Mort d'Yves Schlirf : le monde de la BD et du manga en deuil
L'éditeur belge Yves Schlirf, figure majeure de la bande dessinée francophone et pionnier du manga en Europe, est décédé samedi 12 septembre 2026, ont annoncé dimanche les éditions Dargaud et Kana dans un communiqué conjoint. Il était âgé de 74 ans. Directeur général de Dargaud pour la Belgique et directeur éditorial de Dargaud Benelux et des éditions Blake et Mortimer, Yves Schlirf laisse derrière lui une empreinte indélébile dans l'histoire de la BD et du manga.
Un parcours hors norme
Né à Bruxelles, Yves Schlirf avait ouvert en 1972 Schlirfbook, l'une des premières librairies spécialisées en bande dessinée de la capitale belge. Après avoir travaillé pour Dupuis, il avait rejoint Dargaud et accompagné de nombreuses séries à succès, parmi lesquelles XIII, Murena, Le Scorpion, La Complainte des landes perdues, Les Vieux Fourneaux, Le Loup en slip ou Undertaker. Son goût de l'aventure éditoriale l'avait également conduit vers le Japon. En fondant Kana en 1996, Yves Schlirf a contribué à installer durablement le manga dans le paysage éditorial francophone. La maison publiera notamment Naruto, devenu l'un des grands succès du genre.
Un pionnier du manga
En 1996, après de multiples voyages au Japon, Yves Schlirf fonde Kana, un label spécialisé dans les mangas au sein de Dargaud. Cette initiative a permis de faire découvrir au public francophone des séries devenues cultes comme Naruto, Saint Seiya, Détective Conan, Slam Dunk, Hunter X Hunter ou Yu-Gi-Oh!. Grâce à son flair et à son sens du public, il a transformé le marché du manga en France et en Belgique, ouvrant la voie à l'explosion du genre dans les années 2000. « Son sens du public faisait de lui un éditeur en phase avec les grandes séries populaires », ont souligné Dargaud et Kana, saluant « son flair, combiné à une insatiable curiosité ».
Un acteur clé de la BD franco-belge
L'éditeur de XIII et Blake et Mortimer
Côté BD franco-belge, Yves Schlirf a été l'éditeur de la série à succès XIII, créée dans les années 1980 et scénarisée par son ami Jean Van Hamme. Il supervisait également la série des Blake et Mortimer, relancée après la mort en 1987 d'Edgar P. Jacobs, qui l'avait créée en 1946. Comme directeur éditorial de Dargaud Benelux, il a accompagné les best-sellers Pin-Up (Yann et Berthet), Murena (Dufaux et Delaby), Le Scorpion (Desberg et Marini), La Complainte des landes perdues (Dufaux et Rosinski) et bien d'autres. Au moment de sa mort, il préparait encore un album anniversaire pour les 80 ans de Blake et Mortimer, autour de personnages secondaires de la série.
Des hommages unanimes
Depuis l'annonce de sa disparition, les messages affluent sur les réseaux sociaux. L'auteur italien Enrico Marini évoque « le meilleur des éditeurs », tandis que l'éditeur belge Nicolas Anspach parle d'un « monument », d'un homme curieux et créatif. Pour l'auteur belge Romain Renard, « un pan de mur vertigineux de l'histoire de la bande dessinée » disparaît. Yves Schlirf laisse derrière lui plusieurs générations d'auteurs, de collaborateurs et de lecteurs. Son empreinte restera durablement inscrite dans l'histoire de la BD et du manga francophones.
Un héritage durable
L'impact sur l'édition francophone
Yves Schlirf a profondément marqué le paysage éditorial francophone. En important le manga en France et en Belgique, il a non seulement permis à des millions de lecteurs de découvrir des œuvres majeures, mais il a aussi ouvert la voie à une nouvelle génération d'éditeurs et d'auteurs. Kana est aujourd'hui l'un des labels phares du manga en langue française, et des séries comme Naruto continuent de se vendre par millions. Son travail chez Dargaud a également contribué à maintenir la vitalité de la BD franco-belge, avec des séries comme XIII ou Blake et Mortimer qui ont su traverser les décennies.
La relève et les projets en cours
La disparition d'Yves Schlirf intervient à un moment charnière pour le secteur. Le manga connaît un succès croissant en France, et la BD franco-belge doit faire face à de nouveaux défis. Les projets qu'il supervisait, notamment l'album anniversaire de Blake et Mortimer, devraient être poursuivis par ses équipes. Son héritage se mesure aussi à l'aune des auteurs qu'il a lancés ou accompagnés, et qui perpétuent aujourd'hui son approche éditoriale fondée sur la curiosité et le respect du public.
En conclusion, Yves Schlirf laisse un vide dans le monde de l'édition, mais son influence perdurera à travers les œuvres qu'il a défendues et les lecteurs qu'il a touchés. Son parcours illustre l'importance des éditeurs passionnés dans la diffusion des cultures et des imaginaires.
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