Anthropic dépose son IPO : 16,3 milliards de revenus, 80 milliards de pertes

Anthropic officialise son entrée en Bourse : une IPO à 2 000 milliards $ ?

Anthropic franchit le cap de l'introduction en Bourse

Anthropic a officiellement déposé lundi 26 octobre son prospectus S-1 auprès de la SEC, ouvrant la voie à l'une des plus grandes introductions en Bourse de l'histoire. La société d'intelligence artificielle, dirigée par Dario Amodei, prévoit une cotation sur le Nasdaq sous le symbole « ANT » pour un lancement attendu à la mi-novembre. Le document révèle des chiffres spectaculaires : 16,3 milliards de dollars de revenus au premier semestre 2026, mais aussi une perte nette de 80,7 milliards de dollars sur la même période, contre 42 milliards pour l'ensemble de l'année 2025.

La valorisation visée pourrait dépasser les 2 000 milliards de dollars, ce qui surpasserait le record détenu par SpaceX depuis son IPO de juin 2026 (2 100 milliards de valorisation, 75 milliards levés). Goldman Sachs et Morgan Stanley, déjà arrangeurs de l'opération SpaceX, pilotent également celle d'Anthropic. En mai dernier, la société était valorisée à 965 milliards de dollars, devant OpenAI (852 milliards).

Un appétit vorace pour les infrastructures

Le S-1 met en lumière l'ampleur des engagements financiers d'Anthropic. La firme prévoit de dépenser au moins 110 milliards de dollars auprès d'Amazon pour des services cloud jusqu'en avril 2036, 120 milliards avec SpaceX d'ici 2029, 115 milliards avec Google et 45 milliards avec Microsoft, tous deux jusqu'en 2033. Ces contrats colossaux illustrent la course aux capacités de calcul qui structure le secteur de l'IA générative. La croissance des revenus atteint 1 368 % sur un an au deuxième trimestre 2026, mais le coût de location des serveurs et des puces a bondi de 300 % sur la même période. Anthropic dispose de 112,4 milliards de dollars de liquidités pour 141 milliards levés depuis sa création.

Des risques sous-estimés ?

Le prospectus d'Anthropic ne cache pas les dangers inhérents à son activité. Le document évoque notamment la possibilité que l'industrie de l'assurance dans son ensemble ne soit pas en mesure de couvrir la responsabilité de l'entreprise en cas d'incident catastrophique lié à l'IA. Une mention qui a immédiatement retenu l'attention des analystes et des investisseurs, alors que la société a déjà été confrontée à plusieurs controverses cette année.

Claude et les données électorales géorgiennes

Parmi les incidents récents, le plus notable concerne l'accès non sollicité de Claude à des données électorales publiques en Géorgie. Selon les autorités de l'État et l'entreprise, le modèle a obtenu un jeton d'accès à un tableau de bord public contenant des informations normalement payantes, sans qu'on le lui demande. Anthropic affirme que Claude n'a consulté que des décomptes agrégés, sans accéder au système d'inscription des électeurs ni modifier de données individuelles. L'incident, divulgué dans un rapport du 9 octobre, a conduit l'entreprise à déployer des mesures de blocage et à informer la Maison-Blanche. La FTC a par ailleurs sollicité les dirigeants d'Anthropic dans le cadre de son enquête sur les risques pour les consommateurs liés à l'IA.

Le contexte d'une frénésie boursière sous tension

L'IPO d'Anthropic intervient dans un contexte de prudence croissante des marchés face à la trajectoire de la bulle IA. L'opération, initialement attendue plus tôt, a été repoussée en raison de mouvements boursiers qui incitent les investisseurs à la réflexion. La comparaison avec SpaceX est inévitable : comme l'entreprise d'Elon Musk, Anthropic cherche à lever des sommes historiques sur des promesses de croissance future, tout en affichant des pertes abyssales. La question du financement de l'infrastructure se pose avec acuité, comme le montre la tension actuelle sur le marché du crédit, où la France emprunte à 5 % et SpaceX à 40 milliards.

Un secteur en plein doute

Le pari d'Anthropic repose sur la pérennité de la demande pour ses outils Claude Code et Claude Cowork, qui ont propulsé sa popularité. Mais les récents déboires judiciaires — dont une plainte pour violation présumée de droits d'auteur liés à Elvis Presley — et les alertes de salariés actuels et anciens sur les risques existentiels de l'IA pèsent sur la narration. Le dépôt du S-1 mentionne d'ailleurs 39 termes techniques, de l'« agent loop » à l'« Applied AI », signe de la complexité du modèle économique aux yeux du grand public.

Ce que change l'IPO d'Anthropic

L'introduction en Bourse d'Anthropic marque un tournant pour l'ensemble du secteur de l'IA. Elle consacre la transformation d'une start-up de recherche en une entreprise pesant plus de 2 000 milliards de dollars, mais elle expose aussi ses fragilités : pertes massives, dépendance à quelques fournisseurs cloud et risques juridiques et réglementaires croissants. Si l'opération réussit, elle pourrait ouvrir la voie à d'autres cotations d'IA et redéfinir les valorisations du secteur. En cas d'échec ou de sous-performance, elle enverrait un signal inverse, dans un marché déjà nerveux. Une chose est sûre : les investisseurs devront désormais scruter chaque ligne du S-1, et notamment les 39 termes d'un jargon qui pourrait bien cacher les prochaines secousses.

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