Stève Stievenart, premier nageur à boucler la Triple Couronne du bout du monde en traversant le Rio de la Plata

Stève Stievenart devient le premier nageur à boucler la "Triple couronne du bout du monde" (-)

Une traversée historique entre Uruguay et Argentine

Le dimanche 19 avril 2026 restera gravé dans l'histoire de la nage en eau libre. Stève Stievenart, nageur de l'extrême originaire du Nord de la France, est devenu le premier homme au monde à boucler la Triple Couronne du bout du monde, un triptyque de traversées parmi les plus redoutables de la planète. L'exploit final : relier l'Uruguay à l'Argentine à la nage, en traversant le Rio de la Plata sur environ 43 kilomètres.

Le chrono final s'affiche à 17 heures, 59 minutes et 33 secondes — une performance réalisée dans des conditions particulièrement hostiles. « J'ai eu des vagues et du vent tout le temps, pas un moment d'accalmie… Le Rio de la Plata, ça se mérite », a confié le nageur à l'issue de l'épreuve. « C'était une journée éprouvante. Je dédie ce moment à mes enfants, je pense très fort à eux. Je suis super content parce que je suis le premier nageur à le faire, c'est une double satisfaction. »

Des conditions extrêmes jusqu'au bout

Le Rio de la Plata est loin d'être un fleuve tranquille. Situé au point de rencontre entre l'Océan Atlantique et l'Océan Pacifique, il se caractérise par des courants puissants et des températures d'eau pouvant descendre à seulement 8 degrés Celsius. Pour Stievenart, surnommé « Le Phoque », résister à ces conditions relevait autant de la préparation physique que d'un mode de vie entièrement pensé pour l'endurance au froid.

La Triple Couronne du bout du monde : trois étapes au bout de l'effort

La Triple Couronne du bout du monde regroupe trois traversées mythiques situées à l'extrémité sud du continent américain. Stève Stievenart avait déjà franchi les deux premières étapes dans les semaines précédant son exploit final.

Le détroit de Beagle, frontière naturelle entre l'Argentine et le Chili, constituait le premier volet du défi. Puis, le 11 avril 2026, le Nordiste était devenu le premier Français à traverser le détroit de Magellan, au sud du Chili, en Patagonie, en 1 heure, 50 minutes et 2 secondes. Une performance déjà remarquable, réalisée dans ce que le nageur lui-même décrivait comme « une vraie machine à laver » : deux océans qui se percutent, des courants contradictoires, des nausées à répétition.

Une semaine plus tard, la troisième et dernière étape du Rio de la Plata venait couronner l'ensemble, faisant de Stievenart non seulement le premier Français à réaliser une telle performance dans les eaux sud-américaines, mais surtout le premier être humain à compléter les trois étapes de ce défi.

Qui est « Le Phoque » ?

À 48 ans, Stève Stievenart traîne déjà un palmarès hors normes. Son surnom — « Le Phoque » — ne lui a pas été attribué par hasard. Le nageur s'est littéralement transformé physiquement au fil des années, adoptant un régime alimentaire composé quasi exclusivement de poissons gras pour augmenter sa résistance au froid, ne prenant que des douches froides et s'entraînant régulièrement au milieu des méduses pour s'habituer à leurs piqûres.

Parmi ses exploits passés figurent notamment un aller-retour de la Manche (soit 105 km en 34h45), des traversées du Lac Léman et du Loch Ness, ou encore, en 2024, une plongée historique d'un kilomètre dans les eaux glaciales de l'Antarctique. En 2025 et 2026, il avait enchaîné des défis tout aussi vertigineux : le détroit de Cook en Nouvelle-Zélande, le Bristol Channel en Grande-Bretagne, et cinq Ice Miles consécutifs dans les lacs glacés du Mont Fuji au Japon en seulement cinq jours.

Son profil rappelle d'ailleurs celui des grands champions d'endurance qui repoussent les limites du sport extrême — à l'image des performances suivies avec passion par les amateurs de défis physiques d'exception, comme ceux qui s'intéressent à Ironman Texas 2026 : Blummenfelt signe un doublé historique, une tragédie endeuille la course.

Ce que cet exploit change pour la nage en eau libre

Au-delà de la performance individuelle, la réussite de Stève Stievenart ouvre une nouvelle page dans l'histoire de la nage en eau libre mondiale. En bouclant la Triple Couronne du bout du monde, il crée un précédent : là où personne n'avait jamais posé de jalons, une référence existe désormais. D'autres nageurs pourraient à l'avenir tenter de reproduire ou d'améliorer ses temps sur chacune des trois étapes.

Cet exploit illustre également l'évolution du sport d'endurance extrême, discipline encore méconnue du grand public il y a une décennie et qui attire aujourd'hui une attention croissante. La nage en eau libre dépasse désormais largement le cadre des compétitions officielles pour s'ancrer dans une culture de l'exploration sportive, où l'humain s'impose face aux éléments les plus hostiles.

Pour Stievenart lui-même, l'aventure est loin d'être terminée. Des sources évoquent déjà son ambition de s'attaquer à de nouveaux horizons, l'Antarctique restant dans son viseur comme prochain terrain de jeu. « Le Phoque » semble encore loin d'avoir dit son dernier mot.

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