SCAF : l'Allemagne et l'Espagne relancent un avion de 6e génération sans la France

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L'Allemagne et l'Espagne lancent Team Gen 6

Le paysage aéronautique militaire européen a basculé ce week-end. Selon des notes internes du ministère allemand de la Défense révélées par Politico et relayées par Opex360, Berlin plaide désormais ouvertement pour une coopération avec la Suède et l'Espagne afin de développer un nouvel avion de combat. Cette orientation fait suite à l'éclatement, en juin 2026, du volet piloté du Système de combat aérien du futur (SCAF), qui devait réunir la France, l'Allemagne et l'Espagne autour d'un New Generation Fighter (NGF).

Un divorce industriel consommé

La rupture entre Dassault Aviation et Airbus Defence & Space sur la répartition industrielle du NGF a précipité la fin du programme commun. Huit industriels allemands, emmenés par Airbus Defence & Space GmbH, ont aussitôt annoncé leur intention de mettre leurs compétences en commun au sein d'un consortium baptisé « Team Gen 6 », destiné à développer un chasseur de sixième génération. En Espagne, six entreprises ont signé une déclaration similaire sous l'égide de la filiale espagnole d'Airbus, laissant entendre qu'elles pourraient rejoindre cette initiative.

Trois options pour Berlin

Face à l'échec du SCAF, le ministère allemand de la Défense a étudié trois scénarios : faire cavalier seul avec la Team Gen 6, rejoindre le Global Combat Air Programme (GCAP) mené par le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon, ou se rapprocher de la Suède et de Saab. Selon les notes internes citées par Politico, l'évaluation ministérielle qualifie la création d'un nouveau partenariat germano-suédois-espagnol d'approche « plus avantageuse et prometteuse » que l'adhésion au GCAP. Cette évaluation ne constitue toutefois pas une décision gouvernementale définitive, et le ministre de la Défense Boris Pistorius ne l'a pas encore approuvée.

Le GCAP, une option complexe pour l'Allemagne

Début octobre, lors d'une visite officielle à Berlin, le Premier ministre britannique Andy Burnham a formellement proposé à l'Allemagne de rejoindre le GCAP. « C'est quelque chose que nous souhaitons faire avancer dans la période à venir », a-t-il déclaré, selon l'agence dpa. Les ministres de la Défense des deux pays ont été chargés d'examiner les modalités d'une éventuelle coopération.

Cependant, l'architecture industrielle du GCAP est déjà arrêtée autour du consortium Edgewing, ce qui compliquerait l'intégration de l'Allemagne. Les notes internes du ministère allemand de la Défense ne sont d'ailleurs « pas très chaudes » à l'idée de rejoindre ce programme, selon Politico. La préférence pour un partenariat avec la Suède et l'Espagne s'explique aussi par la volonté de conserver une certaine maîtrise industrielle et de ne pas se voir imposer un cadre déjà verrouillé par Londres, Rome et Tokyo.

Un précédent historique : la rupture de 1985

L'échec du SCAF rappelle un épisode douloureux de l'histoire aéronautique européenne. En 1985, l'Allemagne de l'Ouest négociait avec la France un avion de combat européen, aux côtés du Royaume-Uni, de l'Italie et de l'Espagne. Paris avait alors choisi de partir seul, donnant naissance au Rafale, tandis que les autres pays lançaient le programme Eurofighter Typhoon. Quarante et un ans plus tard, la France et l'Allemagne échouent pour la deuxième fois à concevoir ensemble un avion de chasse. Comme le souligne L'Essentiel de l'Éco, si Berlin rejoignait Londres et Rome, la ligne de partage tracée en 1985 se prolongerait d'une génération d'avions à la suivante, isolant un peu plus Paris.

Le parallèle a ses limites : l'abandon du NGF ne signifie pas la fin de toutes les technologies réunies sous l'étiquette SCAF, dont certaines pourraient survivre sous d'autres formes. Le Japon, partenaire du GCAP, était absent des négociations de 1985, ce qui modifie l'équation géopolitique. Mais pour la Luftwaffe, la conséquence immédiate est claire : ses Eurofighter Typhoon perdent leur successeur désigné, et Berlin doit désormais faire durer et moderniser l'appareil en attendant de choisir un nouveau programme.

La Suède, pièce maîtresse d'une alternative européenne

L'intérêt de l'Allemagne pour la Suède et Saab n'est pas anodin. Stockholm dispose d'une base industrielle aéronautique autonome, incarnée par le Gripen, et d'une expertise reconnue dans les avions de combat légers et économiques. Pour Berlin, s'associer à Saab offrirait une alternative crédible aux projets français et britanniques, avec un appareil potentiellement plus compact et moins coûteux que le NGF ou le GCAP. La Suède, de son côté, pourrait voir dans ce partenariat une occasion de peser davantage sur l'avenir de l'aviation de combat européenne, tout en conservant une certaine indépendance vis-à-vis des grands consortiums.

Cette configuration germano-suédoise-espagnole reste toutefois à formaliser. Les industriels espagnols, déjà impliqués dans la Team Gen 6 aux côtés d'Airbus, pourraient servir de pont entre les différentes initiatives. Mais la question de la répartition industrielle, qui a précisément fait échouer le SCAF, demeure un écueil majeur. Les négociations à venir devront clarifier le leadership et le partage des charges entre Berlin, Madrid et Stockholm.

La France lance l'ACF en solo

Contrairement à l'Allemagne, la France n'a pas attendu pour réagir. Paris s'apprête à lancer le programme ACF (Avion de combat du futur) sans chercher forcément à nouer des coopérations « structurelles » avec d'autres partenaires, selon Opex360. Cette décision marque un tournant : après des décennies de coopération européenne, la France choisit de développer seule son futur avion de combat, prolongeant ainsi la logique qui avait conduit au Rafale en 1985.

Ce choix présente des risques et des opportunités. Il garantit à Paris une maîtrise complète du programme et de ses technologies, mais il pourrait isoler la France sur le plan industriel et politique, alors que ses partenaires traditionnels se tournent vers d'autres alliances. Le Rafale, dont les exportations ont connu un succès notable ces dernières années, devra assurer la transition en attendant l'ACF. La question de la crédibilité européenne de la France, déjà éprouvée par les critiques sur sa position dans le dossier du SCAF, pourrait se poser avec acuité.

Une recomposition géopolitique en cours

Au-delà du dossier européen, l'actualité de l'aviation de combat est marquée par d'autres évolutions stratégiques. Selon un rapport de l'US Air Force transmis au Congrès et relayé par Meta-Defense, Washington envisage de confier des missions air-air à ses bombardiers, notamment au B-21 Raider, pour faire face à la montée en puissance de la Chine. Cette option, inhabituelle pour une armée attachée à la spécialisation de ses appareils, témoigne de la perte d'initiative américaine dans le Pacifique occidental et de la difficulté à disposer de chasseurs combinant autonomie, furtivité et capacités de commandement.

Dans ce contexte, la désunion européenne sur le SCAF apparaît d'autant plus préoccupante. Alors que Pékin accélère la production d'avions de combat à grande allonge et que Washington réorganise sa flotte, l'Europe peine à s'accorder sur un programme commun. La perspective d'un partage entre un ACF français, un GCAP élargi et un avion germano-suédois-espagnol fait craindre une fragmentation des efforts et une perte d'efficacité industrielle.

Les prochaines semaines seront décisives. Berlin doit trancher entre les trois options, et la formalisation du partenariat avec la Suède et l'Espagne n'est pas acquise. La France, de son côté, devra préciser le calendrier et le financement de l'ACF. Une chose est sûre : l'échec du SCAF marque la fin d'une certaine idée de l'autonomie militaire européenne et ouvre une période d'incertitude pour l'industrie aéronautique du continent.

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