Le Sénat franchit un cap : SNCF Connect doit s'ouvrir à la concurrence
C'est un vote qui pourrait changer la donne pour des millions de voyageurs français. Après des débats animés, le Sénat a adopté l'article 9bis du projet de loi cadre sur le développement des transports, contraignant SNCF Connect — la plateforme de vente en ligne du groupe ferroviaire public — à proposer les billets des compagnies concurrentes, notamment Trenitalia et Renfe. Cette obligation entrera en vigueur à horizon 2028.
Jusqu'ici, SNCF Connect fonctionnait comme une vitrine quasi exclusivement dédiée aux offres du groupe SNCF, reléguant les alternatives à leurs propres canaux de distribution. Désormais, les voyageurs pourront, depuis une seule interface, comparer et acheter des billets auprès de l'ensemble des opérateurs ferroviaires actifs sur le territoire français. Une avancée jugée structurelle par les défenseurs de la concurrence dans le secteur des transports.
Trenitalia et Renfe, pionniers d'un marché encore émergent
Trenitalia, cinq ans de présence sur les rails français
Depuis 2021, Trenitalia, filiale du groupe ferroviaire public italien, fait circuler ses trains à grande vitesse entre Paris, Lyon, Marseille, Avignon, Chambéry et Aix-en-Provence. La compagnie propose également des correspondances au-delà des Alpes, vers Milan ou Turin, séduisant une clientèle sensible aux prix — souvent très compétitifs — et à la qualité de service. En cinq ans, Trenitalia s'est taillé une place réelle sur les grands axes français, même si sa part de marché reste modeste face au mastodonte SNCF.
L'actualité opérationnelle de Trenitalia ne se limite pas à la France : en Italie, la compagnie déploie en ce moment même des efforts logistiques notables. À Naples, par exemple, des trains métropolitains supplémentaires ont été programmés sur la Ligne 2 à l'occasion du match Napoli-Cremonese le 24 avril, avec 7 courses extraordinaires et 3 400 places supplémentaires, illustrant la capacité du groupe à s'adapter aux pics de demande locaux.
Renfe et Velvet, d'autres challengers en embuscade
L'opérateur espagnol Renfe est lui aussi présent sur le marché français, bien que dans une moindre mesure. Mais c'est peut-être l'émergence de Velvet qui symbolise le mieux l'accélération de la concurrence. Cette compagnie française a officiellement présenté ses nouvelles rames à grande vitesse le 23 avril 2026, avec des museaux vert foncé et une ambition claire : desservir dès 2028 les lignes de l'ouest de la France — Paris-Bordeaux, Paris-Nantes, Paris-Rennes ou encore Paris-Angers — en offrant 10 millions de places supplémentaires aux voyageurs. La baptême de sa première rame a eu lieu à La Rochelle, marquant une étape symbolique pour cette nouvelle venue.
Un secteur en pleine transformation, mais à petites enjambées
Des obstacles réels qui se lèvent progressivement
La concurrence ferroviaire en France progresse, mais les observateurs s'accordent à dire qu'elle avance prudemment. Les barrières à l'entrée restent nombreuses : accès aux sillons ferroviaires, coût des infrastructures, complexité réglementaire et, justement, visibilité commerciale sur les grandes plateformes de distribution. C'est précisément ce dernier verrou que le Sénat vient de s'attaquer en forçant l'ouverture de SNCF Connect.
Pendant longtemps, les concurrents de la SNCF ont dû se contenter de leurs propres applications et sites web pour atteindre les voyageurs, sans bénéficier du trafic massif généré par SNCF Connect. À partir de 2028, cette asymétrie sera en partie corrigée, ce qui devrait mécaniquement renforcer la visibilité — et potentiellement les ventes — de Trenitalia, Renfe et des futurs entrants comme Velvet.
Ce que ça change pour les voyageurs
Pour le grand public, l'enjeu est simple : plus de concurrence signifie, en théorie, plus de choix, des prix potentiellement plus bas et une qualité de service globalement tirée vers le haut. La politique tarifaire agressive de Trenitalia sur les axes Paris-Lyon ou Paris-Marseille en est déjà une illustration concrète. L'arrivée de Velvet sur les lignes de l'ouest, prévue pour 2028, pourrait reproduire cette dynamique dans des régions jusqu'ici moins exposées à la concurrence ferroviaire.
L'ouverture de SNCF Connect s'inscrit dans un mouvement de fond qui touche l'ensemble du secteur des transports en Europe, où la libéralisation du ferroviaire est engagée depuis plusieurs années sous l'impulsion des directives européennes. La France, longtemps considérée comme l'un des marchés les plus résistants à cette ouverture, semble désormais franchir une nouvelle étape.
Une recomposition durable du paysage ferroviaire français
Le vote du Sénat et la présentation des rames Velvet la même semaine ne sont sans doute pas un hasard de calendrier : ils traduisent une dynamique convergente, où les signaux réglementaires et industriels pointent tous dans la même direction. Le marché ferroviaire français, dominé pendant des décennies par un monopole de fait, entre dans une phase de recomposition profonde.
Pour la SNCF, l'enjeu est désormais de défendre sa position non plus par la seule force de son réseau de distribution, mais par la qualité intrinsèque de ses offres. Pour les nouveaux entrants, 2028 représente une échéance cruciale : celle où la bataille pour les voyageurs français se jouera, enfin, à armes plus égales.
Commentaires