Trenitalia France : un an après, un bilan en demi-teinte sur le Paris-Marseille

Freccia Rossa high-speed train of the Italian national train operator, Trenitalia, is pictured at the central railway station in Milan on May 12,...

Trenitalia France souffle sa première bougie sur l'axe Paris-Marseille

Un an jour pour jour après l'arrivée de Trenitalia sur la ligne Paris-Marseille, l'opérateur italien dresse un bilan contrasté. Le 15 juin 2026, la compagnie annonce avoir transporté plus d'un million de voyageurs sur cette liaison depuis son lancement, le 15 juin 2025. Un chiffre que Fabrice Toledano, directeur marketing et commercial de Trenitalia France, qualifie de « belle performance » sur France Inter.

Sur les quatre allers-retours quotidiens proposés – qui desservent également Lyon, Avignon et Aix-en-Provence –, le taux de remplissage oscille entre 50 % en période creuse et 80 % en période de pointe. Une fourchette qui révèle une saisonnalité marquée, contrairement à la liaison Paris-Milan, qui affiche un taux de remplissage de 80 % tout au long de l'année.

« C'est la première année, donc c'est plutôt rassurant, c'est une région sur laquelle on n'opérait pas, donc on n'était pas connu. Il y a une progression qui prend au fur et à mesure », tempère Fabrice Toledano. La compagnie met en avant une montée en puissance progressive, portée par une offre de voyage durable et concurrentielle.

Un démarrage encourageant mais des fragilités structurelles

Une clientèle professionnelle qui se fait attendre

Malgré ces premiers résultats, Patricia Pérennes, économiste spécialiste du transport ferroviaire, relativise cette performance : « 50 % dans un monde où la SNCF a un taux de remplissage bien supérieur, ce n'est quand même pas énorme. » Selon elle, l'écart entre les périodes creuses et les pointes révèle une absence notable : celle de la clientèle professionnelle, pourtant présente toute l'année sur les liaisons concurrentes.

Cette clientèle, plus fidèle et moins sensible aux variations saisonnières, est essentielle pour assurer un taux de remplissage stable et, in fine, la rentabilité de l'opérateur. À long terme, si ce déficit perdure, la question de la viabilité économique du service se posera avec acuité.

Des avantages temporaires qui pèsent sur les comptes

Autre point d'attention : la ristourne accordée à Trenitalia sur les péages ferroviaires versés à SNCF Réseau. Cette réduction, prévue par la loi pour faciliter l'arrivée de nouveaux entrants, est limitée à une durée de trois ans maximum. Passé ce délai, la compagnie italienne devra s'acquitter de tarifs plus élevés, ce qui pourrait grever ses marges si le taux de remplissage n'a pas significativement augmenté d'ici là.

Des leviers pour doper la fréquentation et la visibilité

L'enjeu de la vente sur SNCF Connect

Pour gagner en visibilité et attirer davantage de passagers, Trenitalia réclame, avec les autres concurrents de la SNCF, la possibilité de vendre ses billets sur la plateforme SNCF Connect. Une mesure en ce sens a déjà été adoptée par le Sénat en avril dernier, mais elle n'a pas encore été examinée par l'Assemblée nationale. Si elle aboutit, elle pourrait offrir un coup de pouce significatif à la compagnie italienne en lui ouvrant l'accès à une base de clients beaucoup plus large.

L'intégration aux Pass Interrail et Eurail

Autre avancée notable, annoncée quelques jours avant ce premier anniversaire : Trenitalia France ouvre ses Frecciarossa aux détenteurs des Pass Interrail et Eurail. Depuis le 12 juin 2026, les voyageurs européens et internationaux peuvent inclure les liaisons de l'opérateur italien dans leurs itinéraires, avec une réservation de siège obligatoire (10 euros pour les trajets domestiques, 13 euros pour les internationaux).

Ce partenariat stratégique, salué par Marco Caposciutti, président de Trenitalia France, comme « un levier stratégique dans notre développement », vise à séduire une clientèle jeune, connectée et en quête d'expériences de voyage durables. Il diversifie les canaux d'acquisition de la compagnie et renforce sa présence sur le marché européen.

Perspectives : une concurrence ferroviaire qui s'intensifie

L'arrivée de Trenitalia en France s'inscrit dans une dynamique plus large d'ouverture à la concurrence du rail, encouragée par l'Union européenne. Sur les lignes à grande vitesse, les passagers commencent à bénéficier d'une offre plus diversifiée et de prix parfois plus attractifs. Mais cette émulation a aussi ses limites : la rentabilité des nouveaux entrants reste fragile, surtout lorsqu'ils doivent composer avec un réseau et des péages conçus pour un opérateur historique dominant.

À l'heure où la SNCF riposte en lançant ses propres TGV low-cost en Italie, la bataille ferroviaire franco-italienne ne fait que commencer. Le succès à long terme de Trenitalia dépendra de sa capacité à fidéliser une clientèle régulière, à optimiser ses coûts et à gagner en visibilité – notamment via les plateformes de vente grand public.

Dans un contexte où le train est plébiscité comme alternative à l'avion pour des raisons écologiques, l'enjeu dépasse la simple concurrence commerciale. Il s'agit aussi de proposer une offre de transport plus durable et accessible, un objectif que Trenitalia France entend bien poursuivre.

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