Agathe Guillemot : la Bretonne vise l'or européen sur 1500 m à Birmingham

Agathe Guillemot of Team France competes in the Women's 1500m Final on day fifteen of the Olympic Games Paris 2024 at Stade de France on August 10,...

Agathe Guillemot entre en piste à Birmingham avec de nouvelles ambitions

Ce samedi 15 août 2026, la demi-fondeuse bretonne Agathe Guillemot fait son entrée dans les séries du 1 500 mètres aux Championnats d'Europe d'athlétisme de Birmingham. Programmées à 13h15 (heure française), ces séries constituent une première étape que la championne d'Europe en salle 2025 aborde avec un statut de prétendante au titre. Deuxième temps des engagées sur la distance, la native de Pont-l'Abbé (Finistère) arrive en Angleterre avec des références solides et une préparation repensée.

À 27 ans, Agathe Guillemot n'est plus la petite jeune qui découvre les grands rendez-vous. Elle a déjà glané une médaille de bronze aux Championnats d'Europe de Rome en 2024, avant de décrocher le titre continental en salle l'hiver dernier. Mais l'année 2025 avait laissé un goût amer : la perte de son titre national sur 1 500 m et une élimination cruelle en demi-finales des Mondiaux de Tokyo avaient ébranlé sa confiance. C'est ce contexte qui l'a poussée à tout changer.

Un changement d'entraîneur pour relancer une carrière au sommet

Depuis janvier 2026, Agathe Guillemot s'entraîne sous la houlette d'Alann Moreau, un jeune coach de 23 ans, ancien partenaire d'entraînement. Un choix audacieux qui a suscité des critiques, mais que l'athlète assume pleinement. « C'est des relations humaines qui n'ont pas abouti », explique-t-elle à propos de la rupture avec Marc Reuzé, son ancien entraîneur, ajoutant : « J'étais obligée de partir parce que je ne me sentais pas bien. »

Cette nouvelle collaboration, installée sur la piste du Stade Courtemanche de Rennes, semble porter ses fruits. Lors d'une séance d'entraînement observée début août, la Bretonne enchaînait des 400 mètres en 1'09''-1'10'' avec une récupération active de 50 secondes, aux côtés d'Oscar Thebaud et Célia Robin. Un rythme soutenu qui témoigne d'une condition physique maîtrisée.

Au-delà du changement de staff, Agathe Guillemot a décidé de revenir à ses racines : après cinq ans sous les couleurs du club rennais Haute Bretagne Athlétisme, elle a resigné au Club Athlétique Bigouden (CAB), son club formateur. Un retour symbolique qui ravit Stéphane Le Pape, le président du club : « Il y a un véritable effet Agathe Guillemot. Les petites filles rêvent d'un tel parcours. Notre école d'athlétisme est au complet avec 100 jeunes. »

Le vélo, l'arme secrète d'Agathe Guillemot

La réussite de cette saison ne tient pas seulement au changement d'entraîneur. Agathe Guillemot a intégré une dimension supplémentaire dans sa préparation : le vélo. Deux à trois séances par semaine sur la selle, en complément de ses huit à neuf séances de course à pied. Une approche qui lui permet de développer son aérobie tout en réduisant les contraintes biomécaniques sur les jambes.

« C'est ce qui lui permet d'arriver avec de la fraîcheur avant les grosses séances sur piste ou d'enchaîner les courses à haut niveau », explique Alann Moreau. Pour la Bretonne, c'est aussi un moyen de varier les plaisirs, une philosophie qu'elle cultive depuis l'enfance : « Au collège, je faisais un sport différent tous les soirs. » Judo, escrime, danse, natation, course d'orientation... elle a toujours eu du mal à se contenter d'une seule activité.

Cette pratique du vélo a même été un vrai « sauveur » en 2023 : atteinte du syndrome de l'essuie-glace, une pathologie du genou, elle a réussi à se qualifier pour ses premiers Mondiaux seniors en travaillant son endurance sur home-trainer. Une preuve de sa capacité d'adaptation, qui lui sert aujourd'hui encore.

Une préparation minutieuse et des repères solides

À quelques jours des Championnats d'Europe, Agathe Guillemot a peaufiné ses derniers réglages. La séance observée à Rennes, une avant-dernière séance de la semaine, était pensée pour reproduire les conditions de course : des répétitions de 400 mètres avec une récupération active, pour travailler les changements de rythme et la capacité à relancer après un effort intense.

Elle a aussi effectué ses gammes en compétition, avec des résultats prometteurs. En février, elle a enchaîné trois records de France indoor en trois semaines (1 500 m, mile, 2 000 m), signe d'une forme ascendante. Le 28 juin dernier, elle a porté le record de France du 1 500 m à 3'56''24, une performance qui fait d'elle l'une des favorites du rendez-vous britannique.

Mais la méfiance reste de mise. Les séries, même si elles semblent abordables, demandent une gestion intelligente de l'effort, et la finale, prévue dimanche 16 août à 22h13, s'annonce relevée. Outre les favorites européennes, Agathe devra composer avec la pression d'un statut de prétendante au titre.

Un soutien unanime du pays bigouden

Dans le Finistère-Sud, Agathe Guillemot est une véritable star. Laurent Motreff, qui l'a entraînée à ses débuts aux épreuves combinées, ne tarit pas d'éloges : « C'est une fille incroyable, talentueuse, intelligente. » Comme lui, une grande partie du pays bigouden sera devant son écran samedi et dimanche pour suivre ses exploits. Le CAB organise d'ailleurs chaque année un meeting à Pont-l'Abbé en son honneur, preuve de l'attachement réciproque entre l'athlète et son territoire.

Cette notoriété dépasse d'ailleurs les frontières du simple sportif : Agathe Guillemot est militaire au bataillon de Joinville, ce qui lui permet de concilier son statut d'athlète de haut niveau avec une carrière au sein de l'armée. Un équilibre qu'elle assume volontiers et qui fait d'elle un modèle pour de nombreuses jeunes filles.

Une dynamique positive pour l'athlétisme français

Au-delà du cas personnel, la trajectoire d'Agathe Guillemot illustre une tendance plus large dans l'athlétisme français : la capacité à rebondir après les échecs et à innover dans les méthodes d'entraînement. Le fait qu'une athlète de ce niveau choisisse un jeune entraîneur de 23 ans, contre les avis parfois négatifs, témoigne d'une évolution des mentalités et d'une confiance accrue dans les nouvelles générations de coachs.

Avec sa médaille de bronze aux Championnats d'Europe 2024, son titre continental en salle et ses records de France, Agathe Guillemot s'inscrit dans la lignée des grandes demi-fondeuses françaises. Son succès pourrait d'ailleurs inspirer d'autres athlètes à diversifier leurs pratiques sportives, comme elle le fait avec le vélo, pour doper leurs performances.

Alors que l'athlétisme mondial est secoué par des questions de dopage et de gouvernance, les performances propres et la personnalité attachante de la Bretonne offrent une image positive de la discipline. Sa présence en finale à Birmingham sera suivie de près, non seulement par ses supporters bigoudens, mais par tous les amateurs d'athlétisme en France.

Dans un contexte plus large, cette quête de titre coïncide avec un week-end chargé en émotions sportives, entre les matchs de football qui reprennent et les autres championnats. Mais ce dimanche soir, les projecteurs seront braqués sur la piste de Birmingham, où Agathe aimerait bien écrire une nouvelle page de l'histoire de l'athlétisme français.

En tout cas, elle a déjà montré sa force de caractère. Après une année 2025 décevante, la voilà de retour au premier plan, portée par un nouveau souffle. Son pari de tout changer était risqué, mais il semble en passe d'être gagné.

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