La vague démocrate relance la menace d'impeachment
Les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026 ont rebattu les cartes à Washington. Selon les résultats définitifs, les démocrates ont non seulement conservé la Chambre des représentants, mais ont aussi pris le contrôle du Sénat, notamment dans des États républicains comme le Texas, la Caroline du Sud et le Kansas. Une victoire d'une ampleur inattendue qui place Donald Trump sous la menace directe d'une procédure de destitution.
Dès le lendemain du scrutin, le président a minimisé l'ampleur de la défaite, affirmant sur les réseaux sociaux qu'il n'était pas sur le bulletin et que, s'il l'avait été, les républicains auraient gagné « haut la main ». Mais dans son entourage, l'heure est aux comptes. Selon plusieurs sources citées par CBS News et The Independent, Trump interroge ses conseillers sur l'opportunité de maintenir Pete Hegseth à la tête du Pentagone. Le secrétaire à la Défense, ancien animateur de Fox News, est critiqué pour sa gestion jugée opaque de la guerre en Iran et pour ses réformes controversées au sein de l'armée.
La défaite républicaine a été largement attribuée à l'impopularité de cette guerre. Un sondage à la sortie des urnes a révélé que 74 % des électeurs considéraient le conflit iranien comme un enjeu majeur ou crucial, et six électeurs sur dix estimaient que les États-Unis avaient eu tort d'intervenir militairement. Le vice-président JD Vance lui-même a reconnu que « la raison de notre défaite, c'est la guerre », une déclaration qui affaiblit un peu plus la position de Hegseth, architecte de cette politique.
Un impeachment, mais pour quoi faire ?
La question divise au sein même du Parti démocrate. La leader de la minorité à la Chambre, Hakeem Jeffries, avait clairement indiqué avant le scrutin que l'impeachment serait « au menu » si les démocrates reprenaient le Congrès. Mais tous ne partagent pas cette urgence. Dans une tribune publiée par The Guardian, la juriste Claire Finkelstein appelle les démocrates à la prudence : plutôt que de se lancer tête baissée dans une procédure vouée à échouer, elle plaide pour des enquêtes parlementaires méthodiques, capables de contraindre les proches de Trump à témoigner publiquement et de renforcer l'autorité du Congrès face à l'exécutif.
« Les leçons des deux échecs précédents devraient servir », écrit-elle, rappelant que les deux impeachments de Trump n'ont pas empêché sa réélection en 2024. Pour elle, l'objectif prioritaire doit être la transparence et la restauration de la confiance dans les institutions, plutôt qu'une nouvelle procédure spectaculaire sans issue.
D'autres voix, plus nombreuses, estiment que les révélations sur la guerre en Iran et sur la gestion du Pentagone pourraient fournir un motif solide. La Chambre dispose désormais du pouvoir d'ouvrir des enquêtes sur les affaires du président, ses finances et les décisions de son administration. Le Sénat, de son côté, peut bloquer les nominations judiciaires et les textes budgétaires, ce qui promet une cohabitation conflictuelle.
Pete Hegseth, première cible ?
Si un impeachment devait être lancé, Pete Hegseth apparaît comme la cible la plus immédiate. Les démocrates du Congrès ont déjà annoncé leur intention de convoquer le secrétaire à la Défense pour qu'il s'explique sur les frappes en Iran menées sans l'aval du Congrès, sur les purges au sein de l'état-major et sur les rapports faisant état de présentations « enjolivées » de la situation militaire au président. Des sénateurs républicains clés ont eux-mêmes laissé entendre que le maintien de Hegseth pourrait débloquer des crédits militaires bloqués, signe que son sort est plus que jamais incertain.
Un contexte de défiance institutionnelle
Cette nouvelle ère de cohabitation s'ouvre dans un climat de profonde défiance. Depuis six ans, les enquêtes parlementaires se sont succédé sans jamais entamer durablement la base de Trump. Mais cette fois, les démocrates disposent d'une majorité dans les deux chambres, ce qui change la donne : ils peuvent voter des citations à comparaître, lancer des commissions d'enquête et, en théorie, adopter des articles d'impeachment à la Chambre avant un procès au Sénat.
Reste à savoir si les élus démocrates, conscients du risque de passer pour des obsédés du pouvoir, choisiront la voie de la modération ou celle de la confrontation. La pression de leur base, qui réclame des comptes après des années de contournement des normes, est forte. Mais l'agenda législatif, lui aussi, attend : pouvoir d'achat, prix de l'essence, santé. Les électeurs qui ont reconduit les démocrates attendent des résultats concrets, pas seulement des procédures.
Vers une présidence sous contrainte
Quoi qu'il arrive, les deux dernières années du mandat de Trump s'annoncent radicalement différentes. Privé de majorité, le président voit son capital politique considérablement réduit, tant sur la scène intérieure qu'internationale. Ses adversaires promettent d'utiliser tous les leviers du Congrès pour entraver ses nominations et ses réformes. Lui-même a prévenu dès janvier : « Si nous ne gagnons pas les élections de mi-mandat, ils trouveront une raison de me destituer. »
La prochaine session parlementaire, qui s'ouvre en janvier, dira si les démocrates passent des paroles aux actes. Une chose est sûre : le spectre de l'impeachment, déjà brandi deux fois contre Trump, plane à nouveau sur la Maison-Blanche. Et cette fois, le rapport de force au Congrès pourrait bien rendre la menace crédible.
Commentaires