Retraites : Thierry Breton s'oppose à la désindexation et renvoie le gouvernement à ses choix

deux amis noirs âgés marchant ensemble dans un parc public - retraités actifs photos et images de collection

Thierry Breton s'oppose fermement à la désindexation des retraites

Invéité sur BFMTV ce dimanche 16 août, Thierry Breton a vivement critiqué l'idée, émise par le ministre de l'Économie Roland Lescure, d'une contribution accrue des retraités les plus aisés. « C'est une très mauvaise idée, il ne faut pas toucher aux retraités », a insisté l'ancien commissaire européen, alors que le gouvernement explore des pistes pour financer le budget 2027.

Roland Lescure avait suggéré dans une interview à Libération une « indexation plus modérée » des pensions pour les retraités les plus aisés, soit une revalorisation inférieure à l'inflation, contrairement à ce que prévoit la loi. Une proposition qui a immédiatement suscité un tollé politique, Thierry Breton y voyant une rupture avec l'engagement de préserver le pouvoir d'achat des retraités.

« On ne change rien, mais on fait payer les retraités »

Pour Thierry Breton, cette mesure reviendrait à « dire : on ne change rien, on travaille toujours jusqu'à 62 ans mais on fait payer les retraités ». Il a également renvoyé l'exécutif à ses responsabilités, rappelant que la réforme des retraites d'Élisabeth Borne, adoptée par 49.3 en 2023, avait été suspendue par Sébastien Lecornu pour éviter la censure à l'Assemblée nationale. « Quand on renonce, on paie toujours », a-t-il martelé, soulignant que le coût de cette suspension se ferait sentir dans les finances publiques.

L'ancien ministre de l'Économie a également contesté le seuil de 3 000 euros évoqué pour cibler les retraités aisés. « Un couple qui aurait travaillé toute sa vie, avec une retraite moyenne, serait considéré au-dessus de 3 000 euros et serait taxé », a-t-il dénoncé, s'appuyant sur la pension moyenne de 1 550 euros par mois. Il a rappelé que la pension médiane des ménages de retraités se situait plutôt entre 2 030 et 2 300 euros par mois, selon l'Insee et la Drees.

Un débat qui divise le gouvernement et la classe politique

Si Roland Lescure a ouvert la porte à cette piste, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a tenté de tempérer, assurant que « rien n'est décidé à ce stade » tout en concédant qu'« il faudra faire des efforts ». Cette divergence illustre les tensions au sein de l'exécutif, alors que la question des retraites reste un sujet extrêmement sensible à un an de l'élection présidentielle.

Le débat s'annonce d'autant plus vif que les deux derniers gouvernements ayant tenté de toucher aux retraites ont été renversés. La réforme Borne, qui devait économiser 5 milliards d'euros en 2025, 7,5 milliards en 2026, 10 milliards en 2027 et 14 milliards en 2030, devait être un pilier de la consolidation budgétaire. Sa suspension, concédée aux socialistes pour éviter une motion de censure, a creusé un déficit qui oblige aujourd'hui le gouvernement à chercher des économies alternatives.

Le précédent de la réforme Borne

Adoptée de force en 2023, la réforme Borne avait relevé l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans et allongé la durée de cotisation. Elle avait provoqué une mobilisation sociale massive et marqué durablement le quinquennat d'Emmanuel Macron. Sa suspension, actée en 2025 par Sébastien Lecornu, avait été présentée comme un compromis pour éviter une crise politique majeure. Mais elle laisse un trou béant dans les comptes de la Sécurité sociale, que le gouvernement tente de combler par d'autres biais, notamment en ciblant les retraités aisés.

Pour Thierry Breton, cette stratégie est politiquement risquée : « C'est un pari très dangereux, surtout à un an de l'élection présidentielle », a-t-il prévenu. Il a également souligné que les retraités les plus modestes, qui ont souvent des pensions proches du minimum vieillesse, ne doivent pas subir les conséquences d'un choix politique qu'il juge incohérent.

Une sortie qui relance la question de la candidature de Thierry Breton

Au-delà du débat sur les retraites, cette prise de position relance les spéculations sur une éventuelle candidature de Thierry Breton à l'élection présidentielle de 2027. Son nom a en effet été cité par François Bayrou comme potentiel candidat de l'espace central, aux côtés de Jean Castex, François Baroin, Bruno Le Maire ou Bernard Cazeneuve. Interrogé sur BFMTV, l'ancien commissaire européen a répondu : « J'en suis très honoré. Maintenant, pour moi, il n'y a rien de nouveau sous le soleil », ajoutant : « On n'en est qu'aux profils ».

Thierry Breton, qui a rencontré des dirigeants politiques de différents bords, dont le président du Rassemblement national Jordan Bardella, milite pour l'instauration d'une « règle d'or » budgétaire dans la Constitution. Selon lui, la fragmentation politique rend indispensable un accord préalable entre les partis pour assurer une majorité stable au prochain président. Cette position, qu'il défend avec constance, lui donne une stature d'homme de consensus, même s'il affirme ne pas vouloir être « le 51e candidat ».

Un appel à la responsabilité collective

Dans ce contexte, Thierry Breton a rappelé que la France se trouve dans une situation « presque existentielle » sur le plan budgétaire, appelant les responsables politiques à une prise de conscience collective. Il a notamment insisté sur la nécessité de convaincre les chefs de parti de soutenir une réforme constitutionnelle, en soulignant qu'« il faudra les deux tiers des voix au Congrès » pour l'adopter.

Cette sortie intervient alors que le gouvernement prépare le budget 2027, un exercice particulièrement délicat compte tenu des marges de manœuvre limitées. La désindexation des retraites, si elle était retenue, pourrait permettre d'économiser plusieurs milliards d'euros, mais au prix d'une impopularité certaine. Thierry Breton, lui, semble avoir choisi de défendre une ligne claire : ne pas toucher aux pensions, et assumer les choix passés.

Les retraités aisés, une cible politique risquée

L'idée de demander un effort aux retraités les plus aisés n'est pas nouvelle. Elle avait déjà été évoquée en 2024, puis abandonnée face à la mobilisation des associations de retraités. Aujourd'hui, elle revient sur le devant de la scène, portée par un gouvernement en quête d'économies. Mais comme le souligne Thierry Breton, elle toucherait une population large, au-delà des seuls « très aisés ». Avec une pension moyenne de 1 550 euros, un couple dépassant les 3 000 euros mensuels n'est pas si rare, notamment dans les grandes métropoles.

Une question de justice sociale

Roland Lescure assure vouloir « préserver les retraités les plus modestes », mais les critères restent flous. Le seuil de 3 000 euros par mois pour un couple apparaît arbitraire et pourrait exclure des retraités aux revenus intermédiaires, qui ont souvent des charges fixes élevées. D'importantes disparités existent par ailleurs entre les pensions des hommes et des femmes, ces dernières étant inférieures de 40 %, selon l'Insee. Une désindexation ciblée risquerait d'aggraver ces inégalités.

Pour Thierry Breton, la solution ne passe pas par une punition des retraités, mais par une remise à plat du système de financement. Il plaide notamment pour la création d'un fonds souverain dédié aux retraites, une idée qu'il avait déjà défendue lors de son passage au ministère de l'Économie. Il estime que la France doit investir davantage pour garantir la pérennité du système à long terme, plutôt que de multiplier les mesures d'économie à court terme.

Un débat qui ira crescendo jusqu'aux élections

Le débat sur les retraites s'annonce comme l'un des sujets majeurs de la campagne présidentielle de 2027. Les candidats déclarés, comme Édouard Philippe et Gabriel Attal, devront se positionner sur cette épineuse question, tandis que les partis d'opposition y voient une opportunité de mobiliser les électeurs. Thierry Breton, s'il décidait de se lancer, pourrait capitaliser sur son image de gestionnaire rigoureux, opposée à celle de politiques jugés irresponsables.

En attendant, le gouvernement devra trancher dans les prochaines semaines sur les modalités du budget 2027. La piste de la désindexation partielle, bien que contestée, reste sur la table. Mais comme le souligne Thierry Breton, cette mesure serait « une très mauvaise idée » qui risque de se heurter à une forte opposition, tant dans la rue que dans les urnes. Le précédent de la réforme Borne, qui a coûté cher politiquement à l'exécutif, devrait inciter à la prudence.

Dans ce contexte, la sortie de l'ancien commissaire européen apparaît comme un avertissement : il ne faudra pas compter sur les retraités pour combler les déficits. Un message qui pourrait bien peser dans la balance des prochaines échéances électorales.

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