Sonny Rollins, légende du jazz et « saxophone colossus », est mort à 95 ans

Sonny Rollins, une légende du jazz, s'est éteint à 95 ans. REUTERS/Vincent West/File Photo

Le « saxophone colossus » s'est éteint

Sonny Rollins, l'un des derniers géants de l'âge d'or du jazz d'après-guerre, est décédé le lundi 25 mai 2026 à son domicile de Woodstock, New York. Il avait 95 ans. L'information a été confirmée par sa publiciste Terri Hinte et annoncée sur son site officiel. Le musicien souffrait depuis plusieurs années d'une fibrose pulmonaire.

Né Walter Theodore Rollins en 1930 à Harlem, il avait reçu le surnom de « Saxophone Colossus » pour sa stature imposante – près d'1,90 mètre – et la puissance de son jeu, capable de « souffler un trou dans un mur », comme l'écrivait le critique Stanley Crouch. Sa disparition marque la fin d'une époque : celle des pionniers du bebop et du hard bop, aux côtés de Charlie Parker, Miles Davis, Thelonious Monk ou John Coltrane.

Une carrière de plus de six décennies

Avec plus de 60 albums enregistrés de la fin des années 1940 jusqu'à sa retraite en 2014, Rollins a traversé les époques sans jamais cesser d'innover. Ses premières collaborations avec Bud Powell, Fats Navarro et Miles Davis ont posé les bases d'un style reconnaissable entre mille : un mélange de mélodies accrocheuses, de solos d'une inventivité débridée et une capacité à réinventer des standards populaires comme « The Surrey With the Fringe on Top ».

En 1956, il grave l'album fondateur Saxophone Colossus, qui contient le célèbre « St. Thomas », un calypso inspiré des racines antillaises de ses parents. Mais c'est peut-être son séjour de deux ans sur le pont Williamsburg, à New York, à la fin des années 1950, qui reste l'épisode le plus mythique de sa vie. Pour échapper à la pression et à une voisine enceinte, il allait s'isoler sur la passerelle piétonne, jouant 14 ou 15 heures par jour. « Ce qui m'a poussé à me retirer et à aller sur le pont, c'est ce que je pensais de mon propre jeu. Je n'étais pas satisfait », confiait-il en 2022 au Guardian. L'album The Bridge (1962), né de cette retraite, reste un chef-d'œuvre d'improvisation et de renouveau.

L'importance d'un génie mélodique

L'empreinte de Sonny Rollins sur le jazz est incommensurable. Il est considéré comme l'un des plus grands improvisateurs de l'histoire, au même titre que Louis Armstrong, selon le saxophoniste Branford Marsalis. Barack Obama, en lui remettant la National Medal of the Arts en 2011, déclara que Rollins lui avait inspiré « des risques que je n'aurais pas pris autrement ». Sa signature sonore se caractérise par un refus des clichés et des « licks » toutes faites, chaque performance étant une aventure unique, souvent construite autour de paraphrases mélodiques d'une liberté absolue.

Un héritage spirituel

Rollins était également un homme profondément spirituel. Dans un message publié au moment de l'annonce de son décès, une citation de 2009 a été reprise : « Je pense que lorsque la personne créatrice s'achève, elle continue dans l'existence suivante. Je suis quelqu'un qui croit que cette vie n'est pas le tout-et-un de tout. Une personne spirituelle ne ressent pas cela. »

Perspectives : une époque révolue mais une influence durable

Avec la mort de Sonny Rollins, le jazz perd l'un de ses tout derniers liens directs avec l'âge d'or du bebop et des clubs de Harlem. Il laisse derrière lui des centaines d'heures de musique enregistrée, des compositions devenues des standards – comme « Oleo », « Airegin » ou « Doxy » – et une école d'improvisation qui continue d'inspirer des musiciens du monde entier.

Son parcours, de l'enfant prodige de Harlem au légende mondiale récompensée par les plus hautes distinctions, illustre la quête permanente de perfection et d'authenticité qui anime les grands artistes. Alors que le monde du jazz pleure l'une de ses figures les plus lumineuses, son héritage, lui, reste immortel.

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