Tadej Pogacar, maître incontesté du Tour de France 2026
Alors que le Tour de France 2026 aborde sa deuxième semaine, une question hante le peloton et les suiveurs : Tadej Pogacar est-il en train de tuer le suspense ? Le Slovène, quadruple vainqueur de la Grande Boucle, s’est imposé comme le nouveau « patron » du peloton, un titre informel qui n’avait pas été porté depuis les ères Eddy Merckx ou Lance Armstrong. Avec trois victoires d’étape déjà glanées par lui-même ou son coéquipier Isaac del Toro, et le maillot jaune solidement accroché à ses épaules, Pogacar et son équipe UAE Team Emirates XRG verrouillent la course.
Cette domination, si elle impressionne, suscite des critiques grandissantes. En France, le quotidien L’Équipe s’interrogeait ouvertement : « Est-ce que Pogacar tue le cyclisme ? » En cause, la stratégie de son équipe qui, lors de la 9e étape, a maintenu une chasse impitoyable sur une échappée pourtant promise à la victoire, ne relâchant la pression qu’au prix d’une dépense d’énergie démesurée. L’ancien coureur Thomas Dekker, sur le podcast Live Slow, Ride Fast, a déploré cette mainmise : « Ils s’en sortent encore une fois. »
Le record du Tourmalet et les doutes sur l’équité
La performance qui cristallise les interrogations reste l’ascension record du Col du Tourmalet. Pogacar y a pulvérisé le temps de référence, un exploit qui, dans le sillage de l’ère Armstrong, ravive le scepticisme. Si le peloton et une partie de la presse française affichent moins d’hostilité ouverte qu’à l’époque de Lance, l’incrédulité monte sur les bords de route. Les directeurs sportifs rivaux, interrogés par The Guardian, peinent à masquer leur résignation : courir contre le Slovène par 40 °C devient un défi quasi insurmontable.
Pourtant, plusieurs observateurs notent que Pogacar et son équipe bénéficient d’un a priori favorable que n’avaient pas Jumbo-Visma en 2022 ou Team Sky à l’époque de Froome. Là où les « cannibales » d’hier étaient critiqués pour leur mansuétude supposée de l’UCI, les Émiratis semblent naviguer sans encombre les controverses. « Ils s’en sortent encore une fois », répète Dekker, pointant une forme de mansuétude arbitrale et médiatique.
Bastille Day et revanche dans le Massif Central
Le 14 juillet 2026, jour de la fête nationale française, offre à Pogacar une occasion parfaite de répondre sur le vélo. La 10e étape, dans le Massif central, est un piège tendu par les organisateurs : 3 800 mètres de dénivelé, des pentes courtes mais raides, et un final à Le Lioran. Ce lieu a value à Pogacar l’une de ses rares déconvenues en 2024, lorsque Jonas Vingegaard, alors en convalescence, l’avait battu au sprint. Le Slovène a probablement « des comptes à régler », selon les mots du directeur de course Christian Prudhomme.
La configuration inédite de l’étape – pas de col alpin ou pyrénéen, mais une succession de montées explosives – pourrait rebattre les cartes pour le podium, où sept coureurs sont groupés en 90 secondes. Mais arrêtera-t-elle Pogacar ? Rien n’est moins sûr. « Si j’avais su que c’était si dur, j’aurais attaqué », avait lancé Andy Schleck en 2010 après une étape similaire. En 2026, c’est Pogacar qui pourrait prononcer la même phrase… dans l’autre sens.
Chaleur extrême et refonte du calendrier : Pogacar en lanceur d’alerte
Au-delà de la seule compétition, Pogacar a pris une position courageuse sur un sujet brûlant – au sens propre. Le 13 juillet, après l’abrègement de la 9e étape en raison d’une alerte rouge canicule (températures dépassant 40 °C), le Slovène a appelé à « changer tout le calendrier » pour ne plus courir en juillet et août dans des zones chaudes. C’est la première fois de l’histoire du Tour qu’une étape est raccourcie pour cause de chaleur extrême, un signe des temps.
« Si j’avais le pouvoir, je changerais tout le calendrier et ne courrais pas en juillet et août dans les endroits chauds », a-t-il déclaré, proposant des départs dès 8 h du matin, voire 5 h pour éviter le pic de chaleur. Ses propos font écho à une canicule européenne meurtrière, qui a causé plus de 10 000 décès excédentaires en juin. Cette prise de parole, inhabituelle pour un champion souvent réservé, dépasse le cadre sportif et rejoint les préoccupations sanitaires et politiques actuelles.
Hégémonie d’un homme et santé d’une discipline
Le cyclisme vit un paradoxe : jamais un coureur n’a paru aussi fort, jamais les menaces sur son spectacle n’ont été aussi vives. L’hégémonie de Pogacar, comparée à celle de Merckx ou Armstrong, pose la question de l’équilibre compétitif. Certains estiment que sa domination tue le suspense ; d’autres, comme ses coéquipiers, qu’elle est le fruit d’un travail d’équipe sans faille.
En arrière-plan, la canicule et les appels à la réforme du calendrier ébranlent les certitudes de l’organisation. Le Tour de France, événement estival par excellence, devra-t-il muter ? La question est désormais ouverte. En attendant, Tadej Pogacar continue d’écrire l’histoire, entre admiration et controverse, sur les routes d’un Tour qu’il domine… peut-être un peu trop.
Alors que les festivités du 14 juillet s’apprêtent à illuminer le ciel français, certains villages, comme le rapporte un article sur les annulations de feux d’artifice, doivent composer avec des contraintes logistiques. Mais sur la route du Tour, c’est bien le feu d’artifice permanent de Pogacar qui captive et divise.
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