Une mise en examen qui secoue le sport automobile argentin
La justice fédérale de La Plata a ébranlé le monde du sport automobile argentin à la mi-avril 2026 : Hugo Mazzacane, président de l'Association des Coureurs de Turismo Carretera (ACTC), et son fils Gastón, vice-président de l'instance et pilote actif dans la catégorie, ont été officiellement mis en examen et frappés par des mesures conservatoires d'une ampleur considérable. La décision a été rendue par le juge Alejo Ramos Padilla, du Tribunal fédéral n°1 de La Plata, sur la base des conclusions d'une enquête menée par la procureure fédérale Laura Roteta.
Le préjudice estimé pour l'État argentin dépasse les 3,96 milliards de pesos, accumulés sur une période de cinq années au moins, couvrant les exercices fiscaux 2021 à 2024. Les mesures conservatoires ordonnées par le magistrat sont particulièrement massives : plus de 100 véhicules, sept biens immobiliers et onze comptes bancaires appartenant aux mis en cause ont été saisis. Outre le père et le fils, trois autres personnes proches du groupe familial ont été impliquées dans la procédure, dont Juan Manuel Mazzacane, un autre fils du président de l'ACTC.
Un montage financier complexe autour d'un distributeur de bière
Quilmes Tolosa S.A., au cœur du dossier
L'enquête judiciaire a pour point de départ une dénonciation de l'Agence de Recouvrement et de Contrôle Douanier (ARCA), antenne de La Plata, qui avait relevé des incohérences fiscales significatives liées à plusieurs sociétés du groupe Mazzacane. Au cœur du dispositif figure Quilmes Tolosa S.A., une entreprise de distribution de bière implantée depuis des décennies dans la capitale de la province de Buenos Aires, et dont la famille Mazzacane est propriétaire.
Selon les accusations de la procureure Roteta, qui a reconstitué l'ensemble de la structure du groupe économique, les mis en cause auraient mis en place un mécanisme sophistiqué : ventes non enregistrées dans la comptabilité officielle, contournement des obligations fiscales, tenue d'une comptabilité parallèle et transferts de patrimoine entre sociétés liées. L'objectif présumé de ces opérations était double : réduire artificiellement la charge fiscale de l'entreprise et, sur le long terme, vider progressivement le patrimoine de la société principale pour rendre plus difficile tout recouvrement par le fisc.
Une décennie de manœuvres présumées
Si les exercices fiscaux formellement visés couvrent la période 2021-2024, les enquêteurs estiment que le processus de « vidage patrimonial » aurait été engagé bien avant, sur une durée d'environ dix ans. Les perquisitions conduites dans les domiciles et les sièges sociaux du groupe ont permis de saisir des documents comptables et des liquidités qui ont alimenté le dossier à charge.
Les Mazzacane, figures centrales du sport automobile argentin
Hugo Mazzacane, à la tête de l'ACTC depuis 2013
Le Turismo Carretera est considéré comme la catégorie de sport automobile la plus ancienne du monde en activité continue. Hugo Mazzacane en dirige l'association organisatrice, l'ACTC, depuis 2013, date à laquelle il a succédé à Oscar Aventin. Son emprise sur cette institution emblématique du sport populaire argentin est donc totale depuis plus d'une décennie.
Son fils Gastón, 50 ans, cumule les casquettes : vice-président de l'ACTC et pilote en activité au volant d'une Chevrolet Camaro en Turismo Carretera. Sa carrière sportive est loin d'être anodine : avant que Franco Colapinto ne rejoigne la Formule 1, Gastón Mazzacane était le dernier pilote argentin à y avoir participé, ayant disputé 21 Grands Prix pour les écuries Prost et Minardi entre 2000 et 2001.
Des antécédents judiciaires déjà présents
La mise en examen d'avril 2026 n'est pas le premier contact des Mazzacane avec la justice. Hugo Mazzacane avait déjà fait l'objet d'une enquête en 2018, dans une affaire de facturation fictive liée au milieu du sport automobile. Gastón, de son côté, fait face à une plainte distincte pour agression sexuelle. Cette accumulation de procédures judiciaires dessine un tableau préoccupant autour des dirigeants de l'une des institutions sportives les plus suivies d'Argentine.
Malgré l'avancée de la procédure pénale, aucune des deux figures n'a, à ce stade, quitté ses fonctions au sein de l'ACTC, ce qui suscite un débat dans le milieu sportif argentin sur la gouvernance de la catégorie.
Quelles conséquences pour la gouvernance du Turismo Carretera ?
L'affaire Mazzacane soulève des questions bien au-delà du cadre judiciaire. Elle interroge la capacité des institutions sportives argentines à s'autoréguler face à des conflits d'intérêts patents entre pouvoir sportif et intérêts économiques privés. Le fait que le président et le vice-président d'une fédération nationale puissent continuer à exercer leurs fonctions tout en étant mis en examen pour fraude fiscale massive met en lumière l'absence de mécanismes de suspension automatique dans ce type de structure.
La procédure est désormais entre les mains de la justice fédérale, et les prochains mois seront décisifs pour déterminer si des sanctions sportives et institutionnelles accompagneront les poursuites pénales. L'image du Turismo Carretera, sport à forte identité nationale en Argentine, en sort indéniablement ternie, au moment où le sport automobile argentin cherchait à capitaliser sur l'engouement suscité par les performances de Franco Colapinto en Formule 1.
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