impossible à briser. Les appels à la retenue et au respect du droit international se multiplient, mais la communauté internationale semble impuissante face à la détermination du gouvernement israélien.

L'ombre d'une escalade régionale

Au-delà de la Cisjordanie, c'est tout l'équilibre régional qui est menacé. Les récentes frappes israéliennes en Syrie et les tensions croissantes entre Israël et la Turquie montrent que le conflit israélo-palestinien demeure le point névralgique du Moyen-Orient. La confirmation par la Syrie de discussions avec Israël, sous l'égide des États-Unis, illustre la complexité diplomatique de la région. Par ailleurs, le lancement de cerfs-volants et de ballons depuis Gaza, bien que sans explosifs, ravive le souvenir des vagues d'incendies qui avaient dévasté les terres agricoles israéliennes. Israël a averti le Hamas qu'il intensifierait ses opérations si ces lancements se poursuivaient, laissant planer le spectre d'une nouvelle escalade à Gaza.

Dans ce contexte, le projet E1 n'est pas qu'une simple question de logements. C'est un symbole de la politique de colonisation israélienne et de l'érosion programmée de la solution à deux États. Si les puissances européennes échouent à faire plier le gouvernement israélien, elles risquent de perdre toute crédibilité dans le processus de paix, tandis que la Cisjordanie continuera de s'embraser. Les entreprises candidates aux appels d'offres devront, elles, peser les risques juridiques et réputationnels d'une participation à un projet condamné par une grande partie de la communauté internationale. Alors que les élections israéliennes approchent, la décision finale sur E1 pourrait bien être repoussée, mais les dégâts diplomatiques, eux, sont déjà faits.

Une solution à deux États en sursis

La communauté internationale, par la voix de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni et de l'Italie, s'accorde à dire que le projet E1 est un obstacle majeur à la paix. En créant une continuité territoriale entre Jérusalem-Est et Maale Adoumim, il rendrait encore plus difficile la création d'un État palestinien. Les Palestiniens, eux, ne voient que leurs terres rétrécir et se sentent abandonnés. La perspective d'une solution à deux États, déjà très affaiblie, semble s'éloigner un peu plus chaque jour.

L'Union européenne pourrait-elle aller plus loin ? Certains experts plaident pour des sanctions ciblées contre les colons violents ou le gel des accords commerciaux avec les produits des colonies. Mais la division des États membres et la position historique de certains pays, comme la Hongrie, rendent une action européenne forte peu probable à court terme. En attendant, les faits sur le terrain pourraient bien précipiter une nouvelle intifada ou une escalade militaire.

Un avenir incertain pour la Cisjordanie

La Cisjordanie vit au rythme de la colonisation. Chaque annonce de nouveaux logements, chaque acte de violence, rappelle l'urgence d'une solution politique. Le projet E1 est la goutte d'eau qui fait déborder le vase pour les Européens, mais sans mécanismes de pression efficaces, leurs appels resteront lettre morte. Les entreprises israéliennes et internationales devront choisir entre les contrats lucratifs et l'éthique. Les colons, eux, continuent de défier la communauté internationale avec l'aval d'un gouvernement qui semble déterminé à enterrer définitivement la solution à deux États.

Alors que les projecteurs sont tournés vers l'Europe et ses déclarations, les Palestiniens, eux, attendent des actes. La communauté internationale a les moyens d'agir, mais la volonté politique manque. Le projet E1, symbole de l'impasse, pourrait bien être le test ultime de la crédibilité de la diplomatie européenne. Alors que les tensions s'accumulent, la Cisjordanie reste une poudrière prête à exploser.

Commentaires