Thomann contre-attaque : un procès historique contre Fender
Le 22 juin 2026, un séisme a frappé l’industrie musicale : Thomann, le plus grand détaillant d’instruments de musique au monde, a intenté une action en justice contre Fender. L’entreprise allemande, fondée la même année que la Stratocaster (1954), ne se contente pas de répondre aux lettres de cessation (cease-and-desist) que Fender a multipliées depuis mai 2026 ; elle passe à l’offensive pour défendre sa propre marque Harley Benton et, selon ses termes, « l’ensemble de la profession ».
Dans un communiqué officiel, le CEO Hans Thomann a déclaré : « Beaucoup de ceux qui sont touchés n’ont pas les moyens financiers et juridiques de mener une telle procédure. Nous considérons donc qu’il est de notre responsabilité de faire clarifier cette affaire devant les tribunaux, non seulement pour notre entreprise, mais pour toutes les parties impliquées. » Cette décision a été saluée par de nombreux artisans et luthiers qui, jusqu’ici, faisaient face seuls à l’offensive juridique de l’américain.
Contexte : la guerre des S-style et le jugement par défaut
L’origine du conflit
Tout commence en décembre 2025, lorsque le tribunal régional de Düsseldorf rend un jugement par défaut contre un vendeur chinois sur AliExpress, qui commercialisait des copies quasi identiques de la guitare emblématique. Le vendeur ne s’étant pas présenté, le tribunal a reconnu que la forme du corps de la Stratocaster constituait une œuvre d’art appliqué protégée par le droit d’auteur.
Fort de ce jugement, Fender a lancé, à partir de mai 2026, une campagne de lettres de cessation via le cabinet d’avocats Bird & Bird. Ces lettres exigeaient l’arrêt de la production, le rappel des modèles vendus, et la transmission des données clients. Parmi les destinataires : PRS, LsL Instruments, Tom Anderson, Suhr, Maybach, FGN… et Harley Benton, la marque économique de Thomann.
L’escalade
Face à l’ampleur de la réaction, le PDG de Fender, Edward « Bud » Cole, a tenté de calmer le jeu à la mi-juin, affirmant que la société ne poursuivait personne, mais « contactait simplement quelques entreprises ». Mais la pression montait sur les réseaux sociaux et dans les forums de guitare, tandis que Ron Bienstock déposait une réponse formelle cinglante et que la communauté récoltait plus de 51 000 dollars pour soutenir la défense de LsL. L’annonce du procès de Thomann a totalement changé la donne.
Implications : un procès pour l’avenir de la lutherie
Un précédent juridique majeur
Le cœur du litige est la validité du jugement par défaut de Düsseldorf. Les avocats de Thomann devraient argumenter que ce jugement, rendu sans débat contradictoire, ne peut servir de base à une offensive massive contre des acteurs historiques du marché. La question centrale est : la forme d’une guitare électrique peut-elle être monopolisée par le droit d’auteur, au-delà du droit des marques ? Si Thomann gagne, ce serait un coup d’arrêt pour toute tentative de privatisation des formes classiques.
Une coalition inédite
Thomann ne combat pas seul. Sa déclaration cite explicitement les marques qu’il entend protéger : Tyler, Tom Anderson, Suhr, LsL, Maybach, Pensa, FGN et PRS. Derrière ces noms, c’est tout un écosystème de luthiers indépendants et de « custom shop » qui retient son souffle. Leur modèle économique repose souvent sur des variations du design S-style, que Fender n’a jamais revendiqué de manière aussi agressive depuis des décennies.
Comme le dit le guitariste et youtubeur influent Johny Miller (LsL) : « L’unité prévaut toujours. » Et elle s’est matérialisée. Ce procès dépasse le simple conflit commercial : il pose la question de l’innovation, de la diversité et de la concurrence dans une industrie où quelques formes iconiques dominent depuis 70 ans.
Perspectives : et maintenant ?
Un combat à plusieurs millions
L’enjeu financier est colossal. Si Fender parvenait à imposer ses droits d’auteur sur la forme de la Stratocaster, des centaines de modèles, des plus économiques aux plus haut de gamme, devraient être retirés du marché ou modifiés. Pour les petits luthiers, ce serait une catastrophe. Thomann, avec son poids, peut financer une procédure qui pourrait durer des années et atteindre des millions d’euros de frais juridiques.
L’impact sur la relation Fender-Thomann
Les deux entreprises étaient partenaires depuis plus de 70 ans. Thomann vendait Fender dans son catalogue. Aujourd’hui, cette relation est rompue. « Cela nous a surpris et déçus », a confié Hans Thomann. La question se pose : les guitaristes pourront-ils encore acheter des Fender chez Thomann ? Rien n’est moins sûr. L’affaire pourrait aussi inciter d’autres distributeurs à revoir leurs partenariats avec la marque américaine.
Un précédent pour d’autres industries ?
Au-delà de la musique, cette affaire est suivie de près par les secteurs du design, de la mode et de l’ameublement. Peut-on breveter une forme emblématique après 70 ans d’existence ? La décision du tribunal allemand – ou d’une éventuelle cour d’appel – fera jurisprudence en Europe et aux États-Unis. Pour l’instant, le camp Thomann semble avoir l’avantage moral et stratégique. Mais la partie juridique ne fait que commencer.
En attendant, les guitaristes continuent de jouer, et les S-style n’ont jamais été aussi populaires. L’ironie de l’histoire veut que ce procès, en attirant l’attention médiatique, pourrait bien transformer la Stratocaster en symbole de liberté créative… ou de propriété intellectuelle verrouillée.
Note : Cet article a été rédigé à partir des informations disponibles au 24 juin 2026. Il fera l’objet de mises à jour en fonction des développements judiciaires.
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