Pyrénées-Orientales : trois noms soumis au vote, Pays catalan recalé

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Pyrénées-Orientales : le grand débat sur le nom du département s’ouvre le 22 juin

Ce lundi 15 juin 2026, les élus du département des Pyrénées-Orientales ont dévoilé les modalités de la consultation historique qui permettra aux habitants de choisir un nouveau nom pour leur territoire. Le scrutin se déroulera du 22 juin au 15 août 2026. Les participants devront trancher entre trois appellations : Pyrénées-Orientales (nom actuel), Pyrénées Catalanes ou Pyrénées Méditerranée. L’objectif : proposer le vainqueur au ministre de l’Intérieur puis au Conseil d’État, pour une validation espérée avant l’élection présidentielle de mai 2027.

Comment voter ?

Toutes les personnes inscrites sur les listes électorales des Pyrénées-Orientales peuvent participer, même si elles n’habitent plus dans le département. Deux modes de vote sont prévus :

Pas de second tour : le nom qui recueille le plus de suffrages sera retenu et soumis à la validation nationale.

Pourquoi pas « Pays catalan » ?

Malgré une large popularité dans les sondages informels – 56 % des 17 000 votants d’une consultation organisée par ICI Roussillon en 2024 avaient plébiscité « Pays catalan » –, cette appellation ne figure pas sur les bulletins. Nicolas Garcia, premier vice-président du département, justifie ce choix par un réalisme politique : « Dans une France qui refuse que l’on parle en catalan dans les conseils municipaux et qui n’a pas ratifié la charte des langues régionales, est-ce qu’on imagine vraiment que le Conseil d’État puisse accepter “Pays catalan” ? La connotation identitaire ne passerait pas. »

Le doctorant Vassily Lorre, de l’université de Perpignan, estimait pourtant qu’aucun critère géographique n’oblige à retenir un nom de massif. Mais le département a préféré écarter d’emblée toute option jugée trop polémique.

Un enjeu d’identité catalane

La consultation de 2026 est l’aboutissement d’une promesse de campagne faite en 2021 par la présidente du département, Hermeline Malherbe. Une première concertation citoyenne, menée fin 2025, avait dégagé trois grandes tendances :

« Une référence à la catalanité, tous noms confondus, avait recueilli 49 % », a rappelé Hermeline Malherbe, qui ne dévoile pas son nom favori. Les trois propositions soumises – Pyrénées-Orientales, Pyrénées Catalanes et Pyrénées Méditerranée – reflètent ce compromis.

Les 384 670 électeurs appelés aux urnes

Le département compte plus de 500 000 habitants. Le nom actuel, Pyrénées-Orientales, lui a été attribué à sa création en 1792. Un siècle et demi plus tard, le débat sur l’identité catalane n’a cessé de grandir, porté par des élus locaux, des associations culturelles et une partie de la population. « C’est ce qu’ils ont de plus identitaire : le nom du territoire où ils habitent », résume Nicolas Garcia.

Pour beaucoup, ce scrutin est un test grandeur nature de la reconnaissance de la culture catalane en France, dans un contexte où les langues régionales peinent à obtenir une protection légale (la France n’a pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires).

Un tremblement de terre léger mais symbolique

Ce même lundi 15 juin, un séisme de magnitude 2,5 à 2,6 a secoué plusieurs communes du département, notamment Le Soler, Pézilla-de-la-Rivière, Toulouges et Canohès. L’épicentre, situé à environ 4 km de profondeur, n’a provoqué ni dégâts ni blessés. Mais de nombreux habitants ont témoigné sur les réseaux sociaux : « Un grand boum », « Les murs ont tremblé », « Ça fait tout drôle ».

Les Pyrénées-Orientales sont régulièrement touchées par de petites secousses sismiques en raison de leur position sur la chaîne pyrénéenne. Le dernier séisme notable remonte au 18 février 1996, avec une magnitude de 5,6 entre Pézilla-de-Conflent et Ansignan – un événement qui avait alors effrayé la population et endommagé des bâtiments anciens.

Une coïncidence qui interroge

Ce séisme intervient le jour même du lancement de la campagne pour le changement de nom. Si le lien entre les deux événements est purement fortuit, il rappelle avec force que le territoire des Pyrénées-Orientales est aussi défini par sa géologie et sa position entre mer et montagne.

Circulation perturbée sur la RD66 après un accident

Autre actualité du jour : un accident de la route impliquant deux voitures s’est produit vers 17 h sur la RD66, à hauteur du passage à niveau de Marquixanes, près de Prades. Quatre personnes étaient impliquées, deux ont été légèrement blessées. Une quinzaine de sapeurs-pompiers ont été mobilisés, provoquant un important ralentissement sur cet axe très fréquenté. Les usagers sont invités à éviter le secteur.

Un nom, des enjeux multiples : culturels, politiques et économiques

Au-delà de la simple consultation populaire, le choix du nouveau nom des Pyrénées-Orientales porte des enjeux profonds.

Un symbole pour la culture catalane

Le nom « Pyrénées Catalanes » serait une reconnaissance officielle de l’identité catalane du territoire, après des décennies de revendications linguistiques et culturelles. Certains y voient une étape vers une plus grande autonomie régionale, tandis que d’autres craignent qu’il ne creuse un fossé avec les habitants non catalanophones. « Le débat dépasse le simple nom, c’est une question de fierté et de reconnaissance », analyse un observateur local.

Des retombées touristiques et économiques

« Pyrénées Méditerranée » mettrait en avant l’attractivité touristique du département, entre stations balnéaires (Canet-en-Roussillon, Argelès-sur-Mer) et massifs montagneux. Ce nom, plus neutre, pourrait séduire les investisseurs et les visiteurs étrangers. À l’inverse, « Pyrénées Catalanes » renforcerait l’image d’un terroir authentique, proche de l’Espagne voisine.

Un précédent dans l’Hexagone

Plusieurs départements français ont déjà changé de nom : la Côte-d’Or en 1790, puis plus récemment la Seine-Saint-Denis (1968) ou le Val-d’Oise (1968). Mais ces modifications étaient liées à des réorganisations administratives. Le cas des Pyrénées-Orientales est inédit car il repose sur une volonté populaire d’affirmer une identité régionale — sans découpage territorial.

Vers une décision nationale

Le vote départemental n’est qu’une première étape. Le nom retenu devra être soumis au ministre de l’Intérieur, puis au Conseil d’État, gardien de la conformité légale et constitutionnelle. « Pays catalan » a été écarté par anticipation, mais « Pyrénées Catalanes » pourrait également susciter des débats juridiques sur la référence identitaire. Le feuilleton s’étendra donc au moins jusqu’au printemps 2027.

Entre choix identitaire et pragmatisme

Les trois propositions – Pyrénées-Orientales, Pyrénées Catalanes, Pyrénées Méditerranée – représentent un éventail allant du statu quo au renouveau identitaire, en passant par une ouverture méditerranéenne. Les électeurs devront départager ces visions du territoire lors d’un scrutin qui s’annonce serré.

Dans les prochains jours, des débats publics sont prévus dans chaque canton. Les partisans de « Pyrénées Catalanes » comptent sur le fort attachement à la catalanité, tandis que les défenseurs du nom actuel mettent en avant la tradition et la clarté administrative. Quant à « Pyrénées Méditerranée », il séduit les milieux économiques et touristiques.

Un précédent européen

D’autres régions d’Europe ont vécu des processus similaires. En Espagne, la Catalogne elle-même a vu ses dénominations régionales évoluer avec le temps. En Italie, le Trentin-Haut-Adige a intégré une référence aux langues locales. La question du nom dépasse donc le simple cadre français et s’inscrit dans une tendance européenne à la reconnaissance des identités territoriales.

Conclusion : un été décisif pour les Pyrénées-Orientales

Alors que l’été 2026 s’annonce chaud – climatiquement et politiquement –, les Pyrénées-Orientales s’apprêtent à vivre un moment historique. La consultation du 22 juin au 15 août départagera trois visions d’un même territoire : l’attachement au passé, l’affirmation catalane ou l’ouverture méditerranéenne.

Reste à savoir si le nouveau nom, quel qu’il soit, parviendra à rassembler une population diversifiée, entre plages, vignobles et montagnes, et s’il obtiendra le feu vert de l’État. Mais d’ores et déjà, ce débat – couplé aux secousses sismiques et aux aléas de la circulation – révèle une communauté en mouvement, fière de son héritage et tournée vers l’avenir.

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