Pogacar débarque en Suisse romande pour la première fois depuis des années
Le compte à rebours est lancé. Dans moins d'une semaine, le 28 avril 2026, la 79e édition du Tour de Romandie donnera le coup d'envoi depuis Villars-sur-Glâne avec un prologue de 3,2 kilomètres. Et pour la première fois depuis très longtemps, Tadej Pogacar sera sur la ligne de départ.
La dernière apparition du Slovène sur une course en Suisse avec son équipe UAE Team Emirates remontait au Grand Prix de Lugano en juin 2019 — il avait terminé septième. Pour trouver une participation en Romandie, il faut même remonter à ses années juniors, lors du Tour du Pays de Vaud, il y a près de dix ans. Cette édition 2026 marque donc son grand retour, et le quadruple vainqueur du Tour de France entend bien ne pas faire de la figuration.
Ce Tour de Romandie constitue également sa première course par étapes de la saison 2026, avant d'aborder le Giro d'Italia. Une mise en jambes de luxe, donc, sur des routes qui lui semblent taillées sur mesure.
Un plateau de stars et des favoris de haut vol
Si Pogacar est l'attraction principale, il ne sera pas seul à se disputer la victoire finale. L'équipe Red Bull-BORA-Hansgrohe aligne un trio redoutable avec Primoz Roglic — déjà vainqueur de l'épreuve par le passé —, Florian Lipowitz, troisième du dernier Tour de France, et Daniel Martínez. L'équipe Bahrain-Victorious mise sur Antonio Tiberi et Lenny Martínez, ce dernier ayant porté le maillot jaune lors de l'édition 2025 avant d'être détrôné dans les derniers instants par João Almeida. INEOS Grenadiers, de son côté, s'appuie sur Oscar Onley, tandis que Soudal-Quick-Step fait confiance à Valentin Paret-Peintre.
Le plateau reflète l'attractivité croissante de l'épreuve, considérée comme l'une des sept grandes courses par étapes en dehors des Grands Tours.
Un parcours innovant pensé pour le spectacle
Pas de contre-la-montre, un dénivelé record
L'édition 2026 se distingue par un choix fort du directeur technique Pascal Bärtschi : l'absence de contre-la-montre classique. La seule épreuve individuelle sera le prologue inaugural. Une configuration inédite depuis 1988. En contrepartie, les coureurs devront avaler pas moins de 14 266 mètres de dénivelé positif sur l'ensemble de la semaine, avec un minimum de 1 985 mètres de D+ par étape à partir du mercredi.
La triple ascension du col du Jaun, la trouvaille de l'édition
L'étape reine est programmée le samedi 2 mai entre Broc et Charmey (149,6 km, 3 175 m de dénivelé). Sa particularité ? Le col du Jaun y sera escaladé trois fois, par trois versants différents : depuis Charmey, depuis Garstatt et enfin depuis Reidenbach. Un enchaînement totalement inédit dans l'histoire récente du Tour de Romandie.
Cette trouvaille est le fruit d'une véritable quête familiale. Bernard Bärtschi, le père de Pascal et son prédécesseur à la direction technique, avait longtemps rêvé d'un tel parcours dans la région de Charmey sans jamais trouver l'itinéraire adéquat. C'est son fils qui a résolu le casse-tête en découvrant, lors d'un retour de vacances, une troisième route permettant d'atteindre le sommet depuis Garstatt. La route, étroite mais en excellent état, s'est révélée praticable pour un peloton professionnel.
Les autres étapes ne manqueront pas d'intérêt non plus : la première, autour de Martigny, intègre la montée d'Ovronnaz placée à une trentaine de kilomètres de l'arrivée ; la troisième, autour d'Orbe, met en valeur le Col du Mollendruz ; et la finale, de Lucens à Leysin (178,2 km), promet un dénouement spectaculaire.
Comment les organisateurs ont convaincu Pogacar de venir
La présence de Tadej Pogacar n'est pas le fruit du hasard. Richard Chassot, directeur du Tour de Romandie et artisan de la course depuis vingt ans, a longtemps courtisé le champion slovène. C'est en 2025 que les choses se sont accélérées. Pogacar avait assisté, en tant que spectateur, à l'étape de la Grande Béroche lors de l'édition féminine, invité par un sponsor horloger. Il aurait alors confié à son directeur sportif Mauro Gianetti, ancien coéquipier de Chassot dans le peloton : « C'est une belle course et il faudrait quand même que je la gagne. » Quelques mois plus tard, lors d'une réunion WorldTour en décembre, Gianetti confirmait à Chassot que la participation était très probable. L'annonce officielle a suivi peu après.
Depuis, l'engouement autour de l'événement a atteint des niveaux inédits. Richard Chassot raconte que même son carrossier lui a demandé de faire signer un vélo par le champion, et que des boulangeries valaisannes ont cherché à savoir où il logerait pour lui offrir des présents. Un engouement qui illustre l'impact considérable du Slovène sur la popularité du cyclisme.
Une édition qui dépasse les frontières du cyclisme suisse
Au-delà du sport, cette 79e édition du Tour de Romandie symbolise une tendance de fond dans le cyclisme mondial : la capacité des grandes courses par étapes hors Grand Tour à attirer les champions de premier plan lorsque le parcours et le contexte s'y prêtent. Avec un profil pensé pour les purs grimpeurs-attaquants, une absence de chrono qui favorise les duels en côte et un plateau de très haut niveau, Romandie 2026 s'impose comme un rendez-vous incontournable du calendrier UCI.
Pour Pogacar, l'enjeu dépasse la simple victoire d'étape. Remporter le général serait une façon d'arriver au Giro d'Italia dans la meilleure forme possible, tout en prouvant — si besoin était encore — qu'il domine le cyclisme mondial de bout en bout. Ses adversaires, eux, auront à cœur de lui rappeler que la Suisse romande peut aussi réserver des surprises.
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