Yandex visé par des frappes de drones : trois data centers russes hors service

Des drones frappent un site de Yandex, dans la première attaque majeure contre un centre de données russe

Trois attaques de drones en 48 heures contre les infrastructures de Yandex

En moins de 48 heures, l'entreprise technologique russe Yandex, souvent qualifiée de « Google russe », a subi trois attaques de drones ukrainiens ayant visé ses data centers dans les régions de Riazan, Kalouga et Vladimir. Les installations de Sassovo (Riazan) et Grabtsevo (Kalouga) ont été les plus durement touchées, tandis qu'un troisième site à Vladimir a également été endommagé. Selon l'entreprise, plusieurs modules du data center de Kalouga ont été « complètement mis hors service » et celui de Sassovo, qui héberge des dizaines de milliers de serveurs, a vu ses opérations « totalement suspendues » après un incendie. Yandex a indiqué ne pas pouvoir confirmer si l'équipement du site de Sassovo pourra être restauré.

Les perturbations ont affecté plusieurs services, notamment Yandex Cloud, Yandex Documents et Yandex Tables, avec plus de 1 300 signalements d'utilisateurs sur la plateforme Downdetector. Les services grand public comme la recherche et Yandex Taxi sont restés en ligne, mais l'entreprise a averti que la configuration restante était « instable » et a conseillé à ses utilisateurs d'activer leurs plans de reprise après sinistre. L'action Yandex a chuté de plus de 3,4 % à la Bourse de Moscou au lendemain de l'attaque contre Sassovo.

Un tournant dans la guerre des infrastructures

Ces frappes marquent la première confirmation d'une attaque ukrainienne contre des infrastructures de données russes depuis l'invasion de 2022. Elles interviennent quelques semaines après une série de frappes russes sur au moins huit data centers en Ukraine, qui avaient provoqué de vastes coupures d'internet. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que son pays « répondait en miroir » aux attaques russes, sans confirmer directement l'opération contre Yandex. « Vous savez tous qu'ils ont frappé et continuent de frapper nos data centers. Nous répondons. Je ne peux pas partager tous les détails », a-t-il déclaré.

Les data centers de Yandex ne sont pas de simples centres de stockage : ils abritent notamment deux des trois superordinateurs de l'entreprise, utilisés pour développer ses modèles d'intelligence artificielle. Le site de Kalouga, construit à partir de 2022 et mis en service fin 2023, était conçu comme le plus grand de Russie, avec une capacité électrique prévue de 63 mégawatts et plus de 3 800 baies de serveurs. Sa destruction partielle pourrait ralentir les ambitions de Yandex dans le cloud et l'IA, des secteurs stratégiques pour l'économie numérique russe.

Des répercussions au-delà de Yandex

Au-delà des services numériques, ces attaques s'inscrivent dans une campagne plus large de frappes ukrainiennes contre des infrastructures industrielles et énergétiques russes. Le même jour que l'attaque contre Sassovo, des drones ont visé la raffinerie de Gazprom Neftekhim Salavat en Bachkirie et la plus grande raffinerie de pétrole de Russie dans la région d'Omsk, en Sibérie occidentale. Le ministère russe de la Défense a affirmé avoir intercepté 399 drones ukrainiens au-dessus de 18 régions et de la Crimée annexée. Ces opérations témoignent d'une intensification des attaques en profondeur sur le territoire russe, visant des cibles économiques et technologiques de premier plan.

Pour Yandex, l'enjeu est double : restaurer ses capacités techniques tout en rassurant ses utilisateurs et investisseurs. L'entreprise a déployé des équipes d'urgence sur les sites touchés, mais l'incertitude demeure quant à la remise en état des équipements. La dépendance croissante de l'économie russe aux services numériques de Yandex — recherche, cloud, paiement, transport — rend ces perturbations d'autant plus sensibles pour des millions d'utilisateurs.

Vers une guerre durable des data centers ?

Cette séquence pourrait marquer le début d'une nouvelle phase dans le conflit : celle d'une guerre ouverte contre les infrastructures numériques. En ciblant les data centers, les belligérants cherchent à paralyser non seulement l'économie, mais aussi la capacité de l'adversaire à traiter et stocker des informations stratégiques. Pour l'Ukraine, il s'agit de répondre aux frappes russes qui ont déjà endommagé ses propres centres de données, considerés comme des cibles militaires par Moscou. Pour la Russie, la protection de ces infrastructures critiques devient un défi majeur, alors que les drones ukrainiens semblent capables de frapper en profondeur.

À terme, cette escalade pourrait pousser les entreprises technologiques russes à disperser leurs serveurs, à renforcer leurs défenses antiaériennes ou à délocaliser certaines opérations. Mais elle pose aussi une question plus large : celle de la vulnérabilité des infrastructures numériques dans les conflits modernes, où le cloud et l'IA sont devenus des outils aussi stratégiques que l'énergie ou les transports. Une tendance qui pourrait inspirer d'autres acteurs étatiques ou non étatiques, et redéfinir les règles de la guerre économique et informationnelle.

Commentaires