Sanctions contre la Russie : l'UE reconduit in extremis, mais épargne deux oligarques

Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, annonce de nouvelles sanctions contre la Russie, à Washington, le 22 octobre 2025.

L'UE sauve ses sanctions à l'arraché

L'Union européenne a finalement reconduit, mardi 22 septembre, ses sanctions contre la Russie, évitant de justesse un scénario catastrophe où l'ensemble du régime aurait expiré faute d'accord avant minuit. Les Vingt-Sept ont trouvé un compromis in extremis, mais au prix de concessions qui ont fait vivement réagir Kyiv.

Deux oligarques russes très en vue, Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman, ont été retirés de la liste noire européenne. Selon plusieurs diplomates cités par Euronews et RFI, la France a ardemment plaidé pour le retrait d'Ousmanov, dans le cadre d'un accord visant la libération de ressortissants français détenus en Azerbaïdjan. Le Luxembourg a conditionné son accord au retrait de Fridman, qui réclame 16 milliards de dollars d'indemnisation pour le gel de ses avoirs.

La Lettonie, qui s'opposait fermement à tout assouplissement, a fini par céder mardi après-midi en optant pour une abstention constructive, permettant d'atteindre l'unanimité requise. En contrepartie, l'UE a décidé de prolonger ses sanctions individuelles pour une durée inédite de 36 mois, contre six mois auparavant, afin de limiter les risques de veto surprises à l'avenir.

Un psychodrame européen

Ce compromis a été arraché après deux semaines de négociations tendues qui ont poussé le régime de sanctions au bord de l'implosion. La présidence irlandaise tournante de l'UE a évoqué un « compromis difficile », reconnaissant que « certaines personnes » avaient été radiées de la liste. Plus de 2 600 personnes, organisations et entités restent visées, dont le président Vladimir Poutine.

La colère de Kyiv

La décision a provoqué une réaction furieuse de l'Ukraine. Le ministre des Affaires étrangères, Andriy Sybiga, a qualifié le retrait des deux oligarques de « honteuse et injustifiable », accusant Moscou de se réjouir d'avoir obtenu « un sentiment d'impunité, l'humiliation de l'UE et la division entre les Européens ». Il a exhorté les États membres à imposer des sanctions nationales à ces deux individus.

Le président Volodymyr Zelensky avait publiquement appelé le bloc à maintenir Ousmanov et Fridman sur la liste noire, remerciant la Lettonie pour son opposition. « Le monde n'a pas besoin d'une levée politique des sanctions, mais d'une reconduction rapide et inconditionnelle des sanctions individuelles », a-t-il martelé à la veille du dénouement.

Un signal d'affaiblissement

Au-delà de la symbolique, cet épisode révèle les fragilités de l'unanimité européenne. En cédant aux exigences françaises et luxembourgeoises, l'UE envoie un message ambigu à Moscou, alors que la guerre en Ukraine entre dans son 1 672e jour. La durée exceptionnelle de 36 mois vise à protéger le régime des caprices diplomatiques, mais elle ne masque pas les divisions profondes entre États membres sur la fermeté à adopter.

Trump optimiste, Zelensky prêt à des concessions

En marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, Volodymyr Zelensky a rencontré Donald Trump mardi. Le président ukrainien a qualifié l'échange de « positif et productif », affirmant que Washington et Kyiv partageaient l'objectif d'un arrêt du conflit « avant l'hiver ». Il s'est dit prêt à suspendre les frappes sur les sites énergétiques russes si Moscou fait de même, évoquant un possible « moratoire énergétique ».

Cette ouverture intervient dans un contexte où l'UE tente de maintenir son unité, tandis que les États-Unis affichent une volonté de désescalade. Le retrait d'Ousmanov et Fridman pourrait toutefois compliquer les efforts de Kyiv pour maintenir la pression sur l'élite russe.

Quelles conséquences durables ?

La prolongation des sanctions pour trois ans constitue une victoire tactique pour Bruxelles, qui sécurise son régime jusqu'en 2029. Mais la méthode employée — des exemptions obtenues sous pression nationale — risque d'affaiblir la crédibilité de l'UE face à Moscou. Pour Kyiv, l'enjeu est double : maintenir le soutien occidental tout en évitant que des intérêts particuliers ne sapent la solidarité européenne.

Alors que les négociations sur un éventuel moratoire énergétique s'ouvrent, l'épisode de mardi rappelle que la fermeté européenne reste vulnérable aux calculs diplomatiques nationaux. La balle est désormais dans le camp de Moscou, qui devra décider si les gestes de bonne volonté affichés par Kyiv et Washington suffisent à faire baisser la tension avant l'hiver.

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