Au RN, Marine Le Pen et Jordan Bardella peinent à masquer leurs divergences

Jordan Bardella and Marine Le Pen, ici en mars 2026.

Affaire Lyhanna : Marine Le Pen dénonce une "dérive idéologique" de la justice

Ce mardi 9 juin, Marine Le Pen a pris la parole à l'Assemblée nationale pour réagir au meurtre de Lyhanna, une collégienne de 11 ans tuée dans le Gers. La présidente des députés Rassemblement national a dénoncé une "longue dérive" dans le fonctionnement de la justice française, qu'elle attribue à des causes "en partie idéologiques". Selon elle, la priorité donnée à la réinsertion au détriment de la protection de la société, combinée à un "déni sur l'aggravation spectaculaire de la délinquance", expliquerait l'absence de moyens face à des profils criminels lourds. Elle a notamment pointé la politique du parquet d'Auch, qui aurait privilégié des procédures contre des agriculteurs plutôt que le suivi du suspect principal de l'affaire.

Cette prise de position intervient alors que le parti est traversé par des tensions internes, ravivées par la perspective du 7 juillet, date à laquelle la cour d'appel de Paris rendra sa décision sur l'inéligibilité de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens.

Le duo en tension : Bardella s'émancipe sur les retraites

Un désaccord stratégique qui s'affiche

Depuis plusieurs semaines, Jordan Bardella semble vouloir marquer sa différence. Alors que Marine Le Pen défend un départ à la retraite à 62 ans, le président du RN a déclaré sur LCI : "L'âge de départ ne veut rien dire. Pour que le système soit beaucoup plus lisible et beaucoup plus juste, il faut regarder le nombre d'années cotisées." Une nuance qui en dit long. Derrière ce glissement, c'est une stratégie de conquête de l'électorat de droite traditionnelle et du monde économique que Bardella déploie, au risque d'inquiéter les "marinistes" historiques.

Le Nouvel Obs évoque même une "guerre des entourages" qui couve, et une solidarité affichée qui "a du plomb dans l'aile". Officiellement, les deux têtes de gondole jurent de leur unité. Dans les faits, Bardella multiplie les signaux d'autonomie, y compris sur la scène européenne où il cherche à se rapprocher de la droite conservatrice allemande et italienne.

La stratégie européenne de Bardella

Début mai, le président du RN a évoqué ses convergences avec le chancelier allemand Friedrich Merz sur les questions migratoires, et affiché sa volonté de se rapprocher de l'Italie de Giorgia Meloni. Un virage qui tranche avec la ligne traditionnelle du parti, plus hostile aux institutions européennes. Pour les proches de Bardella, il s'agit de crédibiliser le RN comme force de gouvernement. Pour les fidèles de Marine Le Pen, c'est une tentative de prendre la main sur le projet politique.

L'ombre du 7 juillet : une décision qui peut tout changer

Le verdict qui décidera du candidat de 2027

Le 7 juillet, la cour d'appel de Paris rendra sa décision dans l'affaire des assistants parlementaires européens. Marine Le Pen risque une peine d'inéligibilité qui pourrait l'empêcher de se présenter à la présidentielle de 2027. Dans cette attente, le RN semble tétanisé. Certains cadres redoutent que le parti "perde l'avance dans la préparation du programme" accumulée sur ses concurrents, comme le rapporte un article du Nouvel Obs.

Si Marine Le Pen était déclarée inéligible, Jordan Bardella deviendrait le candidat naturel du RN. Mais cette hypothèse, loin de souder le parti, exacerbe les rivalités. Les divergences sur les retraites, la stratégie européenne ou encore la position à adopter sur les questions de justice montrent que le duo est moins solide qu'il n'y paraît.

Une crise de confiance qui s'installe

La RTBF résume bien la situation : "Jordan Bardella agit de plus en plus comme un homme qui se prépare à gouverner." Ses écarts répétés, couplés à l'incertitude judiciaire, fragilisent l'image d'un parti uni. Pendant ce temps, Marine Le Pen continue de s'adresser à son électorat populaire, sur les thèmes de la sécurité et de la protection de l'enfance, comme en témoigne son intervention sur l'affaire Lyhanna.

Une tendance lourde : la droitisation et ses fractures

Au-delà des querelles de personnes, c'est une véritable recomposition idéologique qui s'opère au RN. D'un côté, une ligne "sociale" incarnée par Marine Le Pen, qui mise sur le pouvoir d'achat et la protection des classes populaires. De l'autre, une ligne "libérale-conservatrice" portée par Jordan Bardella, qui cherche à rassurer les milieux économiques et à nouer des alliances avec la droite classique européenne.

Cette fracture n'est pas nouvelle, mais elle s'accélère à mesure que se rapproche l'échéance du 7 juillet. Le parti devra rapidement choisir son cap, sous peine de voir ses concurrents (notamment la droite et le centre) profiter de ses incertitudes. Dans ce contexte, la capacité du RN à présenter un front uni pour 2027 est plus que jamais questionnée.

Pendant ce temps, d'autres sujets continuent d'agiter l'actualité, comme en témoigne l'affaire des concerts de Jean-Luc Lahaye programmés par des mairies RN, qui provoque la colère du collectif féministe #NousToutes. Autant de signaux qui montrent que le parti est à la croisée des chemins.

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