Roberto Saviano : l'auteur de Gomorra, toujours sous protection, alerte sur le fentanyl et le rôle des banques

Writer Roberto Saviano attends Campus Party on July 20, 2017 in Milan, Italy.

Roberto Saviano, une voix toujours sous protection

Vingt ans après la publication de Gomorra, Roberto Saviano reste une cible. L'écrivain napolitain, qui a dénoncé les réseaux criminels de la Camorra, vit toujours sous protection policière permanente. Ce dimanche 27 septembre, la chaîne Arte lui consacrait un documentaire inédit, Gomorra, manifeste antimafia, réalisé par Élisa Martin et Benoit Felici. L'occasion de revenir sur le parcours hors norme d'un homme qui a payé le prix de la vérité, comme le souligne un article de Moustique.

Mais l'actualité de Saviano ne se limite pas à ce retour télévisuel. Quelques jours plus tôt, le 25 septembre, le site Infobae relayait ses propos sur un sujet brûlant : le fentanyl. Selon l'écrivain, si l'Italie connaît une épidémie de fentanyl étrangement faible par rapport à d'autres pays, ce n'est ni grâce à la police ni aux politiques. « Il y a un veto de la part des mafias », affirme-t-il, une thèse partagée par le procureur antimafia Nicola Gratteri.

Un veto mafieux contre le fentanyl ?

Les chiffres sont troublants. En 2024, l'Italie n'a recensé que deux cas d'intoxication mortelle au fentanyl, contre 95 en Allemagne et près de 48 000 aux États-Unis. Pourtant, la consommation de drogues en Italie n'est pas plus faible qu'ailleurs. Les mafias italiennes, historiquement impliquées dans le trafic d'héroïne et de cocaïne, auraient-elles décidé de maintenir le fentanyl hors de leurs territoires ?

C'est la thèse défendue par Saviano et Gratteri. Selon eux, la puissance extrême de cet opioïde synthétique, cent fois plus fort que la morphine, provoquerait une répression policière massive et nuirait à leurs marchés traditionnels. « Si nous n'avons pas d'épidémie de fentanyl, ce n'est pas grâce à la police ou aux politiciens. Il y a un veto des mafias », insiste l'écrivain. Une théorie qui, si elle n'est pas formellement prouvée, est prise au sérieux par les autorités italiennes.

De Gomorra au théâtre : un combat multiforme

Roberto Saviano ne se contente pas d'alerter sur les dérives criminelles. Il poursuit également son travail de sensibilisation à travers l'écriture et la scène. Le 9 mars 2027, il présentera au Teatro Regio de Parme son nouveau spectacle, Quel che resta di me: storia di un'infiltrata. Ce seule-en-scène raconte l'histoire vraie de Dalia Nigro, première policière italienne à s'être infiltrée dans une banque fictive créée pour piéger l'argent de la criminalité organisée.

Dans ce spectacle, Saviano entend dénoncer un système financier qui, selon lui, est devenu le véritable moteur du crime. « Ce que j'ai cherché à raconter, derrière l'histoire de Dalia, c'est comment les banques ont dévasté le monde, non pas avec des pistolets, mais avec des virements », explique-t-il. Pour lui, le blanchiment d'argent sale n'est plus un délit marginal, mais « l'âme même du système financier global ».

Une vie volée, un engagement intact

Vingt ans après Gomorra, le constat est amer. L'écrivain, qui a vu son œuvre adaptée au cinéma et en série télévisée, continue de vivre sous protection rapprochée. Dans le documentaire diffusé sur Arte, il confie : « J'étais prêt à tout sacrifier. » Une vie personnelle mise entre parenthèses, mais un engagement qui ne faiblit pas.

Alors que l'Italie et l'Europe font face à de nouveaux défis criminels, la voix de Roberto Saviano reste essentielle. Qu'il s'agisse de dénoncer l'infiltration de l'économie légale par les mafias ou de mettre en garde contre les nouvelles drogues, il incarne une résistance civile rare. Son prochain spectacle à Parme, en mars 2027, sera une nouvelle occasion de rappeler que la vérité a un prix, mais qu'elle reste indispensable.

Un symbole de courage dans une Europe en mutation

À l'heure où les débats sur la sécurité et l'immigration agitent le continent, le cas de Roberto Saviano rappelle que la lutte contre le crime organisé ne se limite pas à des opérations policières. Elle implique aussi une réflexion sur les flux financiers, les complicités institutionnelles et les responsabilités collectives. En refusant de se taire, malgré les menaces, l'écrivain napolitain continue de poser une question fondamentale : que reste-t-il de nos démocraties quand elles ferment les yeux sur ceux qui les corrompent ?

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