Une mobilisation d'ampleur nationale
Ce mardi 29 septembre 2026, la France a connu une nouvelle journée de mobilisation dans les lycées. Selon le ministère de l'Éducation nationale, 338 établissements étaient concernés par des blocages en début de journée, contre 180 la veille. À la mi-journée, ils étaient encore 316. Ces actions ont donné lieu à 40 interpellations et 10 blessés signalés parmi les élèves et le personnel, selon la même source. Le mouvement, parti d'Île-de-France le 23 septembre, s'est rapidement étendu à l'ensemble de l'Hexagone, porté par l'Union syndicale lycéenne (USL), principale organisation représentative des élèves.
"Il faut bloquer vos lycées pour enfin nous faire entendre par nos dirigeants et nos responsables politiques", a déclaré Ryad Rani, président de l'USL, à franceinfo. Ce mardi, les lycéens ont joint leur voix à la journée nationale de mobilisation de la fonction publique, donnant une résonance supplémentaire à leurs revendications.
Des incidents en marge des manifestations
Si la majorité des blocages se sont déroulés dans le calme, des tensions ont éclaté dans certains établissements. À Saint-Denis, au lycée Paul Éluard, des enseignants ont formé une chaîne humaine pour protéger les élèves des forces de l'ordre, alors que des mortiers et engins d'artifice ont été tirés. Le hall du lycée Nelson-Mandela à Nantes a été détruit par un incendie en marge des manifestations. Face à ces violences, le Premier ministre Sébastien Lecornu a réagi : "Tirs de mortiers, incendies, violences aux abords des lycées : rien ne justifie de mettre en danger des élèves, des personnels ou des policiers." Il a également dénoncé "l'instrumentalisation" de la colère lycéenne par certains élus de La France insoumise, qui appellent à étendre le mouvement.
Les revendications : un mal-être profond
Derrière ces blocages, les motivations des lycéens sont multiples mais convergentes. Elles révèlent une dégradation profonde des conditions d'études dans de nombreux établissements.
Manque de moyens et établissements délabrés
Le manque de professeurs et de personnel éducatif est au cœur des préoccupations. "Dans un établissement sur deux, on a des équipes d'AED (assistants d'éducation) où il manque 50% des effectifs, des établissements où il n'y a pas d'infirmière scolaire, où il n'y a pas d'assistante sociale, des établissements où il n'y a pas de profs de philo et de français pendant les années du bac", explique Ryad Rani à l'AFP. SUD éducation 93 évoque également "des dysfonctionnements forts dans les emplois du temps amenant à faire 8h-18h ou même 19h, des bâtis dégradés qui ne permettent pas d'aller aux toilettes ou exposent aux nuisibles". Une élève du lycée Gutenberg à Créteil témoigne : "On a des fenêtres et des portes cassées qui peuvent être dangereuses. Au troisième étage quand il pleut, il y a de l'eau qui coule à l'intérieur. Ce n'est pas normal."
Surcharge des classes et pression de Parcoursup
Les lycéens dénoncent aussi des classes et des emplois du temps surchargés, ainsi que le stress engendré par Parcoursup. "La sélection sur Parcoursup" et "la pression sur leurs tenues vestimentaires" sont également pointées du doigt par SUD éducation 93. Ces revendications, bien que diverses, traduisent un sentiment d'abandon et une exigence de reconnaissance.
Un soutien syndical et enseignant
Face à cette colère, certains professeurs ont choisi de soutenir les élèves. Rabah Safsaf, professeur de mathématiques, a pris le mégaphone : "Comme eux, on demande une meilleure reconnaissance de la part de l'institution. Nous voulons aujourd'hui faire converger pacifiquement nos luttes." Le SNES-FSU, le SNEP-FSU et le SNUEP-FSU appellent "solennellement le gouvernement à prendre acte de l'impérieuse nécessité d'investir massivement dans l'École publique".
Un contexte politique tendu
Cette mobilisation intervient dans un climat social déjà très tendu. La journée de grève dans la fonction publique a servi de catalyseur, mais le mouvement lycéen s'inscrit dans une dynamique plus large de contestation des politiques éducatives menées depuis plusieurs années. L'USL n'hésite pas à pointer "dix ans de macronisme" comme responsable de la situation. Le gouvernement, de son côté, tente de maintenir un équilibre entre respect du droit de manifester et fermeté face aux violences. Les ministres de l'Intérieur et de l'Éducation, Laurent Nunez et Édouard Geffray, avaient prévenu : "Si l'expression des lycéens doit être respectée, les actions violentes ne sauraient être tolérées."
Quelles perspectives ?
Alors que le mouvement pourrait se poursuivre dans les prochains jours, plusieurs questions se posent. Les blocages vont-ils s'intensifier ou s'essouffler ? Le gouvernement va-t-il ouvrir des négociations ? Pour l'instant, aucune réponse officielle n'a été apportée aux revendications. Les lycéens, soutenus par une partie du corps enseignant et des syndicats, entendent bien maintenir la pression. Cette mobilisation rappelle celle de 2018 contre Parcoursup, mais elle semble plus large et plus profonde, touchant à l'ensemble des conditions d'études. Elle pourrait également s'étendre aux universités, comme le suggère la vidéo "Blocages des lycées, et maintenant les universités ?" de franceinfo. Une chose est sûre : la colère des lycéens ne semble pas près de s'éteindre.
Un appel à l'attention des pouvoirs publics
Au-delà des revendications matérielles, c'est un appel à la reconnaissance et à la dignité que lancent ces élèves. "Ils veulent vivre, travailler et s'éduquer dignement", résume Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, venu soutenir les manifestants. La balle est désormais dans le camp du gouvernement, qui devra répondre à une jeunesse qui ne se sent plus écoutée. Dans un contexte de tensions sociales multiples, de la flambée des prix des carburants aux débats sur les niches fiscales, l'exécutif doit trouver des réponses rapides sous peine de voir la contestation s'enraciner. La mobilisation des lycéens, par son ampleur et sa détermination, pourrait bien devenir un symbole des fractures françaises de cette rentrée 2026.
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