Sally Rooney retirée du marché britannique : ses livres ne seront plus vendus au Royaume-Uni

Strasbourg : une arme retrouvée près du marché de Noël, 7 ans après l’attentat de 2018. (AP)

Retrait des livres de Sally Rooney au Royaume-Uni

L'écrivaine irlandaise Sally Rooney, autrice de Normal People et Conversations avec des amis, a annoncé mercredi 14 octobre 2026 que ses livres ne seront plus vendus au Royaume-Uni. En cause : son soutien affiché à Palestine Action, un groupe de protestation que le gouvernement britannique a classé comme organisation terroriste en juillet 2025.

Dans un communiqué transmis au Guardian, Rooney explique que « l'exécution des contrats pour publier mon œuvre au Royaume-Uni pourrait désormais constituer une infraction pénale grave ». Son éditeur Faber a confirmé la décision, précisant qu'il ne pouvait plus verser à l'autrice les revenus générés par les ventes britanniques. « Vendre le travail d'un écrivain sans pouvoir lui reverser ses gains est une situation inconcevable pour un éditeur », a déclaré Faber.

Une décision assumée

Sally Rooney affirme avoir pris cette décision « en plein accord » avec sa maison d'édition. « J'ai fait tout mon possible pour être honnête avec le public sur mes convictions et mes intentions, et je suis entièrement prête à en assumer les conséquences », a-t-elle déclaré. L'écrivaine avait déjà annoncé l'an dernier qu'elle renoncerait aux royalties de la BBC pour les adaptations télévisées de ses romans, pour les mêmes raisons.

Contexte : une loi antiterroriste controversée

Palestine Action, organisation interdite

Palestine Action est un groupe de protestation directe qui mène des actions coup de poing, parfois des dégradations, pour dénoncer le soutien militaire britannique à Israël dans son offensive à Gaza. En juin 2025, des militants s'étaient introduits dans une base de la Royal Air Force, ce qui a conduit le gouvernement travailliste de Keir Starmer à proscrire l'organisation en vertu du Terrorism Act. Depuis, plus de 3 000 personnes ont été arrêtées, dont certaines pour avoir simplement brandi des pancartes « I support Palestine Action ». Plus de 1 200 ont été inculpées, sans qu'aucune condamnation n'ait encore été prononcée.

Le soutien affirmé de Rooney

En août 2025, Sally Rooney avait publié une tribune dans le Irish Times pour exprimer son soutien à Palestine Action, déclarant : « Si cela fait de moi une "partisane du terrorisme" au regard de la loi britannique, soit. » Elle avait également annoncé son intention de reverser les recettes de ses ventes et de ses droits télévisuels au groupe. Ce positionnement l'a placée en porte-à-faux avec la législation britannique, qui punit de jusqu'à 14 ans de prison le soutien à une organisation proscrite.

Un impact majeur sur le marché du livre

Les livres de Sally Rooney sont des succès commerciaux considérables au Royaume-Uni. Normal People s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires, tandis que Conversations avec des amis et Beautiful World, Where Are You ont chacun dépassé les 500 000 ventes. Les adaptations télévisées par la BBC ont été suivies par des millions de téléspectateurs, Normal People devenant la série la plus regardée de la BBC en 2020 avec 62,7 millions de vues. Le retrait de ses ouvrages du marché britannique prive donc Faber d'une source de revenus importante et les lecteurs britanniques d'un accès à son œuvre.

Perspectives : un précédent lourd de conséquences

Liberté d'expression en question

Cette affaire intervient alors que des organisations de défense des libertés civiles dénoncent une restriction jugée injustifiée du droit de protester. Plusieurs recours juridiques ont été déposés contre la proscription de Palestine Action, et Sally Rooney a elle-même témoigné devant la Haute Cour pour soutenir cette contestation, avertissant que ses livres pourraient disparaître des rayons britanniques et que la publication de ses futures œuvres pourrait être empêchée.

Conséquences pour le monde de l'édition

Le cas Rooney pourrait faire jurisprudence. Si un auteur peut voir son œuvre retirée du marché en raison de ses opinions politiques, cela soulève des questions sur la responsabilité des éditeurs et la portée des lois antiterroristes. D'autres écrivains pourraient être confrontés à des dilemmes similaires, notamment ceux qui soutiennent des causes politiques sensibles. La décision de Faber, bien que présentée comme une nécessité juridique, pourrait aussi être perçue comme un précédent dangereux pour la liberté éditoriale.

Alors que le débat sur la liberté d'expression et le soutien à la cause palestinienne continue d'agiter le Royaume-Uni, l'affaire Sally Rooney illustre la tension croissante entre les convictions personnelles des artistes et les cadres légaux de plus en plus stricts. Elle rappelle aussi que les écrivains ne sont pas à l'abri des conséquences de leurs engagements politiques, même lorsque ceux-ci sont exprimés dans un pays où l'organisation soutenue n'est pas interdite.

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